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 You must be kidding me ft Emilio

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« Sin Moreno »


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MessageSujet: You must be kidding me ft Emilio   Ven 10 Juin - 17:27







Installée à la table de la cuisine, je sirotais tranquillement mon café, il était à peine huit heures du matin, j’attendais un coup de fil qui me préviendrait sur les plans de ma journée et pour le moment, j’étais relativement sereine. J’aimais ces moments où rien n’était certain, baigner dans le flou le plus total et ignorer jusqu’à ce qu’on ferait l’heure d’après. Si mon boulot n’avait pas grand-chose de normal, je l’adorais et je m’éclatais, ayant quasiment tous les droits sans craindre de me faire taper sur les doigts derrière. J’avais toujours eu un mal fou avec les règlements et les obligations qui me poussaient bien souvent à fuir et à surtout en faire qu’à ma tête. Gamine, j’étais particulièrement compliquée à gérer, quelque part, aujourd’hui aussi, même si j’avais gagné en maturité et en sagesse, mes nerfs, je ne les passais que sur ceux qui le méritaient réellement mais surtout pas sur ceux qui tentaient de m’aider. Enfin tout était relatif, j’avais mes têtes et il fallait être très proche de moi pour que j’accepte une main tendue et admette que j’avais un problème et surtout besoin d’assistance. Généralement, même dans la pire des merdes, ma fierté m’empêchait de m’avouer vaincue, compliqué lorsque l’on bosse en équipe et qu’on n’est pas foutu de communiquer sur ses réels besoins. Heureusement, mes partenaires avaient fini par s’habituer à ma manière de faire et n’attendaient plus que je leur demande quoi que ce soit pour agir quand j’étais dans le besoin et même si je leur aboyais dessus au lieu de les remercier, je leur étais tout de même reconnaissante, ils m’avaient souvent évité de claquer à cause d’une balle perdue. La mort faisait partie intégrante de ce que je faisais, je ne dézinguais pas des gens tous les jours même si j’étais celle qu’on envoyait, avec quelques autres, quand les choses méritaient d’être rappelées et surtout qu’il était question de business. Je m’occupais souvent des contrats non respectés, des problèmes d’argent ou bien d’escorte de manière plus générale encore. Ca payait bien et me permettait de me faire plaisir de temps en temps et je n’en demandais pas plus. J’avais des horaires flexibles et je pouvais faire des heures supplémentaires autant que je le désirais, j’avais un accès direct à toutes les drogues que je pouvais avoir envie de prendre, j’entrais dans tous les endroits dirigés par le gang et ce gratuitement et en prime, j’avais le droit à un respect que peu de femmes possédaient non seulement dans la communauté mais également dans la société moderne. Certes, je n’étais pas ma propre patronne et j’aurais aimé avoir davantage de pouvoir mais je savais également qu’avoir les dents trop longues m’apporterait bien trop d’emmerdes, alors je décidai d’attendre mon moment et de prendre mon mal en patience, me servant de mes heures de temps libre pour mettre un point final à l’histoire qui me faisait souffrir depuis près de six mois : la mort de Raf. Je n’étais pas encore parvenue à mettre la main sur l’enflure qui lui avait tiré dessus en pleine rue mais il pouvait être certain que je ne le louperais pas, oh ça non !

Ma tasse brûlante entre les doigts, je fixais le minuscule écran de télé qu’il y avait dans la cuisine et qui diffusait les informations de la journée. Mon frère choisit ce moment pour débarquer et se faire de quoi déjeuner. Si je m’occupais d’eux la grande majorité du temps, de lui et de Gab, le matin, chacun se démerdait pour se faire à manger, il était hors de question que je passe des heures en cuisine avant d’aller bosser, on avait tous des journées chargées et je ne voulais pas m’ajouter un poids supplémentaire sur les épaules, surtout pas celui-là. Non mais il ne manquerait plus que ça, que je doive me lever à 5 heures pour faire à manger avant de partir ! Plutôt crever. Il sortit tout ce dont il avait besoin avant de s’installer en face de moi et de me sourire, je lui répondis par un petit rictus, ne pouvant pas vraiment faire plus à une heure pareille. Même si j’aimais bosser, je n’avais jamais été du matin.

« Ca va ? » me demanda-t-il enfin
« Oui, bien et toi ? »
« Oui. Est-ce que Cruz est rentré cette nuit ? »
« J’en sais rien. »

Et je ne m’en occupais plus depuis que cela était parti en couilles entre nous, on s’évitait un maximum ou plutôt je l’évitais du mieux que je pouvais alors qu’il tentait tant bien que mal de recoller les morceaux et de se faire pardonner son geste en m’offrant des trucs en tout genre, puisque les mots n’avaient eu aucun effet et que notre bagarre de gamins bien que violente, ne changea rien à la rancune que j’avais à son égard. Je ne comptais pas lui pardonner, l’excuser et faire comme si rien de tout cela n’était arrivé. L’idée qu’il frappe d’autres femmes me révulsait mais c’était sa vie et il choisissait de la mener à sa guise mais qu’il ose m’en coller une à moi, sa petite sœur, ça c’était un truc que je n’acceptais pas et il pourrait crever avant que je me préoccupe de sa gueule. Je ne donnais jamais de deuxième chance même si j’avais eu le droit d’en avoir plusieurs. J’étais bien plus sévère avec moi-même que je ne pouvais l’être avec les autres et j’attendais un minimum de retour de la part des autres, si ça tardait à venir, alors je préférais caler l’affaire et ne plus me préoccuper d’eux, c’était le cas du plus jeune de mes frères. J’ignorais de quoi étaient faites ses journées et encore moins où il les passait, ce n’était plus mon problème désormais. Entre nous deux, Gab tentait d’aplanir les choses, de pousser notre frère à ne pas abandonner et à continuer à me gonfler, espérant qu’à l’usure, ça fonctionnerait mais il n’y avait aucune chance.

« Ca va encore durer longtemps ces conneries ? »
« Ecoute, me prends pas la tête avec ça ce matin. »
« Il se sent vraiment mal, tu pourrais faire un effort et mettre tes principes de côté pour une fois ! »
« Oui, comme ça la prochaine fois il me collera carrément son poing dans la gueule ! Ecoute, je ne veux plus entendre parler de lui, je ne le considère plus comme un membre de ma famille, fin de la discussion. »
« Bordel, ce que tu peux être têtue, j’espère qu’avec le temps, tu t’adouciras Sin parce que tu risques de finir ta vie bien tristement. »
« T’en fais pas Gab, j’avais pas prévu de vivre jusqu’à 80 ans alors disons que je serais malheureuse que très peu de temps. » répondis-je avec un sourire plein de provocation ce qui le fit soupirer et le poussa à changer de sujet
« T’es là vendredi ? »
« Euh, pour le moment j’ai rien de prévu, pourquoi ? »
« Je reçois un vieil ami et j’aurais besoin que tu nous fasses un bon repas. »
« Je le connais ? »
« Non ! Alors ? C’est oui ? »
« Ouais, si tu veux, mais t’iras faire les courses ! »
« Parfait ! Tant que j’y pense, si tu pouvais éviter le jean, ce serait bienvenu. »
« Rêve pas non plus, j’ai rien de la parfaite femme au foyer. » dis-je en terminant mon café et en allant déposer ma tasse dans l’évier

Je revins vers la table pour déposer mes lèvres sur sa joue et lui souhaiter une bonne journée. Je ne savais pas encore ce que j’allais faire de ma journée mais je préférais quitter l’appartement maintenant avant que Cruz ne revienne et surtout que la conversation prenne une tournure qui ne me plaisait guère. Mon frère, même s’il me respectait ainsi que mes choix, voulait à tout prix me voir mariée, pensant que c’était là la clé du bonheur et surtout de sa liberté. Il se trompait, il avait juste à me dire qu’il voulait faire sa vie et qu’il désirait que je m’en aille pour que j’exhausse son vœu et mette les voiles. C’était sans doute ça qu’on appelait le sacrifice.


***

Comme promis, il avait été faire les courses et vu la quantité de nourriture qu’il avait rapporté, je me demandai s’il n’avait pas invité toute une équipe de football à notre table. En réalité, l’explication se trouvait ailleurs, il avait parfois tellement de mal à choisir entre différentes marques et surtout différentes sortes d’aliments qu’il finissait par tout prendre pour être sûr de ne pas revenir, résultat, je me retrouvais avec des choses dont je n’aurais pas l’usage avant un bon bout de temps et je passai une bonne partie de la matinée à ranger dans les placards le surplus de nourriture. J’avais néanmoins tout ce qu’il me fallait pour préparer un repas typiquement mexicain et faire en sorte que personne ne sorte de table non rassasié. J’y passai toute l’après-midi, épluchant, découpant, cuisant et surveillant autant que possible. Il y eut bien Cruz qui fit une tentative désespérée et me proposa son aide mais il fut reçu par ma mauvaise humeur qui lui était destinée et il ne demanda pas son reste, m’abandonnant à mes casseroles et à mes plats. Cuisiner me laissait le temps de réfléchir et surtout de me demander pourquoi il avait tant tenu à ce que ce soit moi qui fasse à manger ? Je ne me débrouillais pas si mal que ça mais j’étais bien loin d’être la meilleure cuisinière du coin et il y avait un service traiteur à quelques minutes de chez nous. J’espérais sincèrement que ça n’avait rien à voir avec sa lubie débile de me caser, lui qui estimait qu’il était déjà temps de me remettre avec quelqu’un d’autre, faisant fi des sept années que j’avais passé aux côtés de la même personne. Si c’était ce genre de plan, ça allait barder pour sa gueule. Je détestais qu’on me fasse ce genre de surprise, déjà parce que je n’avais jamais été à l’aise dans les rapports amoureux, quels qu’ils soient mais également parce que je me sentais prise au piège et que généralement, je ne savais plus comment il convenait de réagir. Il avait beau être mon aîné, il ne savait pas toujours ce qui était bon pour moi et en ce moment, en l’occurrence, la meilleure des options était de me laisser tranquille et faire mes propres erreurs, sans doute que je finirais par entendre raison un jour ou l’autre. Bon, c’était peu plausible à cause de mon incroyable tendance à l’autodestruction quand je me laissais un peu trop allée. Ca faisait un moment que j’étais pas retournée à la salle de sport et que je compensais en buvant et en fumant mais également en sniffant. Si je voulais reprendre ma vie en mains, je devais changer ces sales habitudes que j’avais prises au pire moment de mon existence.

En fin d’après-midi, je pris une pause, ayant fini le plus gros et comptant confectionner les choses à la dernière minute pour que ce soit chaud, j’en profitai pour aller prendre une douche et m’étaler sur mon lit pour m’y assoupir. Une fois sur pieds, je remarquai qu’il n’était pas loin de dix-neuf heures et que je n’étais toujours pas prête, j’ouvris mon armoire et abandonnai rapidement l’idée d’enfiler une robe. Il y avait toutes celles qui avaient appartenues à ma mère plus certaines que l’on m’avait offertes et que je n’avais jamais enfilé. Cependant, même si je décidai de mettre un jean, je pris la peine de mettre quelque chose de plus féminin qu’un t-shirt à l’effigie de Depeche Mode. Le fait que ce soit décolleté me mit un peu mal à l’aise mais on ne voyait rien de plus que les tatouages qui recouvraient chaque parcelle de ma peau. Je passai même par la case maquillage, optant pour quelque chose de léger, me correspondant tout à fait, avant d’investir de nouveau la cuisine et de mettre à chauffer tout ce qui devait l’être. Si mon frère voulait faire bonne impression, je me devais de lui faire plaisir, ne serait-ce que pour tout ce qu’il avait pu faire pour moi jusqu’à présent. On sonna à la porte et montée sur ressorts, je me précipitai sur la porte d’entrée alors que mon frère me hurlait qu’il s’en chargeait et en effet, je compris mieux pourquoi il ne voulait pas que je l’ouvre cette putain de porte. Je ne fis que l’apercevoir mais ce fut assez pour que je lui ferme la porte à la gueule avant de me défaire de mon tablier et de rejoindre la cuisine en jurant comme je pouvais tandis que Gab s’occupait de ses « invités ». Jamais je ne m’étais imaginée capable de détester mon frère aîné mais là, il venait de décrocher la timbale ! J’aurais dû écouter mon instinct qui me disait qu’il y avait anguille sous roche, ne serait-ce qu’à la manière dont il m’avait regardé le matin même. Mes plans avaient changés, je me contenterais de terminer le repas et il se démerderait, il était hors de question que je m’éternise ici, sous le même toit qu’un manipulateur et un lâche !
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« Emilio Mejia-Garcia »


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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Sam 11 Juin - 3:30

« J’espère que t’es pas entrain de dormir, il est 10h, t’es avocat, t’as aucune excuse. » Que Gabriel me dit alors que je lui ai répondu d’une voix rauque en décrochant. « J’ai un gamin de cinq ans aussi qui me fait la vie dure, tu sais. » Il se met à rire, tandis que je me frotte les yeux, essayant de me réveiller. Je vois mon gosse assis au bout du lit avec un verre de lait en mains. Il reste silencieux, Gabriel reprend. « T’es libre vendredi ? Non, en fait c’est pas une question. T’es libre vendredi, dîner chez moi, comme dans le bon vieux temps. » Ça sonne mal, parce que ‘comme dans le bon vieux temps’ veut dire qu’il y aura pas que nous deux assis à table, et je crains le pire. Putain, après toutes ces années, c’est pas comme si je pouvais revenir juste comme ça, pour aucune raison, m’assoir sur la table des Moreno, la table où j’ai mangé des milliers de repas en compagnie de mes deux meilleurs amis, les deux personnes pour qui j’aurais tout donné à l’époque, et d’entre eux, la personne pour qui j’serais encore prêt à tout donner pour qu’elle daigne me parler sans avoir envie de me cracher à la gueule ou de me balancer son poing. Je l’ai reçu tellement souvent de toute façon, je crois même plus que ça me fasse grand-chose à l’heure qu’il est. « C’est parce que j’te manque trop, avoue. » Il se marre de plus bel et reprend son sérieux l’instant d’une minute. « T’enfles pas trop la tête Mejia, tu pourras plus passer ton quart de porte. » Qu’il lâche, alors que je souris bêtement. Ça dure trois secondes et demi, parce que par la suite je me remémore violemment que ça va sûrement être mon dernier vendredi sur Terre. Sin va vouloir me faire la peau si elle est là, et si c’est pas le cas, elle va faire celle de Gab quand elle va savoir qu’il m’a fait venir avec mon gosse. « À vendredi. » Dis-je, avant de raccrocher et de me concentrer de nouveau sur le petit bonhomme au bout du lit. « Papa, j’ai faim. » Qu’il me dit en s’approchant et en montant sur mon torse. Il reste là, alors que je regarde le plafond, les mains derrière la tête. « Des crêpes avec des fruits ? » Il hoche la tête et se casse en courant pour aller jouer dans sa chambre en attendant que ce soit prêt. Je me lève, range mes trucs et me mets aux fourneaux. La seule raison pour laquelle j’ai des talents culinaires, c’est parce que ma mère m’a laissé à moi-même pendant plusieurs semaines d’affilées, me répétant sans arrêt que si j’apprenais pas autre chose que de me battre avec les gens qui me gonflaient, je survivrais pas à l’université. Du coup, j’me suis tué à la tâche. Elle avait raison – elle a toujours raison – j’suis parvenu à cuisiner des trucs pas mal et elle m’a montré de vieilles recettes qu’on doit garder dans la famille. avec mon seul et unique gosse, je crois pas qu’elle va aller bien loin cette recette, il sera le seul à la connaître après moi. « Alejandro, vienes aqui para comer. » Que je lui dis, je tente de lui inculquer quelques bases, quoique c’est ma mère qui lui apprend le principal. Elle veut absolument qu’il apprenne l’espagnol maintenant, ça va lui permettre de se faire une place plus facilement dans la communauté quand il grandira. Alessia, au contraire de ma mère, voulait pas qu’il apprenne nos langues respectives dès le plus jeune âge, elle disait qu’il fallait le laisser s’accommoder aux coutumes américaines et à sa culture avant de lui imposer la nôtre. Tant pis pour sa gueule, maintenant que c’est moi qui suis en charge, bien des choses vont changer. J’me souviens encore du jour où en cour les juges lui ont annoncé que j’allais avoir la garde exclusive, parce que j’avais réussi à amasser assez d’arguments pour pas que le gouvernement laisse une artiste sans réel but dans la vie et sans vraies valeurs s’occupe de mon fils. C’est un Mejia, il peut pas ne rien accomplir dans la vie. J’aurais horreur qu’il se retrouve à mon âge plus tard et sans emploi, ou faisant partie d’un gang, comme Rafael et Sin l’ont décidé pour eux. J’ai pas passé les cinq dernières années de ma vie à éduquer mon sang et ma chaire pour qu’il finisse mort dans une ruelle, une seringue dans le bras, ou qu’il travaille chez K-Mart à 10,00$/h alors qu’il a engrossé sa copine mineure, ou une connerie dans le genre. Je suis pas la plus bonne des personnes sur Terre, loin de là, mais je peux pas non plus laisser les gens que j’aime partir en couilles parce que je suis trop centré sur mon bien-être. J’ai fait des choix différents, et ça m’a valu beaucoup trop pour que je laisse mon fils subir ça. Il est pas né dans le ghetto, il en aura peut-être les valeurs – parce que malgré le milieu, les valeurs restent les bonnes et elles restent très chères à mes yeux – mais pas les airs, ni les manières. La trahison que j’ai perpétrée en abandonnant mon milieu est à moi et à moi seule. Je la porte sur mes épaules depuis que j’ai 17 ans et je me suis fait à l’idée que plus personne avait besoin de moi ici, sauf ma mère. C’est d’ailleurs par elle que j’apprenais tout ce qui se passait, c’est par elle que j’ai appris le couple Sin/Raf, ce qui m’a buté, mais que j’ai dû endurer parce que je savais que c’était de ma faute. Si j’avais pas fait le con, si j’avais eu plus de couilles, j’aurais fait ce qu’il fallait et Sin Moreno serait ma compagne à l’heure actuelle. J’aurais dû revenir, j’aurais dû réagir, mais j’étais trop occupé par mes études et par le fait que j’devais me trouver quelqu’un pour essayer de combler le vide que mon départ du ghetto m’avait laissé. J’croyais sérieusement qu’Alessia serait celle qui réussirait à tout me faire oublier – enfin, pas oublier, mais mettre de côté – mais au fur et à mesure que notre relation avançait, j’sentais le trou s’agrandir, ma soif de revenir et ma peur d’affronter mon passé. Je me souviens encore d’avoir été en tête à tête avec ma mère juste avant de me planter à l’autel pour attendre la venue de mon ex-femme. Elle me disait qu’elle était fière de moi pour tout ce que j’avais accompli à date, parce qu’elle savait que c’était pas facile, mais que j’faisais une erreur en acceptant de faire entrer une autre femme que Moreno dans ma vie. C’est elle qui a tout interrompu la dernière fois que j’ai revu Sin, et pour ça je sais pas si j’devrais lui en vouloir ou pas, mais avec le recul j’me rends compte que non, parce que ça m’a évité de lui faire plus de mal que j’lui avais déjà fait. Pour la manière dont ça s’est terminé, je préfère dire que c’est mieux comme ça, du coup j’enfonce pas le couteau dans la plaie – du moins, c’est ce que j’me fais croire – et j’écope mieux de la situation. Une fois qu’Alejandro a fini de manger, on sort faire des courses, puis je l’emmène chez ma mère parce qu’il faut que j’avance sur le dossier Baxter.

******
« Papa, on va voir abuelita ce soir ? » D'habitude, tous les vendredis on va dormir chez ma mère et le reste de la fin de semaine - dépendamment de son humeur - il y reste et je reviens le chercher dimanche soir. Ça me permet de me plonger dans mes dossiers et de me changer les idées pendant quelques jours. « Non pas ce soir... Ce soir on va manger chez un de mes vieux amis. » Il a l’air de me questionner des yeux. « Il est vieux ton ami ? » Je ris, pensant au fait que Gab est pas si vieux que ça, trois ou quatre ans, je sais plus exactement. Il est le plus sage des mecs de son âge que je connaisse, en tout cas. « Non, juste un peu plus que moi. » Il hoche la tête positivement, comme s’il en comprenait réellement le sens. Je passe ma main dans ses cheveux avant de le laisser aller prendre quelques jouets que je lui permets d’emmener chez les Moreno, histoire qu’il se fasse pas trop chier. J’lui cherche des vêtements corrects, parce qu’il faut qu’il reste présentable. Jandro me rappelle moi quand j’étais plus jeune, on dirait mon portrait craché, même ma mère en était choquée en le voyant, sauf qu’il a les yeux verts de sa mère. Je l’habille, alors qu’il vient de finir de ranger ses jouets dans son sac et le laisse mettre ses chaussures pendant que j’m’habille rapidement. Jean stylé et chemise propre. Si un jour on m’avait dit que j’en serais à un point dans ma vie où j’suis seul avec un gosse de cinq ans, je l’aurais pas cru, mais en me regardant dans le miroir la réalité me revient et me fout une bonne baffe. Mes raisons d’être ici sont le fait que j’aie perdu mon meilleur ami il y a six mois et que je veuille me repentir. Même si en fait, j’ai perdu Raf depuis environ huit ans. Quand j’ai décidé de vivre autrement, ce qu’il a jamais compris parce que pour lui ça fonctionnait pas comme ça. Y’avait rien à l’époque que j’aurais pu faire pour qu’il comprenne, alors il m’a tout simplement rejeté et j’ai pas essayé plus que ça. J’me suis contenté de faire un portrait de Sin en guise de cadeau d’au revoir et j’me suis cassé sans demander mon reste. « Allez bonhomme, on bouge. » Que j’lui dis en pointant la porte de la tête et en tendant mon bras pour qu’il passe devant moi afin que j’puisse refermer la porte. Je conduis particulièrement lentement, j’ai la chienne d’arriver devant, mes entrailles se serrent et pourtant j’suis pas comme ça d’habitude. Quand j’suis stressé en cour j’arrive à me calmer en prenant une grande respiration. Je m’exécute, ça descend un peu, mais j’me sens quand même pas net. « Regarde hijo, c’est là qu’on va. » Dis-je, alors qu’il tourne la tête et pose les yeux sur la résidence où il aurait pu naître dans un monde parallèle. Je trouve un stationnement et prends la main de mon fils pour l’aider à sortir de la voiture une fois que c’est fait. J’reprends une grande respiration, prenant Jandro dans mes bras pour me couvrir. « Putain… T’as fière allure là Emilia, j’te le donne. » Gabriel et ses remarques de merde, j’les avais presqu’oubliées tellement ça faisait longtemps que j’en avais pas entendues. « Gaby, ça m’fait plaisir de te revoir aussi. » Il me serre la main et je vois son regard s’illuminer quand il pose les yeux sur le bout d’homme que je tiens dans mes bras. « C’est ton clône ou quoi ? La ressemblance est... » Accablante, je sais. « Tu me laisses entrer ou… » Il se tasse et je fais mon entrée – après huit ans – dans la maison où j’ai le plus de souvenirs à vie. Je pose Alejandro parterre et lui file son sac de jouet, l’indiquant où aller jouer en attendant qu’on mange. Je regarde autour, y’a presque rien qu’a changé, enfin de ce que je peux en dire. J’me fais sortir de mes pensées par Moreno Sr. « Pardon, vous voulez un tour de la maison monsieur Mejia ? » Je le regarde, souriant faussement et lui foutant une bine sur l’épaule. « Décidément, t’es toujours aussi con. » Il hausse les épaules, l’air innocent et se dirige vers la cuisine, revenant avec deux bières. « J’préfère pas… » Pointant mon petit. J’ai jamais bu et conduit, c’est pas ce soir que ça va commencer. Je sais pas comment détendre l’atmosphère. Je sens un parfum féminin et je sais – en connaissance de cause – que c’est celui de la femme Moreno. J’ai du mal à avaler et j’me mets les mains dans les poches, en guise de distraction temporaire. « T’as l’air coincé, comme les gosses de riches qui viennent des quartiers pourris et riches de Los Angeles. » J’vais pas répondre à sa remarque par une sur les gosses de riches, parce que j’en suis pas un, mais j’faisais que ça, en côtoyer. Ce qui explique que je roule en jeep GMC et que j’puisse payer le loyer et la nourriture de ma mère sans broncher. « Peut-être… » Est-ce qu’on peut passer au dîner, que j’puisse me casser ? J’ai chaud, et pourtant il fait pas une température crève-cul dehors. « Bon alors cette nourriture tu l’as faite commandée ou quoi ? » Il reste sérieux pendant une bonne minute, j’me demande sérieusement ce qu’il pense, ça me rend nerveux. J’crois qu’il le sait, Gabriel me connaît trop pour pas remarquer mes états d’esprit différents. Il me pointe la cuisine, ce qui veut dire que j’dois aller m’assoir en attendant qu’il règle quelque chose. « Hijo, viens on va s’assoir. » Il se lève et me rejoint, je le place du côté de la table où il y a trois places et me mets à sa gauche. J’ai l’impression de suer à grosses gouttes, comme si j’attendais un putain de procès.
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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Sam 11 Juin - 14:19






C’était un barbecue comme il y en avait des dizaines voire même des centaines ici, sauf que ce jour-là, je n’étais pas venue pour déguster les spécialités des matriarches du coin et encore moins pour m’amuser, ça faisait à peine deux mois que mon petit ami était mort et je n’avais pas franchement la tête à me mélanger aux autres. Si j’étais là, c’était parce que je bossais pendant que tous les autres s’amusaient comme des petits fous mais ça me convenait parfaitement, je pouvais faire les choses à ma façon sans avoir à subir les réflexions douteuses de certains mecs avec qui je faisais équipe. Malheureusement, tout ne s’était pas déroulé comme prévu et je fus chargée d’aller demander à Eduardo ce qu’il convenait de faire, parce que je n’étais pas celle qui décidait et mes initiatives étaient très rarement appréciées, sans doute parce que j’étais relativement sans pitié et incroyablement expéditive. Un type n’avait pas payé ses dettes depuis deux mois ? Je débarquais chez lui, défonçais tout, le tabassais avant de lui faire jurer qu’il aurait l’argent deux jours plus tard, si ce n’était pas le cas, je lui réservais un sort très peu enviable. Et en toute sincérité, je n’étais pas la pire, certains étaient plus radicaux encore que je ne pouvais l’être et si on les avait laissé faire, ils auraient probablement décimé des familles entières, juste histoire de donner une leçon sur les règles à respecter quand on marchandait avec un gang comme le nôtre. Pour ma part, et bizarrement, je trouvais ça complètement débile de faire payer une famille entière pour les erreurs d’une seule et même personne, ils n’étaient peut-être même pas au courant de ses agissements et devraient mourir pour la stupidité et la cupidité d’un de leurs proches ? Même si nous n’avions rien à voir avec des enfants de chœur, je nous estimais plus intelligent et réfléchi que ces types de la mafia russe ou italienne Chez nous, le mot famille avait véritablement un sens et je ne comprenais pas l’intérêt d’aller massacrer un pauvre gamin qui marchait à peine dans l’idée de défendre les intérêts de la communauté. Agir aussi bêtement été digne des Niners et je ne voulais pas tomber si bas Certes, mon avis était à prendre avec des pincettes, moi qui gagnais ma vie en tabassant, en extorquant et en butant des gens qui, au fond, ne m’avaient pas fait grand-chose mais s’en étaient pris à l’un d’entre nous et je jugeais ça suffisant pour leur vouer une haine sans nom. C’était comme nager en plein délire, comme un drôle de trip après avoir avalé un cachet de mescaline mais c’était la vie de gang, imprévisible et parfois délirante mais je ne me voyais pas faire autrement. Non mais sérieusement, j’aurais eu l’air fine avec une blouse blanche de médecin ou bien une robe d’avocat. J’étais précisément à la place où je devais être, je suivais la voie que Dieu ou bien le destin avait tracée pour moi et si je devais mourir demain, je tenterais de le faire avec dignité.

Mes lunettes de soleil visées sur le nez et mon perfecto sur le dos alors qu’il faisait une chaleur accablante, je fendis la foule de ma démarche légère bien qu’un peu trop masculine, à la recherche du visage de mon supérieur. Beau merdier que cette histoire, il fallait toujours qu’on m’envoie, comme si ça me plaisait de plonger tête la première dans ce genre de fête où l’on me fixait avec un intérêt macabre, comme si d’un instant à l’autre, je risquais de me mettre à chialer et de hurler le prénom de Raf, comme si ces conneries le feraient revenir, comme au bout de si peu de temps, je n’avais pas d’ores et déjà compris qu’il ne franchirait plus la porte de chez moi et qu’il ne serait plus là pour que je passe ma mauvaise humeur sur lui tandis qu’il se paierait ma tête en sortant des blagues, jusqu’à ce que je me mette à rire avec lui. Je n’étais pas comme eux tous, je n’extériorisais pas tout ce que je ressentais, ce qui ne m’empêchait pas de le vivre avec intensité. Eux pleuraient quelques jours et oubliaient, moi pourtant, je gardais ça ancré en moi, une cicatrice qui s’ajoutait à toutes les autres et dont la douleur devenait parfois si insupportable que je m’en serais frappée la tête contre les murs. Mais qui pouvait comprendre ça ? Ces gens qui s’attachaient à tant de futilités ? Probablement pas et si j’avais eu davantage de jugeote, je les aurais imité. Au beau milieu de la foule, une main se posa sur mon épaule. Je fis volte-face aussitôt, me retrouvant nez à nez avec Madame Mejia-Garcia que je n’avais pas vu depuis un bout de temps même si on prenait la peine de se téléphoner au moins une fois toutes les deux semaines. Je retirai immédiatement mes lunettes de soleil par respect et la serrai dans mes bras avant de déposer un baiser sur chacune de ses joues, comme je l’aurais fait avec ma propre mère si elle était encore de ce monde.

« Comment tu vas ma chérie ? »
« Ca va et toi ? »
« Bien, j’étais étonnée de ne pas te voir aux autres barbecues. »
« J’ai pas vraiment la tête à voir du monde. » dis-je avec sincérité
« Je comprends parfaitement et c’est ton droit. Tu n’as pas à te sentir coupable d’être triste, les gens ont du mal à saisir ce que ça fait mais ne te force pas pour eux ! Tu sais que si tu as besoin, tu peux venir à la maison ?! »

Je le savais parfaitement et je hochai la tête, d’ailleurs, quand je m’engueulais avec Cruz, c’était souvent chez elle que je débarquais et elle m’ouvrait la porte, à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit, avec ce même sourire aux lèvres et cette bienveillance que je ne suscitais que chez elle. J’avais l’impression que je pouvais tout lui dire et qu’elle ne me jugerait jamais, pourtant, la plupart du temps, elle me comprenait sans même que j’ouvre la bouche et c’était un réel soulagement. Mais j’avais fini par ne plus y aller, parce que j’avais trop de fois failli tomber sur Emilio accompagné ou non de sa femme et de son fils et c’était trop pour moi et mes nerfs. Tandis qu’elle me parlait, elle était venue chercher ma main qu’elle serrait entre les deux siennes, cette compassion-là n’avait rien de malsain et me donnait du baume au cœur.

« Maman, tu m’as dit que tu vou-… »

Il s’arrêta net quand son regard se posa sur moi, je pouvais deviner, rien qu’à l’expression de son visage, qu’il cherchait quoi me dire, d’abord pour s’excuser de ces années de silence et d’absence, pour la mort de Raf, pour la fin de notre trio d’enfer et pour toutes ces choses qu’il avait loupé. Mais je ne voulais pas l’entendre et encore moins le voir, je voulais juste qu’il retourne d’où il venait et ressorte de ma vie, comme il le fit des années plus tôt, sans ressentir l’envie ou le besoin de s’occuper de moi. Pourtant, moi, je fus totalement incapable de couper les ponts avec tout ce qui pouvait se rapporter à lui et indirectement, je l’avais aidé, remplissant le frigo pour sa mère, réglant plusieurs fois ses loyers de retard et contribuant même parfois aux frais extra scolaires de son fils et ce de manière désintéressée. Je voulais qu’elle s’en sorte, qu’ils s’en sortent et l’argent n’était rien en comparaison de la famille. Ca avait causé pas mal de disputes avec Raf qui ne comprenait jamais quand je tentais de lui expliquer mais ça m’était égal, j’avais besoin de le faire. Je finis par retirer ma main un peu trop précipitamment, je remis mes lunettes sur mon nez et déposai un baiser sur la joue de la femme magnifique qu’elle était pour les abandonner là et reprendre ma quête. Je l’entendis m’appeler mais je ne pris pas la peine de me retourner, après tout, je ne faisais qu’agir comme lui.


***

Bon dieu que j’étais en colère, tellement d’ailleurs que je peinais à trouver de l’air pour emplir mes poumons. Je finis par ouvrir la fenêtre et passer ma tête dehors pour tenter de m’aérer l’esprit et surtout pour m’empêcher d’aller dégommer mon frère. Il m’aurait clairement tout fait ! Si je n’étais dans un tel état de nerfs, j’aurais sûrement fondu en larmes, parce que sa présence ici, chez nous, ça faisait remonter trop de souvenirs, ça me rappelait avec trop de force l’absence de Rafael, sa mort tragique et le fait qu’ils ne pourraient jamais clairement s’expliquer. Outre le fait que je lui en voulais énormément, je ne voulais pas le voir parce qu’être en sa compagnie c’était me prendre une immense claque me rappelant tout ce à côté de quoi j’étais passée, qui me renvoyait mes erreurs en pleine gueule et autant dire que c’était le genre de merde dont je me passais volontiers. Je pris conscience que mon frère était là quand il ferma la porte de la cuisine derrière lui et qu’il me dévisagea, attendant que j’explose et ça ne tarda pas.

« Bordel mais qu’est-ce que tu fous ? Combien de fois je t’ai dit de ne pas te mêler de ma vie ! » balaçai-je en espagnol
« Ta vie ? Emilio est mon ami et j’avais envie de l’inviter à dîner, t’es vraiment parano. » me lança-t-il, se foutant ouvertement de ma gueule, il fallait bien le dire
« Ne te fous pas de ma gueule, je sais très bien ce que tu essaies de faire mais tu vas pouvoir aller te faire foutre, si tu veux que je me casse de la maison, t’as qu’à le dire tout de suite au lieu de te la jouer agence matrimoniale pour cas désespérés ! »
« Je ne veux pas que tu partes idiote, juste que tu ouvres les yeux et que tu arrêtes d’être aussi bornée une fois dans ta vie. Tu as déjà perdu Raf, est-ce que tu penses pouvoir vivre avec l’idée que tu as perdu ton autre ami tout simplement à cause de ta rancune débile et ton sale caractère ? Si tu ne le fais pas au nom du bon sens et pour toi, fais-le au moins pour moi et viens manger avec nous ! »

Voilà pourquoi je l’aimais autant : ces élans de sagesse qui me soufflaient et m’empêchaient de répliquer quoi que ce soit et il n’avait qu’à me demander de faire quelque chose pour lui pour que je finisse par me dégonfler et accepte docilement. Il avait bradé sa vie pour moi, il avait mis de côté pas mal d’aspects de sa vie pour que je sois heureuse et si je pouvais lui rendre un peu de tout ça d’une manière ou d’une autre, je ne pouvais pas refuser. Mon amour pour mon frère dépassait tous mes principes et ma rancune. Je lui mis un plat entre les mains et lui dit d’apporter ça et que j’arrivais. Juste le temps de tirer quelques taffes sur un joint avant de débarquer avec le chili, quelques tacos et beaucoup de guacamole. Je déposai tout sur la table sans accorder le moindre regard à notre invité. Je m’installai devant mon assiette, les yeux rouges et explosés à cause de la marijuana, substance qui m’ouvrit d’ailleurs l’appétit, je m’apprêtais à me servir quand on tira sur mon t-shirt, je posai mon regard sur le petit bout qui se tenait à côté de moi et qui était le portrait craché de son père.

« Madame, je peux avoir de ça, là, s’il-te-plait ? » me demanda-t-il en me désignant le plat de quesadillas
« Bien sûr. » m’entendis-je répondre en le servant et mettant plusieurs cuillères de guacamole à côté pour finalement déposer l’assiette devant lui qui m’observait toujours
« Est-ce que ça fait mal ? » reprit-il en touchant mon bras du bout de l’index et en redessinant les contours de la vierge tatouée sur ma peau
« Non. » dis-je avec un sourire
« Et tu en as partout ? »

Cette question fit éclater de rire Gab à l’autre bout de la table et me fit sourire davantage, j’étais sûrement un peu défoncée aussi.

« Oui, presque partout mais ceux de Gabriel sont mieux, il a des têtes de morts et des pirates. »

Ce fut suffisant pour que son regard vert se pose sur mon frère qui prit un malin plaisir à dévoiler quelques-unes de ses plus belles pièces tandis que je me servais et que je me mettais à manger, trop contente de m’en sortir aussi bien et que l’attention ne soit plus dirigée vers moi. Je pensais déjà à ces pétards que j’allais fumer une fois que le repas serait terminé et qu’on me laisserait la liberté de m’enfermer dans ma piaule.


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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Mar 14 Juin - 5:50


Il fallait se douter que ça allait être comme ça... Par là, je veux dire : Gabriel qui nous piège, parce qu'on a tous les deux la tête dure comme fer et qu'on a tellement des caractères de merde quand on décide de se rebeller contre ce qui est sensé venir naturellement qu'aucun de nous aurait vraiment fait le pas vers l'autre. Gab le sait, il en profite, et maintenant qu'il a accompli ça, il va se sentir victorieux. Ça n'aurait pas été de mon fils, j'me serais barré sans demander mon reste. Sin veut pas me voir, clairement, je vois pas pourquoi je me forcerais. Me faire ignorer quand elle est loin, c'est bon je comprends j'reste à l'écart. Venir chez elle et me faire ignorer alors qu'on est pas dans le plus grand appartement du monde et qu'elle peut pas se cacher bien loin, c'est autre chose. Je peux pas non plus monter et demander des explications, parce que je comprends déjà la situation, l'ayant analysé depuis que j'ai senti le parfum de Sin près de l'entrée tout à l'heure. J'voudrais juste savoir pourquoi Gab a senti le besoin de faire ça, après tout ça fait six mois qu'elle m'évite, elle aurait très bien pu continuer comme ça et le ghetto est assez grand pour qu'on se croise pas plus de fois que ça. S'il y a une personne dans ce monde qui est plus rebelle que moi et plus dure envers les gens, c'est bien elle. Y'avait qu'à voir quand on était gosses, c'était la pagaille, les petits cons qui 'jouaient' parfois avec nous posaient des questions du genre : « comment est-ce que vous faites pour pas avoir envie de l'étrangler et de lui montrer qui mène vraiment ? », malheureusement pour eux Sin les entendait et elle leur cassait la gueule avec un seul bras. Raf et moi on restait à l'écart et on prenait pas la peine de répondre à la question, avant de partir en se foutant de leurs gueules. Manger une raclée par une fille, quand on est un mec, c'est la honte, et surtout quand on est jeune, ça prouve déjà qu'on est pas capable de handle le style de vie et qu'on est pas fait pour buter d'autres gens sans avoir peur des répercussions. Si on prévoyait intégrer les Los Ojos depuis l'enfance - comme mes deux anciens meilleurs amis - fallait montrer dès le plus jeune âge qu'on était en mesure d'accomplir des tâches que personne d'autre osait faire. Sin a dû se donner beaucoup plus que les autres, ça je le sais, elle était pas du genre à jouer à Marie-couche-toi-là, alors elle faisait ses preuves en butant les gens et en montant les échelons, trouvant le respect de plus en plus de personnes sur le chemin. La manière dont les gens parlaient d'elle, que ce soit en positif ou en négatif, était intense. Tout le monde connaissait Sin pour le courage et la détermination dont elle avait fait preuve pendant toutes ces années pour parvenir à ses fins. Elle s'est pas laissée abattre, parce qu'elle aurait jamais accepté de se regarder dans le miroir en sachant qu'elle avait pas donné tout ce qu'elle pouvait pour monter les échelons. « Papa, j'ai faim. » Je le sais, je l'ai pas nourri comme il faut parce que je pensais pas que ça prendrait autant de temps. Si Sin était partie, en ce moment le dîner serait servi et je serais pas entrain de regarder mon fils, me sentant coupable. « Ça s'en vient bientôt, dès qu'oncle Gabriel descend. » Oncle Gabriel, quelle connerie. Si Jandro répète ça, Moreno Sr. va se foutre de ma gueule par après, mais c'est la seule manière d'évoquer un adulte avec respect quand on est enfant. Il va pas commencer à dire n'importe quoi à n'importe qui juste parce que je lui ai pas appris à se tenir en société - ce qui n'est pas le cas. Mon fils est extrêmement intelligent et il sait quand il doit et ne doit pas faire une telle ou une telle action, la plupart du temps. À son âge, je pensais à rien d'autre qu'à faire des conneries et à courir partout, rendant ma mère folle et la faisant me courir après, ce qui me valait des fessées bien méritées. Bref, je passe furtivement ma langue sur mes lèvres, me demandant pendant combien de temps encore le gamin devra être privé de nourriture. J'entends des 'cris' en haut, mais je veux pas y porter attention. Si j'écoutais attentivement, je pourrais distinguer chaque mot, c'est comme ça que je faisais la plupart du temps quand Sin allait gueuler sur Cruz dans sa chambre parce qu'il lui faisait un truc qu'elle aimait pas. Quand elle revenait, je faisais comme si de rien n'était et elle a jamais su que je savais vraiment de quoi il s'agissait. Pour pas que Jandro tente de comprendre - il pourrait me poser des milliers de questions par la suite - je le distrais en faisant la conversation avec lui. « Alors, à la garderie, tu as beaucoup d'amis ? » Après six mois, il doit sûrement en avoir quelques uns, il peut pas rester solitaire et ignorer le reste des enfants, ça le recluerait de la population et ferait de lui un asocial de service en grandissant. « Oui, Felix et Julianne. » J'ai l'impression de m'entendre parler, quand ma mère me posait la question de la garderie, y'a 22 ans. Un garçon, une fille, pourvu que ça finisse comme nous, je détesterais voir la situation se répéter pour lui. « Ils sont bien ? » Il réfléchit pendant quelques instants, plaçant son index et son pouce en-dessous de son menton. C'est pas possible... « Oui, même que Julianne elle ressemble à grand-maman quand elle était plus jeune. Je lui ai dit qu'elle était jolie l'autre jour. » C'est mon portrait craché, et pas que pour l'apparence. Cette fois-ci, je me vois en lui, comme si j'étais assis à sa place et que j'parlais à un de mes parents. J'ai un frisson qui me parcoure l'échine en me rendant compte qu'il pourrait tourner comme moi et peut-être manquer des chances, mais en même temps il est jeune trop jeune pour que je le sache déjà. Je respire normalement, arquant un sourcil et le regardant me sourir. « C'est bien, t'es déjà un gentleman. Top-là ! » Il s'exécute et son sourire s'aggrandit. Je lui souris en retour, qu'est-ce que j'donnerais pas pour retourner à son âge, dans le temps où tout était simple et qu'on avait à se soucier de rien d'autre que de manger, dormir et grandir, en jouant dans la cour et en se lançant des conneries à la gueule pour aller menacer l'autre de pas aller rapporter sous peine de conséquences. Je passe une main dans ses cheveux, me sentant fier d'avoir réussi à faire de ce petit être, une personne bien - du moins, pour les années qu'il a déjà passé. J'entends des bruits de pas, ils doivent sûrement avoir fini de disputer. Bien, on peut enfin passer aux choses sérieuses - outre les enfantillages qui font que Sin et moi on s'adressera sûrement pas la parole durant la soirée. Je vois Gab débarquer avec un plat, quelques minutes plus tard, sa soeur se rammène avec du chili, des tacos et du guacamole. Un repas typiquement mexicain, la dernière fois que j'ai vu autant de nourriture sur la table, c'est quand j'avais 16 ans, que Raf et Sin savaient pas encore que je voulais aller à l'université, qu'on se parlait encore et que je niais encore mes sentiments pour la brunette aux airs sauvages mais particulièrement canon. C'était ma madre qui l'avait cuisiné parce qu'on avait fini notre année et qu'on avait tous obtenus de bonnes notes. Par après, elle m'a confié qu'elle était déçue, quand elle a appris que Sin et Raf allaient lâcher pour joindre le gang, mais qu'elle a pas regretté parce qu'elle se sentait bien et qu'on avait réussi à la faire sourire alors que ça allait pas trop bien, sûrement à cause des dettes qu'elle avait dans le temps. D'un côté, j'suis content que tout ça soit derrnière nous, de l'autre, j'aurais vraiment voulu que les choses se passent autrement quant à la raison de mon retour ici, ainsi que les relations que j'ai l'aissé en suspens, par manque de courage de les reprendre et surtout par peur de rejet, ce qui allait très certainement être le cas.

J'essaie de garder mon calme, Sin s'assoit à côté de mon fils - la seule place logique qui était encore libre, parce que je paris que ça aussi Gab l'avait prévu. Je commence lentement à me servir, m'apprête ensuite à servir Jandro, mais il me dépasse en faisant la conversation avec Sin. Il remarque ses tatouages et lui demande si elle en a partout, Gab éclate de rire et elle lui sourit. Je crois qu'elle est entrain de remarquer la ressemblance, mais j'en suis pas totalement sûr, je regarde ses yeux pendant qu'elle est distraite, elle a pris quelques taffes de maryjane, ça paraît. J'peux plus m'empêcher de repérer les gens qui fument maintenant, j'en ai tellement vu que c'est rendu inévitable. Normalement, j'aurais pu m'énerver parce qu'elle a fait ça directement dans le visage de mon enfant, mais je suis pas chez moi et je peux pas manquer de respect à Gabriel comme ça. Maintenant, Jandro regarde ceux de Moreno Sr qui a décidé de faire son exhibitionniste parce que Sin a désigné qu'il y avait des trucs que les enfants adorent, rien que pour nous foutre les jetons. « Han, trop cool ! » S'exclame-t-il, son plat de nourriture reposé devant lui. « Allez hijo, mange. Quand t'auras fini, tu pourras regarder les tatouages de Gabriel de plus près et aller jouer avec tes jouets dans le salon. » Il me regarde, les yeux plein d'étincelles. J'ai l'impression qu'il pense qu'il est au paradis, ce sont des choses qu'il voit pas tous les jours, sauf la moitié de mon tatouage indiquant 'SM' quand je porte pas de chandail à la maison. Il m'a souvent demandé ce que c'était et ce que ça représentait, à chaque fois je déviais le sujet, disant que c'était seulement les grandes personnes qui comprendraient vraiment. Il m'a fait comprendre qu'il garderait la question en tête et qu'il la reposerait quand il serait plus grand, j'lui ai répondu que j'en doutais pas et le connaissant, il va pas se gêner pour reposer la question dans quelques années. Au pire, il fera la liaison lui-même et quand ce sera le cas, je vais quand même devoir les lui fournir, ces foutues explications. Dire à son enfant qu'on a aimé qu'une seule femme dans sa vie et qu'on a été coincé et piégé à en épouser une autre pour pas finir tout seul et que c'est de cet union en question qu'il est survenu, ça se fait pas, du moins pas de mon point de vue. « Et je pourrais aussi regarder la télévision ? » Je souris, baissant la tête et posant ensuite le regard sur le maître de la maison. « Évidemment, je vais même mettre ton film préféré si tu veux. C'est quoi ton film préféré ? » Alejandro porte toute son attention sur Gab, complètement agité. « Spiderman ! Tu connais ? Avec Peter Parker, il est un homme et une araignée en même temps. » On se met tous à rire et Gab acquiesse. Je me sers des tacos et commence à manger silencieusement. Personne dit rien, Jandro était celui qui tenait la conversation, mais il est occupé et je vais pas de nouveau le déranger pour le faire parler. Il fait preuve de savoir-vivre, garde le sourire et fait attention de pas trop se salir, sauf qu'à force de faire attention il finit par le faire. « Oups... Papa, j'ai renversé du jus sur mon chandail. » Gracias Dios mio, j'vais pouvoir utiliser la distraction pour m'éloigner et respirer, parce qu'il fait foutrement chaud et que j'ai le sentiment que l'air va m'étouffer et que le plafond va me tomber sur la tête. « Oh, t'inquiètes Emilio, j'm'en occupe ! » Mais bordel de merde, j'hallucine ou il fait exprès ? Il me lance un regard, tout sourire, je vois le malice dans ses yeux. Espèce de connard de mes deux ! S'il était pas comme un frère à mes yeux, je l'aurais défoncé en le faisant rentrer dans le mur, tête première. Je m'énerve, mais j'arrive à contenir ma respiration. Mes poings se crispent, Gabriel Moreno se fout de ma gueule et pas qu'un peu ! Je ferme les yeux quelques secondes, ravalant ma salive. Je peux pas répliquer, j'ai pas d'excuse pour le faire et je vais pas refuser qu'il s'occupe d'Alejandro à ma place, depuis le temps que j'suis plus venu les produits nettoyants ont sûrement été changés d'emplacement, ou un truc dans le genre. Je lève les yeux au ciel et prie de me sauver de cette situation de merde. J'soupire, puis je regarde Moreno faire le tour de la table et venir prendre mon gamin. J'regarde mon fils d'un air suppliant, qu'il m'aide en disant qu'il veut que ce soit moi qui le nettoie, mais non... Il disparaît dans le couloir et je les entends recommencer à faire la conversation. C'est une blague, c'est une putain de blague amère, j'aime pas. Bref, concentration, si j'arrive à manger sans tout morfler à cause du stress qui noue mon estomac, ça va aller. Les secondes défilent - beaucoup trop lentement à mon goût - et je vois Gabriel revenir. « Bon, finalement avec le petit on a décidé de finir de manger dans ma chambre et de mater les dessins animés ! » Il prend son plat et celui de mon gosse, ainsi que son sac dans le salon et se casse en haut. Quel enculé ! Je reste bouche bée tellement j'm'y attendais pas, il doit sûrement vouloir que la police débarque ramasser sa carcasse meurtrie après tous les coups que j'lui aurais infligé. Bon, calme-toi Emilio, avant de faire quelque chose que tu risques de regretter. Je peux pas rester dans la salle à manger avec Sin, elle va finir par péter un câble et sortir la batte de baseball pour m'achever. Je m'accote sur le dossier de ma chaise, croisant mes bras sur mon torse. J'lui file un coup d'oeil subtile, puis un deuxième, et je finis par complètement me tourner vers elle. Je suis définitivement suicidaire, mais en y pensant bien elle peut pas me tuer si Jandro est là. « Tu comptes m'ignorer le restant de tes jours - pour ce qu'il te reste à vivre, en tout cas - Moreno ? » Me reste plus qu'à compter le nombre de secondes qu'il me reste à vivre avant qu'elle me brûle vif. Cinq, quatre, trois, deux...
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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Mar 14 Juin - 14:48







Je devais bien être la seule du quartier à l’éviter comme la peste, lui, la nouvelle petite star locale, le fils prodigue de la communauté et le bon parti par excellence. Je lui devais au moins ça, il avait fait pas mal de choses pour les mexicains de Los Angeles et contre les discriminations en tout genre dont les gens sans histoire étaient souvent les victimes impuissantes, payant les dommages collatéraux du gang et de ses activités. Ici, il était souvent vu comme une sorte de Messie, un mec important et surtout le gendre idéal et ça, les filles du coin l’avait parfaitement compris et si je faisais mine de ne pas m’y intéresser, je ne pouvais cependant m’empêcher de tendre l’oreille quand les discussions portaient sur lui et son retour inespéré au bercail. C’était à celle qui se ferait passer la bague au doigt la première et obtiendrait ainsi une occasion inespérée de quitter l’endroit et de vivre une vie meilleure avec un avocat de renom mais néanmoins de la même culture. Je ne comprenais pas vraiment cet engouement, sans doute parce que pour moi, il n’avait jamais été un étranger, même encore maintenant, j’étais persuadée de pouvoir lire sur son visage comme autrefois, me contentant de plonger dans son regard pour déchiffrer tout ce qu’il se passait dans sa tête ou presque, je n’avais jamais été fichue de voir que mon attirance pour lui était tout à fait réciproque. Ce qui m’amenait à me demander si je l’avais véritablement bien cerné, lui que je pensais un vrai ami qui ne m’abandonnerait jamais et qui pourtant, n’avait pas hésité à me lâcher pendant huit longues années, sans que j’ai la moindre nouvelle, la moindre lettre, le moindre coup de téléphone pour qu’il s’excuse et qu’on reparte de nouveau comme avant. Je n’étais pas adepte du pardon et des secondes chances mais pour lui, j’aurais fait une exception, ne serait-ce que pour avoir le plaisir de former de nouveau ce drôle de trio qu’on était et ce même s’il avait alors une petite amie, on aurait bien trouvé un peu de place pour elle et ce même si je l’aurais intérieurement détesté pour avoir réussi là où j’avais lamentablement échoué. Malheureusement, tout ça n’était qu’illusions, pas seulement parce qu’il trouva bien vite des activités plus intéressantes que nous fréquenter mais également parce que le simple fait de prononcer le prénom Emilio collait de l’urticaire à Rafael. A ses yeux, notre ami de longue date était bel et bien mort, il avait remporté la victoire sur lui et j’étais le trophée, fin de l’histoire. C’était toujours des moments délicats, notamment parce que je ne pouvais m’empêcher de m’emporter quand il balançait des choses aussi absurdes, comme si je m’étais laissée choisir, comme si j’avais accepté d’être leur chose le temps qu’ils se battent et décident lequel me méritait le plus. J’avais choisi de rester avec Rafael alors que je n’aurais eu qu’à revenir le lendemain chez les Garcia pour demander au grand brun de m’emmener avec lui, il n’aurait pas refusé. Mais ça aurait signifié marcher sur mon orgueil et ma fierté et c’était bien les deux seules choses qu’il me restait et dans lesquelles j’avais foi. Oui, j’aurais pu faire des efforts pour avoir ce que je voulais le plus au monde, effectivement j’aurais sans doute dû le faire mais la manière dont tout ça s’était déroulé me donna l’impression d’être une indésirable rejetée et en toute objectivité, si je l’avais suivi, je n’aurais pu soutenir la comparaison avec toutes ces filles bourrées d’intelligence et de charmes de l’université. Rester en retrait fut mon premier acte de lâcheté et je ne le regrettais pas, au fond, ça avait mieux valu pour tout le monde et puis ça aurait probablement viré au pugilat si j’avais délaissé Raf. Au final tout le monde était content, du moins en omettant le fait que j’étais seule désormais et que je refusais catégoriquement de me réengager dans quoi que ce soit, pour ma santé mentale et le bien de mes proches.

Mon frère Gabriel, lui, voyait les choses d’une autre façon visiblement. Pour lui, la mort de Rafael était l’occasion parfaite de renouer avec le passé et de retrouver celui que j’avais laissé sur le carreau, du moins était-ce la manière dont il présentait les choses, comme si tout ce qui s’était passé était de ma faute, à mes yeux, le seul et unique responsable de toute cette merde c’était lui, le grand crétin qui se tenait à côté de son fils et qui faisait mine que tout allait bien dans le meilleur des mondes. Pourquoi avait-il fallu qu’il débarque dans le coin ? N’avait-il pas pu rester à l’écart de nous, de moi et de ce périmètre, de cet endroit qui m’appartenait un peu et qui était une sorte de havre de paix où je n’avais pas besoin de constamment penser à mes emmerdes ? Ca faisait désormais huit ans qu’il vivait sans avoir besoin de moi alors pourquoi ne continuait-il pas ? Il s’était même marié – cérémonie à laquelle je ne fus même pas conviée, seule Gab fut invité, ce qui me porta un coup supplémentaire en plein cœur- et puis il avait eu le petit Jandro et dans cette vie bien rangée et d’une perfection à vomir, aucune place ne m’avait été faite. Je ne devais pas être assez bien, je ne devais pas avoir assez fait de choses pour lui, pour qu’il daigne faire le premier pas, il n’en avait tout simplement rien à foutre et je lui en voulais pour ça. Parce que même si j’avais appris à le maudire chaque jour que Dieu faisait, je m’inquiétais continuellement pour lui comme je m’inquiétais pour Rafael, je prenais des nouvelles auprès de sa mère et je tentais de l’aider à ma façon, comme si ça pouvait faire une quelconque différence. C’était l’histoire de ma vie, la malchance qui collait à ma peau, m’enticher d’un mec qui n’en avait jamais rien eu à foutre de ma gueule pour me mettre avec un ami qui lui était fou de moi et qui me laissait un peu indifférente. J’aurais pu écrire un livre si je n’étais pas aussi pudique et honteuse de mon comportement indigne. J’étais une sacrée connasse et j’aurais probablement dû m’en tenir au plan initial, à savoir rester le plus loin possible des hommes. Mais ça non plus ce n’était pas dans les plans de mon frère qui refusait de s’avouer vaincu et ne voulait pas me voir terminer vieille fille avec des dizaines de chats pour me tenir compagnie lors des longues nuits d’hiver. Pour être sincère, je savais que ma vie ne serait pas extrêmement longue et que la solitude ne serait pas si pesante que ça, mieux valait être seule que voir sa moitié se faire descendre sous ses yeux et rester un brin traumatisée par cette histoire. Je ne voulais plus que ce genre de conneries arrive, je ne voulais plus me sentir aussi vulnérable et pour ça, ne s’attacher à personne était beaucoup plus évident. Je n’avais plus de temps pour ces conneries mais je prenais tout de même mon mal en patience, engloutissant tout ce que je pouvais en pensant que ça ferait passer le temps plus vite mais au contraire, je semblais de plus en plus déconnectée de l’endroit où je me trouvais, n’écoutant même plus le flot des conversations, perdue dans mes propres pensées, priant pour qu’on ne finisse pas par me demander quelque chose de peur que je sois contrainte de croiser son regard, je savais que la colère serait alors inévitable. Tout remontrait à la surface et surtout mon incommensurable rancune et j’aurais une envie folle de lui sauter à la gorge.

Je revins cependant à la réalité à cause de la personne la plus innocente de cette pièce à savoir le petit bonhomme installé juste à côté de moi et qui venait de se tacher malgré lui. La suite, je ne l’avais pas prévu du tout, mon frère qui décida de le prendre en charge et nous abandonna tous les deux alors qu’on se bornait à fixer nos assiettes respectives pour qu’aucun incident n’éclate jusqu’à ce que Gab reparaisse enfin et que je respire de nouveau, persuadée qu’il s’installerait à table avec nous mais non. Je le fixais avec désespoir, espérant qu’il renoncerait et reprendrait sa place pour ne pas me laisser dans cette merde que je n’avais pas envie de gérer ce soir. Bordel, comme j’espérais que mon téléphone sonne pour que je sois contrainte de m’occuper d’une affaire et de me barrer d’ici pour de bon mais rien ne venait et je ne pouvais que regarder mon frère s’éloigner, totalement impuissante. Dire qu’il osait me faire ça après tout ce que j’avais pu faire pour lui et pour que cette soirée se passe bien ! Il allait m’entendre pendant des jours et il aurait beau se justifier, je ne lui laisserai aucun répit pour un coup aussi bas. Je ne pensais pas mériter une pareille punition, moi qui faisais déjà tant d’efforts pour avancer. Je pris mon visage entre mes mains, prenant de grandes inspirations pour trouver la force de me lever et de ne pas le regarder pour le bien de l’humanité et empêcher une apocalypse mais il fallut qu’il ouvre sa gueule, comme toujours. Lui et Raf avaient toujours partagé ce trait de caractère, ils n’étaient pas foutu de fermer leur gueule quand il le fallait et surtout quand j’étais à la limite de piquer une crise et de déglinguer tout le monde. Oui, j’avais prévu de l’envoyer se faire foutre jusqu’à la fin de mes jours et ce pour lui faire payer ces années de silence et d’indifférence et si ça lui posait un problème je pouvais immédiatement lui régler. Je tournai enfin mon visage furibond vers le sien tout en me saisissant de mon verre d’eau auquel je n’avais pas touché pour lui envoyer en pleine gueule. Grossière erreur … Le liquide translucide inonda son visage mais également son t-shirt qui désormais collait à sa musculature d’éphèbe, mes yeux fixés sur son torse, je respirais à grand peine –bordel qu’il était beau - et je dus me secouer pour attraper quelques trucs à débarrasser et tout emmener dans la cuisine, je ne devais pas me laisser distraire par des conneries. Une fois de l’autre côté, je me saisis du joint que je n’avais pas fini pour le rallumer et en tirer deux énormes taffes histoire de calmer mes ardeurs et d’essayer de penser à autre chose qu’à lui et tout ce qui s’y rapportait, de près ou de loin. Je mis la vaisselle dans l’évier et fit couler l’eau, prête à nettoyer et astiquer tout ce que je trouverais pour tenter de faire disparaitre ces sales idées de ma tête. Je le détestais, je n’avais pas le droit de perdre ça de vue, absolument pas même. Mon joint entre les lèvres, j’astiquais une assiette quand je l’entendis derrière moi, visiblement chargé de plats et de vaisselle avant qu’il n’en dépose à mes côtés et se mette à me fixer avec intensité. Je détestais que l’on me regarde de la sorte et il le savait.

« Ne commence pas à me faire chier Emilio, je ne veux plus entendre parler de toi alors rends-toi service et va regarder la télé avec mon frère et ton fils, ça vaudra mieux pour tout le monde. » lui envoyai-je en tirant de nouveau sur ma drôle de cigarette

Pourtant, malgré mes avertissements, il ne bougea pas d’un cil, plus têtu que lui, ça n’existait pas. Si Rafael me laissait souvent avoir raison pour que je cesse de gueuler, Garcia avait toujours vu les choses différemment et préférait me faire chier jusqu’au bout, après tout c’était sûrement plus drôle pour lui, du moins jusqu’à ce que je finisse par perdre tout contrôle sur moi et que je me décide à l’empoigner pour le faire sortir de ma cuisine par la force. Dire que j’étais prête à me coltiner la vaisselle et le rangement pour l’éviter, ce n’était pas une mince affaire, moi qui n’étais pas franchement une adepte du ménage. Pour le moment, le pétard ralentissait quelques peu mes réflexes et lui laissait une petite chance de sortir d’ici en un seul morceau.

« C’est quoi ton putain de problème ? Tu te sens coupable parce que tu nous as abandonné, Raf et moi ? Tu t’en veux parce que Raf est mort ? Bah je vais te dire, démerde toi avec ça tout seul parce que t’étais pas là pendant les huit dernières années où on a galéré, t’étais pas là le jour où il est mort dans mes bras, t’étais pas là non plus quand il fallait gérer les détails de son enterrement alors tu sais quoi, tes excuses, tu peux te les foutre profond où je pense, ta culpabilité t’as qu’à t’en faire une couronne si ça peut t’occuper assez longtemps pour que je n’ai plus à voir ta gueule ! T’es qu’un lâche, un putain de lâche de merde et les gens comme toi me dégoûtent ! Si tu te sens seul, t’as qu’à retourner voir ton italienne ! »

C’était un coup bas et je le savais mais je n’en avais plus grand-chose à foutre vu l’état dans lequel je me trouvais. Je lui dis tout ça en le regardant dans les yeux, sans ciller une seule seconde, certaine d’être en position de force et ce même s’il faisait facilement deux têtes de plus que moi et qu’il aurait pu me broyer avec seulement une de ses mains. J’étais sans doute petite mais incroyablement hargneuse, il aurait eu du mal à venir à bout de moi. De toute façon, tout ce que je lui balançai était vrai et justifié, la conséquence de tout ce ressentiment que j’accumulais à son égard depuis trop longtemps. Il avait très bien su nous remplacer, il n’avait qu’à recommencer et se retrouver une pouffiasse à épouser, peut-être une portugaise cette fois ou une salope du quartier qui lui dirait amen chaque fois qu’il prononcerait une phrase ou un mot et à vrai dire, je n’en avais pas grand-chose à battre, je voulais seulement qu’il dégage et ne m’impose plus sa gueule dans mon propre foyer.
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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Jeu 30 Juin - 0:59

Je sais exactement dans quel merdier j'viens de me mettre. C'est pas comme si je jouais à l'innocent et que je savais que ma présence ici était pas tellement désirée venant de la part de Moreno Jr. Elle a le don de faire les gens se sentir complètement cons et pas à leur place quand elle veut. Si elle tient à faire comprendre aux autres qu'ils lui tapent sur les nerfs, même chose. Elle est douée pour ça, faire partir les gens qu'elle veut pas voir, éloigner ceux qui lui tiennent à coeur et qui tentent de rendre sa vie un peu moins cynique. Je me vois très mal lui dire en pleine face qu'elle me fait chier en me repoussant constamment et en disant que c'est que de ma faute. Si elle voulait vraiment de moi dans le temps, elle aurait pu m'appeler aussi, elle peut pas me dire que j'suis le seul à avoir tourné mon dos à tout le monde alors qu'elle aussi est fautive. Si elle m'aimait vraiment, elle aurait fait l'effort et elle me jetterait pas tout ça à la gueule en disant que j'ai rien foutu pour aider alors que je me battais tous les jours contre ma consience pour la laisser tranquille, dans son petit monde qu'elle considérait parfait, et puis avec Raf elle manquait de rien. J'aurais pas pu lui promettre la lune sans être sûr de pouvoir la lui offrir, ça aurait été salaud de ma part et j'me serais pas pardonné de lui faire un coup pareil. Sin est de loin la personne qui compte le plus dans ma vie, après ma mère et mon fils, ça a toujours été comme ça et même qu'elle prenait la place directe après ma mère quand Jandro était pas là. Les temps changent, c'est vrai, les gens grandissent, oui, mais les sentiments - surtout quand ils sont forts - perdurent, même si on essaie, malgré tous les efforts qu'on fait pour les faire partir, les effacer, les diminuer. J'me suis souvent fait posé des questions sur le seul tatouage que j'ai sur le corps, celui qui représente d'ailleurs ses initiales. Je l'ai même pas fait quand j'habitais ici, je l'ai fait faire quand j'étais en pleine ville. Pensant que ça continuerait de signifier quelque chose, même après l'éloignement, mon départ pour une vie meilleure que celle qui allait m'être offerte si je restais là. J'suis sûr que j'me serais fait descendre à force de faire des conneries, parce que même si on était trois à en faire, j'étais souvent celui qu'on prenait pour coupable parce que je performais et que j'avais une face de petit merdeux imbécile qui se gênait pour rien. Le nombre de claques derrière la tête que j'ai reçu de la part de madre qui tentait de m'inculquer le sens des manières, du savoir-vivre. Qui me disait que j'arriverais pas à négocier si je savais pas charmer, si je savais pas mettre en valeurs mes connaissances. Elle m'a tout appris et je lui dois tout. Quand j'ai eu mon fils, c'est avec elle que j'passais trois heures au téléphone quand il pleurait parce que je savais pas ce qu'il avait et qu'Alessia était trop occupée à peindre pour y porter la moindre attention. Ou était-ce qu'elle était déjà entrain de me tromper avec son copain, ce connard. En y pensant bien, je me rends compte que j'en veux même pas à son copain d'avoir 'brisé' notre famille, parce que je sais qu'il appréciait le gamin et qu'il jouait avec quand il venait à venir en contact avec. C'est à sa conne de mère qui faisait comme s'il existait pas. Bordel, je savais que c'était une erreur de lui dire de le garder quand elle m'a parlé de ses doutes, sauf que maintenant c'est mal de penser ainsi. J'regrette instantanément d'avoir pensé que mon fils n'aurait pas dû être né alors que sincèrement, c'est le meilleur truc qui me soit arrivé pendant les huit années que j'ai passé ailleurs. C'est le fait de me lever le matin et de savoir que j'devais quelque chose à quelqu'un, que j'avais à vivre pour quelqu'un qui m'a aidé à pas sombrer. Y'a eu des moments où j'me disais que j'pourrais tout abandonner et retourner en arrière, même tenter de rejoindre le gang parce que j'étais désespéré et que c'aurait été la seule façon que Raf me pardonne un jour. J'aurais été obligé de regarder Sin l'aimer, mais j'me serais tû parce que j'aurais rien à dire concernant ça et surtout parce que ce serait moi qui serais en tort. Bref... Cette salle à manger m'étouffe, j'regarde autour et j'ai pas l'impression de me sentir à l'aise. J'me sens comme ça depuis que j'suis arrivé, genre quand je stationnais la voiture quelque part devant et que j'marchais avec Jandro dans mes bras pour venir cogner à la porte. J'ai l'impression que le plafond pourrait me tomber dessus que ça m'heurterait pas autant que le rejet flagrant dont Sin est entrain de me faire part en m'ignorant complètement et totalement. Elle sait même pas ce dont j'aurais été capable pour elle, c'que j'aurais donné pour que sa vie à elle se passe autrement qu'une entrée dans un gang qui règle tout avec la violence. Loyal, mais violent. Elle sait rien de rien et ça me tue qu'elle juge mes actions sans explications. « Moi, te faire chier ? Tu te fous de ma gueule. Si tu voulais pas me voir, tu serais partie dès que tu m'as vu entrer avec Alejandro. Pourtant t'es là, entrain de ranger, comme si de rien n'était. » C'est une vraie connerie, genre, elle range et elle fait la vaisselle et basta, moi j'existe pas et okay, elle veut pas me voir, mais pourquoi elle reste ? Non, j'peux pas tellement penser ça non plus, j'veux pas qu'elle parte, parce que ça voudra dire qu'il y a vraiment aucune chance qu'on se reparle par la suite et même si je joue au connard, là tout de suite, j'ai envie que ça se fixe. J'l'ai perdue une fois, je suis pas revenu pour la reperdre, au contraire.

« Tu sais rien de rien, alors pourquoi tu me chies dessus comme ça ? Ouais, j'vais pas nier que j'me sens coupable, mais est-ce vraiment de l'abandon ? T'aurais très bien pu venir avec moi, au lieu de me traiter de connard comme si j'avais fait quelque chose de mal en te demandant de m'attendre. Non, j'étais pas là ces huit dernières années, tu m'avais clairement fait comprendre que tu pouvais te passer de moi le jour où ma mère m'a dit que t'avais commencé à sortir avec Rafael, okay ! » Elle pousse le bouchon, elle me pousse à bout alors que tout ce que j'ai fait c'est lui adresser une simple parole. J'prends une respiration, j'm'emporte et je sais que ça va partir en couilles plus que ça si je me calme pas un peu. J'fais un pas en arrière, le chandail toujours mouillé. Je la regarde, alors que je la vois bouillir, mais j'ai pas fini, pas encore. Faut croire que j'aime bien enfoncer le couteau dans la plaie et que j'me sens vraiment en formce, ce soir. « Tu m'aurais rien laissé faire si j'étais revenu plus tôt de toute façon, et j'te signale que Raf me détestait parce qu'on t'aimait tous les deux et qu'il t'a eu seulement parce que j'me suis cassé ! Tu veux des excuses plausibles ? J'suis désolé d'être parti, j'suis désolé de m'être fait une vie en dehors d'ici, j'suis désolé d'avoir cru que tu m'aimerais assez pour éventuellement me suivre. J'suis désolé, Sin. » J'penche la tête, les bras croisés sur le torse. J'attends mon verdict, mais je sais déjà qu'il sera pas bon. De la manière dont elle me fusille du regard, je sais que j'ai gaffé en disant tout ça, mais elle voulait que j'sois honnête, alors je l'ai été. J'vais pas lui dire que ça m'a enchanté de m'en aller en la laissant en arrière parce que c'est faux, et j'vais pas non plus dire que j'allais revenir comme si de rien n'était, comme un cheveu dans la soupe pour tout foutre en l'air alors que ça avait l'air de bien aller pour elle, apparemment. C'est vrai que Rafael va éternellement me manquer et que je pourrais jamais lui dire à quel point j'ai mal au fond de l'avoir perdu de cette manière, parce que je le sens, mais c'est trop injuste qu'elle croit que tout est de ma faute alors qu'elle a aussi une part de responsabilité et que je peux pas non plus être celui qui arrange tout. « Et je t'interdis de parler de la mère de mon fils n'importe comment. Ça te regarde pas. » Dis-je, en me rapprochant. C'est le contraire maintenant, je me gêne pas. Je la coince dans un coin et la regarde dans les yeux, l'air mauvais, alors qu'elle s'apprête sûrement à me foutre un coup ou à me pousser, c'est son choix. Je pouvais pas juste rester là et la laisser m'insulter. La vie est pas faite de coups parfaits les uns après les autres... Puis, quand j'y pense bien, si y'a huit ans on avait fait ce qu'on avait prévu de faire avant que ma mère débarque, la donne aurait complètement changé. Tu crois vraiment que j'avais envie de revenir m'installer ici pour une seule et unique raison ? Tu crois que ça m'a fait plaisir d'entendre que Raf s'est fait tué ? J'suis pas un sans coeur, comme tu sembles si bien le croire. J'en ai des putains d'émotions, bordel ! J'prends pas le temps de la laisser réagir que j'enlève mon chandail et j'recule. J'prends tout mon temps, voir si elle va me retenir, les secondes défilent, je sais pas trop pourquoi j'fais ça. J'ai le sang chaud, ça me monte à la tête toute cette histoire, faut que j'prenne de l'air...


Dernière édition par Emilio Mejia-Garcia le Jeu 30 Juin - 18:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Jeu 30 Juin - 17:52






Oui, j’aurais très bien pu partir dès que j’eus posé les yeux sur lui et son fils, preuve de son infidélité envers moi. Ca pouvait paraître complètement con mais autrefois, je ne voyais personne d’autre que moi pour devenir la mère de ses gosses et ce même si j’aspirais à une vie totalement différente de celle d’une femme au foyer patientant toute la journée et s’occupant des tâches ménagères jusqu’à ce que son mari rentre gentiment à la maison. C’était pour moi une trahison, la pire qui soit et pour ça aussi je lui en voulais, parce qu’il m’avait oublié, parce qu’il avait trouvé quelqu’un d’autre pour me remplacer, m’imitant probablement, moi qui avais fini avec le dernier de la bande pour garder la face et surtout fuir les autres hommes ; mais si moi j’avais le droit, son cas était différent. Je me servais de ce mariage contre lui, pour justifier ma position bien trop tranchée à son égard, sur sa vie surtout et mon refus de l’écouter alors qu’il avait tenté de recoller les morceaux. S’il avait réellement voulu de moi, si j’avais été si importante, il se serait battu pour moi, il aurait tout fait pour obtenir mes faveurs au lieu de se tirer et de laisser le champ libre à Raf qui ne se gêna pas pour occuper l’espace vacant, pour devenir l’indispensable de ma vie, pour tenter d’être mon confident et de pallier au manque qu’Emilio avait laissé derrière lui. Parce que c’était ce que je lui reprochais réellement, de ne pas m’avoir donné assez d’importance, de ne pas m’avoir aimé assez pour rester et affronter son meilleur ami, il n’était qu’un beau parleur et j’aurais dû m’en souvenir. Peut-être que la peine que je ressentis après son départ poussa Rafael à lui en vouloir davantage, j’en étais même sûre, il n’y avait pas grand-chose susceptible de m’atteindre mais il avait suffi à ce grand con de partir pour qu’un pan de mon monde s’écroule et que je sois contrainte de tout reconstruire à la hâte. Je n’avais peut-être pas fait les bons choix mais il avait fallu agir en conséquence et à l’époque, il était tout bonnement hors de question de passer des jours à me morfondre pour quelque chose d’aussi anodin, tout comme maintenant. Je ne m’autorisais jamais à m’appesantir sur ce qui me faisait mal, préférant emmagasiner de la colère et du ressentiment jusqu’à ce que je n’en puisse plus, jusqu’à ce que je manque d’exploser, jusqu’à ce que l’on me pousse à bout et que tout ressorte avec puissance pour faire un joli feu d’artifices et me rendre complètement incontrôlable. Oui, j’aurais pu partir, j’aurais probablement dû le faire mais il n’y avait pas que mes propres intérêts, j’avais promis à mon frère, j’avais accepté de faire un effort pour lui faire plaisir et à mes yeux cela avait bien plus de valeur que toute la rancune que j’avais pour notre invité improvisé. Si Raf avait encore été de ce monde, cela aurait sûrement tourné au pugilat, parce qu’il était désormais le chef, le patron et surtout parce qu’il n’aurait pas apprécié que son ancien meilleur ami ingrat vienne foutre la merde entre nous et me fasse de nouveau du mal. Emilio avait toujours eu une influence énorme sur moi, plus que je ne voulais bien l’admettre, assez pour que je prenne soin de sa famille en son absence, assez pour que je m’occupe encore de lui des années après, assez pour qu’en dépit de son silence, je le fasse tout de même passer avant celui qui était alors mon petit ami. Cela aurait été tout ça qui aurait animé Raf alors qu’il aurait abattu son poing sur le visage si parfait de Garcia. Quoi qu’il fasse, où qu’il soit, il gagnait toujours, qu’on soit ensemble ou non, parce qu’Emilio serait toujours le seul et j’avais eu beau tenter de me défaire de mes sentiments, ils étaient plus forts que ma simple volonté et plus forts même que mon bonheur avec Raf. C’était pour ça qu’il me faisait si peur et que je tentais désespérément de le tenir loin de moi, parce que je ne voulais pas me retrouver de nouveau toute seule après m’être bercée d’illusions, parce que je ne voulais pas qu’il me baise une seconde fois en beauté. S’il avait été capable de me trahir une fois, rien ne l’empêcherait de recommencer. Tout ce qu’il pouvait affirmer n’était qu’un tas de conneries. Quand on aime quelqu’un, on ne finit par marié à une autre personne, ça se saurait !

« Oh alors c’est à moi de partir ? Je croyais que c’était ta spécialité pourtant ! En plus je suis chez moi aux dernières nouvelles ! De toute façon j’ai promis à mon frère de rester et contrairement à certains, je n’ai qu’une parole. » lui envoyai-je en le regardant dans les yeux, mon joints entre les lèvres et nettoyant un verre

Je sortis mes mains de l’eau et allumai de nouveau mon joint, bordel il m’en faudrait sans doute une bonne dizaine pour que je parvienne à me calmer et surtout pour que je ne lui colle pas une raclée monumentale. Il en faisait exprès, ce n’était pas possible autrement. Il me titillait, jouait avec mes nerfs comme autrefois, sauf qu’il n’était plus en odeur de sainteté et qu’il me suffirait d’un rien pour éclater et lui faire payer ces huit années loin de moi, de silence, de souffrance et d’abandon. Il m’avait juré qu’il serait toujours là, on se l’était juré avec Raf alors qu’on n’était que des gosses et aujourd’hui, j’étais seule, purement simplement seule. Raf m’avait abandonné malgré lui et ne pouvait plus que veiller sur moi de l’endroit où il se trouvait tandis qu’Emilio était tout l’opposé de ce qu’il avait pu être par le passé, un parfait inconnu qui tentait de me prouver que j’avais tort mais ce n’était certainement pas ses chaussures hors de prix, sa montre de marque et son manteau de créateurs qui allaient me faire penser le contraire. Qu’est-ce qu’il pouvait vouloir pour s’obstiner comme ça ? Je n’étais rien, je n’étais personne et la seule chose dont j’avais envie c’était qu’il disparaisse et aille se trouver une autre femme à épouser pour me laisser refaire ma vie doucement et surtout sans lui. Je n’avais pas le droit, je n’avais tout simplement pas le droit de faire ça à Raf et à sa mémoire. Ce n’était pas moral et si je n’en avais pas grand-chose à battre la grande majorité du temps, ça m’importait vraiment cette fois. Oui, vraiment.

« TU NE M’AS JAMAIS DEMANDE DE TE SUIVRE, CONNARD ! Tu voulais que je t’attende, tu voulais que je fasse bonne figure pendant que tu te tapais des petits culs blancs à l’université. Alors ne viens pas me reprocher d’avoir choisi une autre voie, ne viens pas me reprocher de m’être mise avec Raf qui était resté près de moi, qui s’occupait de moi quand ça n’allait pas et qui m’écoutait. Je n’avais qu’à l’appeler pour qu’il débarque et me réconforte et toi t’étais où ? Trop occupé à devenir quelqu’un d’important ? » dis-je en faisant une grimace de mépris avant de reprendre « Je te félicite, t’as réussi. Alors, ça fait quoi d’avoir perdu tous ses amis pour réussir ? Tu dois te sentir très bien dans tes fringues hors de prix, ta caisse de maquereau et ton appart de star de cinéma ! »


Je commençais à perdre patience, si bien que je préférais me tenir loin de lui et de l’évier, la vaisselle attendrait qu’il se soit tiré avec son gamin et qu’il me laisse respirer pour de bon. Dire qu’il me reprochait de ne pas l’avoir suivi alors qu’il avait complètement omis de me parler de la date de son départ, moi qui l’avais toujours soutenu. J’avais énormément contribué à sa réussite et ce même s’il n’en savait rien mais me cracher au visage était beaucoup plus simple que d’admettre que tout était de sa faute parce que ça l’était, je n’avais fait que mon devoir ou presque. Ca faisait bien longtemps que je ne m’étais pas sentie si mal, la dernière fois c’était quand il avait mis les voiles pour ne plus revenir au quartier, quand il m’avait mis dans la case des choses du passé, sauf que maintenant, Raf n’était plus là pour me soutenir, j’étais seule face à mes démons et il fallait que j’agisse en adulte responsable et que je lui pète sa gueule. Oui, ça ne règlerait rien mais ça aurait au moins le don de me soulager.

« Ne parle pas de ce que tu ne connais pas, ne viens pas prétendre que tu as su un jour ce que j’ai pu ressentir parce que je te jure que je vais t’arracher les yeux ! Tu savais très bien que je ne viendrais pas, tu savais très bien que ma place était ici, avec le gang et que je ne parviendrais jamais à m’intégrer là-bas, avec les grosses têtes, tu ne l’as fait que pour te donner bonne conscience. »

Je jetai mon mégot par la fenêtre juste avant qu’il ne me coince contre le mur pas loin de la fenêtre, m’empêchant de m’enfuir avec sa carrure imposante et forcément, cela me mit complètement hors de moi, je le repoussai vivement, sentant l’adrénaline couler dans mes veines et mon cœur pomper davantage de sang.

« J’en ai rien à foutre de ta pute mais ne t’avise pas de croire que tu auras le dessus sur moi comme sur elle ! »

Mon avertissement ne valait pas grand-chose mais il avait au moins le mérite d’être parfaitement clair. Sois je rêvais, soit il affirmait que je n’étais pas foutue de ressentir quoi que ce soit, que j’étais une sorte de frigide imbuvable et ça, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Je me jetai à sa suite, le bousculant pour qu’il me fasse face avant de lui décrocher ma meilleure droite. Je voulais lui faire mal autant qu’il m’avait fait souffrir, je voulais qu’il me supplie d’arrêter, qu’il comprenne que je ne jouais pas, je ne jouais plus. J’allais lui envoyer un autre coup quand il attrapa mes poignets et les serra, les sourcils froncés, bordel, s’il répliquait à mes coups, j’allais le sentir passer avec les bras qu’il se payait. Enfoiré de connard de merde !

« LACHE-MOI ! Putain, lâche-moi ou je jure que je te tue ! »

J’avais beau me débattre, il ne faisait que serrer plus fort, m’empêchant d’esquisser le moindre geste, me poussant vers le frigo contre lequel il me bloqua, appuyant son torse sur ma poitrine pour que je ne bouge pas et surtout pour que je ne le frappe pas. Il tentait d’attirer mon regard, se souvenant que j’étais bornée comme une mule, il finit par attraper mon menton et m’obliger à le regarder dans les yeux. Ce fut à ce moment précis que je compris que j’étais tout bonnement foutu. Je le détestais tellement, autant que je pouvais l’aimer et c’était bien là mon plus grand malheur. Je fus celle qui rompit la distance entre nous deux, la pire des erreurs, ma plus grosse connerie depuis des siècles. Il suffit que nos langues se rencontrent pour que je sois tout bonnement électrisée et que je sente une chaleur m’envahir alors qu’il m’attrapait par les cuisses pour me déposer sur la table de la cuisine. Mon cœur battait si vite que je ne tarderais pas à faire une attaque. J’eus pourtant un retour de conscience, assez pour le repousser, lui coller une gifle et l’abandonner là, le pantalon ouvert et ramasser mon top pour l’enfiler tandis que je sortais de la cuisine pour aller m’enfermer dans ma chambre. Je n’avais pas le droit de faire une chose pareille, j’avais déjà été trop loin. J’étais au milieu du salon, priant pour que j’atteigne ma chambre avant qu’il ne m’en empêche parce que s’il revenait à la charge, il était clair que je ne serais plus capable d’opposer la moindre résistance.
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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Dim 24 Juil - 5:41

Être ici me semble réel et irréel en même temps. C'est comme si d'un côté j'étais dans un monde où je savais que tout allait basculer et que dans l'autre j'me retrouvais complètement armé contre toute faille. J'peux pas dire que j'sois particulièrement enthousiaste à l'idée que Sin me déteste à cause de ma langue pendue et du fait que je dise vraiment ce que je pense, au lieu de passer par mille chemins et de pas oser l'affronter. Je vais pas passer le restant de mes jours à me cacher non plus, c'est pas un truc qui me plait particulièrement et certainement pas quand il s'agit de ça. Si j'dois être franc avec elle, vaut mieux que je lui dise directement, parce que je sais qu'elle a horreur des faux-culs - ce qu'elle pense que je suis en ce moment - et des menteurs - à ajouter à la liste de mes défauts, selon Sin Moreno - mais quand même, je mens pas. J'suis sincère en m'excusant d'avoir presqu'été le pire connard que la Terre ait jamais connu et j'suis honnête en disant que je lui en ai aussi voulu de m'avoir laissé partir sans rien dire, alors qu'elle aurait pu juste me dire de pas partir et je l'aurais fait, sinon, j'aurais tout fait pour qu'elle vienne. Pour être sûr qu'elle reste pas ici, qu'elle fasse pas partie de ce satané gang et qu'elle vive la vie que Gab m'avait souvent dit qu'il voulait pour elle. Quand j'repense à tout ça, j'ai l'impresison que tout est ma faute et qu'elle a peut-être raison, mais de l'autre côté, c'est trop injuste, j'vais pas non plus la laisser gagner juste parce que c'et une fille. Elle a beau me faire toutes les menaces qu'elle veut, elle les mettra pas à exécution parce que Gab est pas très loin - même si ce connard a sûrement l'intention de se casser, comme j'le connais - et qu'elle pourrait jamais laisser mon fils sans père. Elle sait rien sur Alessia, mais le moins elle sait, le mieux ce sera. J'ai pas envie de me replonger dans tous ces souvenirs de merde qui m'ont retenu pendant des années et qui m'ont empêché de me faire une vie comme il se doit et de pouvoir m'épanouir comme j'aurais dû. Quand on me disait que c'était ça, de se faire enlever la vie et de devoir faire des tas de sacrifices, j'écoutais pas, j'me disais que ça devait pas être si pire que ça. À l'époque, j'avais demandé Alessia en mariage sur un coup de tête et parce que j'voulais être sûre de pas finir seul et qu'il y ait toujours quelqu'un pour m'épauler parce que j'avais pas Sin. C'était égoïste de ma part, mais je l'avais aussi fait parce que j'avais vent des annonces du mariage que Raf voulait préparer avec Sin. C'était dur, je me renfermais de plus en plus quand je rentrais de l'école et ensuite du boulot, je gardais mes émotions secrètes et j'préférais largement envoyer bouler tout le monde plutôt que de dire ce que j'avais vraiment. J'ai jamais vraiment menti aux gens qui m'entourent, quand je dis à quelqu'un que je l'aime pas, c'est vrai, quand je lui dis que je l'aime, c'est vrai. À quel point ? Là, ça dépend de la situation et de la personne. J'aurais pas pu dire à Sin que j'étais pas amoureux d'elle, si elle me l'avait demandé avant que j'me casse pour de bon - enfin, c'est ce que j'croyais - et j'aurais sûrement pu changer le cours de nos vies, mais tant pis. Ça me revient à la gueule et va falloir que j'assume coûte que coûte. J'en ai marre de tout ça, j'en ai marre de me faire traiter comme un chien galeux qui tente de revenir et à qui on donne un os périmé auquel s'accrocher pour voir ce qui va arriver ensuite. Okay, je suis un connard, un faux-jeton, un moins que rien, mais j'crois pas que j'mérite que du mépris et que j'aurais jamais droit à une seconde chance. Sin en donne pas, ou plutôt extrêmement rarement, mais si elle vient à ne pas m'en donner, je vois même pas le but de ma visite ici. C'est vrai que je m'attendais pas à ce qu'elle soit là, mais logiquement je le savais. Au fond de moi j'me disais que c'était impossible que Gab m'invite à manger rien que pour le trip de le faire et pour rencontrer Alejandro. Les paroles de Sin me percent, comme si j'étais resté au soleil trop longtemps et que ça commençait sérieusement à me brûler la peau. Comme si j'étais mort intérieurement et qu'elle enfonçait encore plus le couteau dans la plaie, pour me regarder dépérir et lui demander pardon. C'est ce qu'elle veut ? Que j'abandonne ? Que j'reparte de là où j'suis sorti ? J'le ferais pas. Pas encore une fois, pas après l'heure mouvementée qu'on vient de passer. J'ai jamais eu de retrouvailles aussi explosives avec qui que ce soit, même pas ma propre soeur jumelle qui me tape à longueur de temps sur le système. J'croise les bras, hochant lentement la tête, lui donnant l'illusion d'avoir raison sur toute la ligne. « Mais ouais, t'as qu'une seule parole et moi j'en ai plusieurs peut-être ? Tu m'as entendu te dire que j'voulais que tu viennes avec moi ? Si j't'ai pas demandé de venir c'est parce que je savais que tu refuserais de toute façon ! Tu me fais chier à tout me foutre sur le dos, merde ! T'as jamais rien fait du tout qui t'aurait mis en tort dans la situation, Moreno ? Mais non, t'es blanche comme neige évidemment, parce que c'est toujours de la faute de l'autre personne... C'est beaucoup trop facile de te dire que c'est moi qui ai tout claqué, on est tous fautifs. » J'aime pas comment tout ça tourne. J'suis arrivé avec l'intention de manger et peut-être de rentrer chez moi en vie, mettre mon gosse au lit et passer une nuit blanche à penser et à me motiver à trouver des raisons de revenir ici demandes des comptes à Sin. C'aurait sûrement été plus concluant... Non, j'crois pas, pas le moins du monde même. Elle sort les mains de l'eau pour rallumer son joint, elle fait comme si j'existais pas et qu'elle me connaissait pas. L'ignorance venant de la part de n'importe qui faisant pas partie de mon entourage me dérange pas, ça me fait même rire, ça veut dire que la personne qui prend la peine de s'épancher sur mon cas, assez pour m'ignorer, sait qui je suis et se dit sûrement que vu ma position, ce serait mieux de me détester plutôt que d'essayer de s'allier à moi. Venant de la part de Sin, ça me casse les couilles plus qu'autre chose et ça va finir par me foutre la rage, tellement que j'pourrais facilement la plaquer contre le mur et la forcer à prendre conscience de ma présence là, tout de suite, et d'essayer de lui inculquer le fait que je sois là maintenant et que même si c'était pas le cas y'a quoi, deux ou trois semaines - le temps depuis lequel j'arrête pas de passer dans le quartier pour voir à quelle fréquence elle y est, sans me faire repérer - ça l'est maintenant et qu'elle pourra pas éternellement me reprocher de jamais avoir été là. J'veux l'être, bordel, même si elle m'y autorise pas, je vais lui imposer ma présence et peu importe qu'elle soit contente ou pas, je trouverais comme excuse que c'est pas que pour elle que je le fais. En partant, j'ai laissé ma mère, j'ai laissé Gab, Cruz en avait sûrement pas tellement grand-chose à cirer, j'me suis encore plus éloigné d'Azul et j'ai aussi laissé Livia, sa meilleure amie. Elle a pas le droit d'être la seule raison de mon mal être constant, parce que ça va finir par me ronger de l'intérieur et que j'pourrais plus vivre avec ma conscience qui va me relancer sans arrêt que je suis un merdeux qui porte des trucs hors de prix pour se cacher de qui il est vraiment. Des gens à l'univ, peu ont su que je venais du ghetto, j'parlais pas de ma vie et quand je me surprenais à commencer à parler d'à quel point j'avais une meilleure amie hors pair, j'arrêtais. J'me disais que personne pouvait comprendre et que vu que c'était fini et qu'elle m'avait viré, j'aurais plus à m'en soucier de toute façon. « Tu sais très bien que j'aurais jamais pu faire ça, Sin ! Me taper des culs blancs à l'univ ? Mais bordel, tu parles comme si tu connaissais chaque putain de détail de ce que j'ai fait là-bas ! J'ai baisé qu'une seule fille, elle est devenue la femme et la mère de mon fils. Je lui dis ça presqu'à bout de souffle, alors que je m'approche d'elle et qu'elle est toujours entrain de faire la vaisselle et de me fumer son joint à la gueule. Ça te fait sentir mieux là, de savoir que non je suis pas un gros pervers qui baisait tout ce qui bouge ? Sûrement pas, t'es jamais satisfaite de rien ! Tu m'as jamais appelé, j'te signale que j'aurais parcouru tous les kilomètres qui nous séparaient pour venir te trouver si tu l'avais fait. Pourquoi je l'ai pas fait, tu vas me dire ? Parce que j'étais assuré que de toute façon, vous m'aviez tous oublié et que vous vous en tireriez mieux sans moi, c'est pas comme si ça avait l'air de déranger Raf que je sois plus avec vous parce qu'il te voulait et que je pouvais clairement pas t'avoir. Je hausse les sourcils et les épaules, comme si j'devais vraiment lui faire comprendre par l'intermédiaire de mes expressions faciales qu'elle raconte aussi des conneries, et que j'accepte pas de prendre tout le blâme quand même. Tu t'es pas gênée de faire comprendre à tout le monde que t'en avais plus rien à foutre de ma gueule ! Tu crois que je savais rien pendant que j'étais là-bas ? Que j'entendais pas toutes les merdes qui se disaient sur mon dos parce que j'étais hors du chemin de tout le monde !? » J'ai légèrement haussé le ton vers la derière phrase, parce que j'suis sérieusement énervé, mais j'dois trouver un moyen de me calmer, j'vais pas non plus me mettre à défoncer tous les murs autour, j'risque de me retrouver dans la merde plus profonde que celle dans laquelle j'suis en ce moment.

J'prends une grande respiraton, j'ai presqu'envie de rire quand elle me traite limite de richard fini et pourri à l'os. « J'ai perdu tous mes amis, han ? T'sais au pire, j'm'en tape, parce que y'avait peu de personnes qui m'importaient vraiment et tu sais très bien qui elles sont. » En disant ça, je sais qu'elle comprend que je parle majoritairement d'elle, à moins que j'sois pas assez clair. Elle veut pas m'écouter et veut rien savoir de moi, ça m'étonnerait pas qu'elle bloque tout ce que j'lui dis et qu'elle continue d'en faire qu'à sa tête. C'est pas comme si l'un d'entre nous avait jamais réussi à lui faire entendre raison, et quand je dis jamais, c'est vrai. « Vas-y, mets tout sur mon dos, qu'est-ce que ça change maintenant ? J'ai jamais dit que je savais c'que tu ressentais, jamais, parce que ça aurait été mentir et que j'ai pas l'habitude de le faire. » C'qui est entre la limite de la vérité et du mensonge. Pour mes cas à défendre, il est évident que je devais rip out toutes les possibilités et que parfois ça demandait que je détourne la vérité, mais quand tout ça était fini, je redevenais celui que j'tentais d'être le reste du temps. J'me suis plus menti à moi-même que j'ai menti à qui que ce soit. Elle reprend la parole, ce qui me pousse à m'approcher d'elle et de la coincer lentement vers le frigo, serrant les dents par la même occasion parce que je l'entends dénigrer la fille qui je pensais pourrait me rendre heureux. Elle me repousse bien vite en prenant le risque de me pousser brusquement et en sortant d'autres sottises. « T'avise pas de parler de la mère de mon fils comme ça, Moreno. J't'en donne aucunement le droit. » C'est là qu'elle donne un de ses fameux coups de grâce, ceux qu'elle adore donner parce que ça met toujours plus d'action, que ça rajoute plus de piment à la chose. Je me mange son poing droit en pleine gueule, ce qui me fait directement reculer et presque m'accrocher à quelque chose. Merde, ça brûle et j'suis sûr que j'vais me réveiller avec un sacré bleu demain matin, mais elle doit sûrement être un tant soit peu soulagée maintenant. Elle a réussi à me faire mal, parce que je grimace et qu'en quelque part, elle se sent victorieuse. Maintenant, c'est à mon tour de jouer. Réplique de sa part, ses bras se préparent et ses poings sont fins prêts, mais je retiens ses coups foirés et me permets de serrer ses mains, les sourcils froncés, mon ancien air de caïd indestructible affiché. Elle est prise, plus je m'avance, moins elle a d'espace et du coup, oh... Emilio 1, Sin 0. « J'te lâche pas tant que t'avoues pas que t'as eu ta part de tords dans tout ça. » Elle est maintenant contre le frigo, là où je l'ai poussée pour l'empêcher de faire le moindre mouvement. J'ai pas envie de continuer à me disputer, j'ai pas envie de continuer à débattre et j'ai certainement pas envie de me prendre une autre droite, parce que Sin a beau être plus petite et moins imposante, elle est loin de frapper comme une fillette sans force. D'ailleurs, je bouge légèrement ma mâchoire et passe ma main sur ma joue, tentant de bien encaisser le coup qui m'a fait tourner la tête quelques secondes tout à l'heure. Je la tiens, elle est ma prisonnière et je compte pas la laisser filer de si tôt. Elle a envie de m'arracher les yeux, de mes broyer les os, de me faire regretter d'être revenu ici et de lui pourrir la vie à l'instant-même, je le sens dans son regard et dans sa respiration saccadée, mais c'est pas la seule chose que j'perçois. Elle a frissonné, je l'ai senti parce que ça m'a fait le même putain d'effet. Je relève sa tête en posant ma main sous son menton et en la forçant à me regarder dans les yeux. La peine que j'lui ai causée est incommensurable, je le sais, mais y'a rien que je puisse faire pour changer le passé parce que si c'était possible, j'en aurais profité pour effacer toutes les erreurs de parcours que j'ai fait, qui ont fait que ce soit pas avec elle que j'aie continué mon adolescence et commencé ma phase adulte. Elle se défait légèrement de mon emprise, mais je la laisse toujours pas aller, mes pulsions prennent le dessus et mes lèvres trouvent rapidement les siennes, alors que nos langues se lancent dans un éternel combat pour savoir qui est la plus forte et qui arrivera aussi à faire perdre le souffle à l'autre. Je la soulève, plaçant mes mains sous ses fesses et la posant sur la table en prenant soin de me placer entre ses jambes. Son top trouve le chemin du sol, mon pantalon se détache et mes mains se baladent de haut en bas. Du galbe de ses fesses à ses épaules, détachant presque son soutif... Ce que je n'ai pas le temps de faire, parce qu'elle me pousse et qu'elle me gifle, alors que j'ai mon chandail à bout de bras. Quand est-ce qu'elle va arrêter de me frapper, j'en ai marre à la fin ! Elle rattrape son top et se faufile dans le salon, empruntant le chemin qui mène directement à sa chambre. Ça se passera pas comme ça, elle peut pas m'embrasser une seconde et me laisser en plan celle d'après. J'entends des bruits de pas et des petits ronflements, ceux de mon fils que je reconnaitrais parmi mille. La porte d'en arrière se referme, à peine j'ai le temps de tourner ma tête pour voir, je réalise que Gab s'est cassé avec Jandro. Je regarde Sin, elle s'est arrêtée un court instant et alors qu'elle s'apprête à reprendre la course jusqu'à son bunker personnel, je la prends par le bras et la tire brusquement vers moi. « Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que t'en as pas envie. » Elle répond en marmonant un truc que je prends pas la peine d'écouter. Je la serre de nouveau contre moi, l'embrassant dans le cou, puis j'monte jusqu'à sa mâchoire et la commissure de ses lèvres. Mon pantalon prend pas trop de temps cette fois-ci à se faire la malle, parce qu'on est debout et qu'il est complètement descendu. J'en perds le souffle à force de l'embrasser, c'est plus violent et passionné que doux et... posé, je dirais. Je la pousse légèrement sur le sofa et tire sa jupe. Maintenant, c'est égalité, on est tous les deux en sous-vêtements et je suis encore en position de force parce que je la prends au-dessus de mon épaule et que je vais là où mon instinc me dirige. J'ouvre la porte d'une des chambres, je porte même pas attention à laquelle, et je la pose sur le lit. Je me mets encore une fois au-dessus d'elle et sens ses jambes entourer ma taille. « J'ai plus envie de me battre, surtout pas avec toi. » Mes bras l'entourent et je sais pas comment, en un seul mouvement qui dure à peine quelques secondes, elle se retrouve assise sur moi, à califourchon. Je caresse ses cuisses, impatient, je monte jusqu'à son dos et dégrafe son soutif que je lance plus loin. J'ai jamais vu Sin de cette manière, et honnêtement je sais pas pourquoi j'ai été aussi con d'avoir foiré mes chances avec elle. Mes doigts s'amusent gentiment à retracer les tatous qu'elle a sur les bras, mon regard toujours plongé dans le sien. De ma vie, j'ai jamais rien vu d'aussi magnifique...
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MessageSujet: Re: You must be kidding me ft Emilio   Lun 25 Juil - 23:44



Ce qui m’agaçait encore plus que sa simple présence ? Qu’il ose me répondre plutôt que de plier l’échine et de se barrer, comme il aurait dû le faire. Je détestais le fait qu’il me tienne tête, qu’il soit si différent de Raf et à la fois si identique. Je n’étais pas habituée à ce qu’on me bouscule de la sorte, à ce qu’on vienne me chercher jusque dans mes retranchements pour me faire la misère et me montrer par A + B que j’avais tort, ce qu’il était exactement en train de faire. Il était le seul à oser m’attaquer de front parce que généralement, on avait trop peur pour se lancer dans une pareille entreprise ou tout simplement, on ne voulait pas m’entendre gueuler pendant des heures et finir avec mon poing en pleine gueule, parce que ça se terminait toujours de la même façon, lorsque je n’arrivais pas à faire entendre raison à mon interlocuteur, j’utilisais la violence, perdant ainsi toute crédibilité et laissant mon intelligence et ma raison de côté au profit de l’instinct. C’était un truc typiquement masculin ou simplement un trait de caractère des Moreno, je n’en savais trop rien et à vrai dire, je ne tenais pas particulièrement à creuser ce soir, je voulais seulement qu’il vire de chez moi, rembarque ses petites affaires, son fils, ses bonnes intentions et son cul sur lequel j’avais envie de poser mes mains, pour me laisser faire mon deuil seule avec ma mauvaise humeur et ma vision étriquée de la vie. Non, même s’il me l’avait demandé à genoux et des mois avant son départ, j’aurais refusé de l’accompagner, j’aurais refusé de quitter le gang et de risquer ma peau pour tenter de vivre une idylle à propos de laquelle je n’étais sûre de rien. La raison pour laquelle j’avais fait une place à Rafael dans mon lit était des plus simples, il était fou amoureux de moi et il n’y avait aucun doute sur le fait que je ne risquais rien du tout, aucune peine ou blessure, parce qu’il m’aimait trop pour me faire du mal, cela n’avait jamais été le cas avec Emilio, jamais il ne m’avait donné l’assurance qu’il m’aimait plus que tout et que j’étais bien plus qu’un simple passade, qu’une fille de plus qui irait gonfler le rang de ses conquêtes nombreuses. Je n’avais pas été assez stupide pour me laisser aveugler par mes propres sentiments, au point de faire la pire connerie de ma vie, parce que si j’avais eu le cran de le faire et qu’il avait osé me plaquer, je ne m’en serais jamais remise. J’avais beau jouer la dure et être une véritable cinglée de naissance, j’avais un cœur et sentimentalement parlant, j’étais une véritable novice, il suffisait de voir à quel point son départ pour l’université m’avait affecté pour savoir que tout aurait pris des proportions inimaginables si nous nous étions mis ensemble et avions tenté de construire une relation plus ou moins saine. Qu’aurais-je fait pendant qu’il aurait étudié ? J’aurais trouvé un boulot minable et j’aurais tenté de soutenir la comparaison avec toutes ces filles intelligentes et magnifiques et jalouse comme je suis, je lui aurais pourri la vie avec mes crises de jalousie, j’aurais même sûrement démoli la jolie petite gueule de pas mal d’entre elles. Je n’étais pas faite pour mener une vie normale avec un vrai boulot qui ne rapportait rien, j’avais grandi avec le gang, j’aimais le sang et la baston, je sentais moi-même la sueur, l’alcool et l’herbe de bonne qualité, ça n’aurait pas été moi cette fille qui aurait tenté de le combler de toutes les façons possibles et imaginables et j’étais certaine qu’il aurait cessé de me porter le moindre intérêt au moment même où j’aurais accepté comme n’importe quelle pétasse soumise. Ce qu’il aimait chez moi c’était le fait que je sois purement et simplement indomptable, le fait que je pouvais aussi bien lui faire vivre un enfer et finir par l’emmener au septième ciel et il aimait assez les défis pour avoir voulu m’enchaîner à lui et venir à bout de mon caractère de merde, je ne lui en voulais pas le moins du monde, j’avais toujours adoré cet intérêt qu’il me portait mais on se serait sûrement perdus à vouloir jouer le couple modèle, au fond, c’était notre faute à tous les deux, lui parce qu’il était trop rêveur et utopiste et moi parce que j’étais bornée et pas foutue de m’assagir. Je m’abstins de lui dire le fond de ma pensée et d’admettre qu’il avait raison parce que je savais qu’il s’en serait servi pour plus tard et je n’y tenais pas plus que ça, alors je me contentai de lui offrir mon regard le plus assassin avant de me remettre à ma vaisselle pour finalement abandonner l’idée et tenter de m’en débarrasser, coûte que coûte. L’aide mon frère aurait été la bienvenue mais il semblait sourd à nos cris et nos insultes, il espérait sans doute que tout ça aboutisse par de la frustration et du sexe. Super, le frère qui invitait à la débauche ! N’était-il pas supposé faire en sorte que personne ne partage le lit de sa petite sœur ? Il avait dû louper un chapitre dans le livre du frère modèle et ça me faisait royalement chier. Je comptais me venger en temps et en heure.

Je reconnais volontiers que je suis injuste et un peu trop violente avec lui mais c’est à la hauteur de ce que j’ai ressenti et de ce que je ressens encore. Il me brisa le cœur sans même se poser la question des conséquences, il a toujours été le seul à éveiller autant mon intérêt et je m’étais payé un putain de revers en pleine gueule, voilà pourquoi je crachais autant à la gueule de l’amour, je n’en attendais plus rien, même maintenant qu’il était de retour. Il ne lui suffirait pas de montrer sa tête d’ange pour m’amadouer et obtenir quoi que ce soit de moi, pourtant autrefois, il fallait bien moins que ça pour me mettre en émoi et me donner envie de retirer toutes mes fringues pour qu’il fasse ce qu’il voulait de moi. La belle époque ! Celle où nous dormions ensemble devant un film de merde ou avec un fond de musique après avoir passé la soirée à dessiner. C’était ça qui m’avait manqué, sa présence, nos soirées, nos conversations animées sur la musique et puis nos fou rires. Il avait loupé 8 ans de ma vie et je doutais que ce soit réellement rattrapable. Nous étions désormais des étrangers l’un pour l’autre mais face à lui, je redevenais cette gamine de 17 ans, complètement amoureuse et stupide aussi. J’avais toujours autant envie de me blottir contre lui, de lui raconter ce qui me peinais et mes rêves brisés mais il n’en avait plus rien à foutre, s’il en avait déjà eu quelque chose à branler par le passé, ce dont je doutais. Il avait beau le hurler, j’avais du mal à l’imaginer avec une seule fille, il était si beau et gentil, un type bien, du genre gendre idéal et je doutais que même lui n’ait pas profité des opportunités qui s’offraient à lui pour vivre sa vie et s’offrir un peu de bon temps. C’était un beau gâchis ! Si j’avais eu la chance et l’envie d’aller à l’université, j’aurais sûrement agi comme la pire des chiennes, même si ça ne me ressemblait pas vraiment, j’aimais bien m’en convaincre. Je me serais tapée tous les beaux mecs du campus sans jamais penser à aller en cours, ou bien était-ce l’idée que je me faisais de l’université. Des fêtes tous les soirs, de l’alcool, du cul et des tas de personnes disponibles, j’avais sûrement tout faux. Non, sa vie je ne la connaissais pas tout simplement parce qu’il m’en avait volontairement écarté, je ne pouvais pas prétendre savoir ce qu’il endurait parce que j’en entendais parler uniquement de la bouche de sa mère, alors effectivement, ça justifiait ma vision particulière des choses. Je voyais dans son regard, son désir de se justifier, de tout mettre à plat et surtout de faire amende honorable, je savais qu’il ne supportait pas l’idée qu’on soit fâchés et encore moins que je le déteste mais il devrait bien s’y habituer, c’était comme ça depuis trop longtemps pour que ça change. Je ne répondis rien, je voulais que ça cesse, qu’on se taise et qu’il s’en aille et me fiche la paix, je ne voulais pas avoir à déballer mes sentiments ce soir, si peu de temps après la mort de Raf, je n’y survivrai pas, je sentais déjà mon cœur faire de drôles de trucs dans ma poitrine, ou peut-être était-ce l’excitation et l’adrénaline que je n’avais pas ressenties depuis un paquet de temps maintenant. Il pouvait bien croire ce qu’il voulait tant que ça le poussait à quitter notre appartement, ce ne serait pas moi qui lui dirait que je pensais à lui tous les jours, qu’il m’avait manqué et que jamais il n’aurait pris la peine de revenir parce qu’il avait trop peur de se prendre une raclée par Raf. Je ne pus m’empêcher de faire le signe de croix quand il parla de lui.

« Quoi ? QUOI ? J’ai jamais rien dit de mal sur toi Emilio, j’ai jamais eu besoin des autres pour dire ce que je pensais ! Alors les autres et toi, vous pouvez bien aller vous faire foutre ! Et je t’interdis de parler de Rafael, le simple fait que tu prononces son prénom est un blasphème ! Mais puisque tu tiens tant à en parler, allons-y ! Tu t’es barré en me laissant derrière toi et Rafael n’a fait que ramasser les miettes que tu avais laissé, il a vécu ces huit dernières années avec la hantise que tu reviennes et que je finisse dans tes bras et l’abandonne. C’est ta faute si j’ai pas su l’aimer comme j’aurais dû, c’est de ta faute si j’ai jamais réussi à aller de l’avant parce que t’es qu’un gros con égoïste et je te déteste ! »

Les larmes perlaient à mes yeux et je me sentais perdre totalement le contrôle, la preuve, je commençais à laisser sortir des choses qui auraient dû rester profondément enfouies. Ce qu’il me disait ne me parvenait que de très loin et ce ne fut que lorsque je lui envoyai mon poing au visage que je revins un peu à moi, la pression redescendant d’un cran même si j’avais pris le parti de continuer à le frapper jusqu’à ce qu’il la ferme pour de bon mais c’était visiblement trop lui demander et la seule alternative que je trouvai fut la plus désespérée mais de loin la plus efficace. Ca dura à peine quelques minutes jusqu’à ce que je réalise que je n’avais pas le droit de faire ça même si j’en avais indubitablement envie, mon frère était dans une pièce à côté avec le fils d’Emilio et j’avais passé trop de moments ici avec Rafael pour créer de nouveaux souvenirs avec un autre homme, Garcia ou pas. Pourtant, en quelques contacts furtifs, il m’a déjà complètement embrasé et je me consume doucement, sentant la température de mon corps augmenter alors que j’ai terriblement envie de me retourner pour l’inviter à me suivre, pourtant je ne le fais pas et je continue à me diriger vers ma chambre, croisant enfin Gabriel et alors que j’allais lui demander quelque chose, il me fait un drôle de signe de tête et disparait, quittant l’appartement, me laissant en proie à mes démons et surtout en compagnie de mon péché personnifié. Si j’en avais encore eu la force, je me serais probablement agenouillée pour prier mais il était clair que si je finissais à genoux ce soir, ce ne serait pas pour louer le seigneur. Je peux le sentir au regard brûlant qu’il me lance qu’il ressent la même chose que moi et que notre moment d’intimité, quoi que bref, l’a émoustillé suffisamment pour qu’il en veuille davantage. Huit ans qu’on attendait ça et voilà que je me défile parce que j’ai peur de choses qui n’existent pas ou plus, ce n’est certainement pas Rafael qui va venir frapper à notre porte pour me dire que je suis une belle salope. A cet instant précis, je ne me souviens même plus de son visage ou du son de sa voix pourtant, je suis à deux doigts d’entrer dans ma chambre quand on attrape mon bras et que l’on m’entraîne sans ménagement contre un torse imposant et musclé mais surtout nu. Le contact de nos deux peaux me coupe la chique et je suis incapable de répondre à ce qu’il me demande, de toute façon ça n’a aucune importance, ses lèvres se promènent déjà sur ma nuque puis sur ma mâchoire et à la commissure de mes lèvres tandis que je m’arrange pour le défaire de son pantalon. Quitte à aller en enfer, autant que ce soit pour une bonne raison. Mes mains l’explorent, sa peau, ses muscles, ces parcelles de lui que j’ai l’impression de connaître par cœur et qui m’ont toujours appartenu, quoi qu’il se soit passé. Nos lèvres se joignent de nouveau dans de longs baisers impatients avant qu’il ne m’envoie sur le canapé pour me retirer mon bas, ne manquant pas de caresser ma peau nouvellement mise à jour ce qui me fait légèrement sourire. Mais déjà je me retrouve sur son épaule, transportée comme un sac de linge jusqu’à la chambre de mon frère Cruz, ironie du sort ! Je n’aurais pas pu faire de cochonneries dans ma propre chambre de toute façon et j’ai bien trop envie pour m’empêcher de quoi que ce soit maintenant qu’il est sur moi et que je l’entoure de mes longues jambes.

« Alors faisons la paix. » que je m’entends lui dire

Ce qu’il faut pas entendre, je vous jure ! Ramassis de conneries ! Pourtant, je n’avais rien dit de plus sincère depuis qu’on avait commencé à se prendre la tête. Avec habileté, je repris le dessus, lui laissant le champ libre pour qu’il me retire l’une de mes dernières pièces de tissu alors que je lui souriais tandis qu’il me caressait sagement les cuisses, bordel pourvu qu’il ne soit pas si sage parce que si j’avais toujours aimé prendre les choses en mains, sans mauvais jeu de mots, j’aimais aussi qu’on me surprenne. Je me penchai sur lui, caressant son visage avec douceur, avant de venir chercher ses lèvres tandis qu’il posait ses mains sur mes fesses, jouant avec ma culotte en dentelle, timidement. Moi qui pensais qu’il avait autant la fièvre que moi, je me trompais peut-être. Je lui mordis la lèvre inférieure alors que j’attrapais l’une de ses paumes pour la poser sur mon sein pendant que mon autre main se glissait dans son boxer. Mes lèvres avaient déjà quitté les siennes, mordillant son oreille avant que je ne lui lèche la joue puis que je longe sa mâchoire du bout de ma langue pour finalement ricaner comme une idiote. Je le sentais se tendre alors que j’accélérais mes mouvements et qu’il était de minute en minute un peu plus sous mon emprise.

« Si tu me supplies suffisamment, je pourrais peut-être abréger la torture. » murmurai-je à son oreille avec malice

Je pensais vraiment qu’il m’aurait laissé faire jusqu’à ce qu’il perde complètement pied et au lieu de ça, il se saisit de mon poignet et le retira de son bas ventre pour avoir tout le loisir de me faire revenir à la case départ, à savoir allongée sur le dos, en position de soumission totale mais compte tenu de la vue que j’avais sur ses muscles saillants et sur lesquels perlait de la sueur, je ne pouvais pas me plaindre. Il se saisit de mes cuisses pour me faire glisser vers lui alors qu’il se penchait pour entreprendre de me rendre folle et il s’y prenait mieux que bien. Sa langue effleura d’abord mon sein avant d’y aller plus franchement et de s’y attarder tandis que je me cambrais sous ses attaques répétitives, soupirant d’aise. Avec une lenteur insupportable, il descendit juste assez pour que ma culotte le gêne et qu’il doive me la retirer sans ménagement. En toute sincérité, au moment où il mit sa tête entre mes jambes, je ne pensais plus à rien, je peinais même à me souvenir de mon prénom alors qu’il s’agrippait fermement à mes cuisses et que je sentais ma bouche s’engourdir et mes membres devenir plus lourd tandis que la chambre s’effaçait pour ne laisser que nos deux corps nus. Mes doigts vinrent s’égarer dans ses cheveux pour exercer une légère pression alors qu’il m’emmenait tout droit vers des sommets de plaisir. J’exhalai quelques gémissements discrets avant que je ne tremble littéralement et que je finisse par presque crier son prénom, ameutant sans doute tous les voisins au passage. On faisait difficilement meilleur que ce moment-là, ou peut-être parce que l’attente avait accentué le plaisir, je n’en savais strictement rien, pas plus que je ne tenais à savoir où il avait appris à faire ça et surtout pas avec qui. Le beau brun se redressa, fier de son petit effet visiblement vu le sourire crétin qu’il affichait et qui me fit éclater de rire alors que je cachais mon visage du plat de ma main, un peu honteuse de m’être laissée faire aussi facilement alors que j’avais encore les joues roses de plaisir et que je peinais à retrouver mes esprits. Mais lui était déjà fin prêt à passer à la suite, dévorant mes lèvres de baisers empreints d’un certain empressement qu’il peinait à dissimuler et je m’en amusai. Je me redressai pour me coller à lui alors que ses bras se refermaient autour de moi, mes mains allaient et venaient de ses épaules à ses fesses avant que je ne tire sur son boxer.

« Laisse-toi faire, après tu pourras bien faire ce que tu veux de moi. » lui dis-je calmement pour le convaincre

Non sans mal, il laissa tomber toutes ses barrières, se défit de son sous-vêtement et finit par s’asseoir comme je lui avais gentiment demandé, visiblement intrigué et émoustillé par la proposition inhabituelle. Il allait s’allonger sur le dos quand je lui fis comprendre que tout se passerait comme ça et après l’avoir aidé à amorcer l’échange, ne serait-ce que pour lui donner confiance, il prit la direction des opérations même si j’étais celle qui donnait le rythme, accrochée fermement à ses épaules, les yeux fermés et ayant l’impression de défaillir à chaque coup de rein. Ne serait-ce que pour cet instant, j’étais sûre d’être damnée pour l’éternité mais c’était trop bon pour que je m’en soucie maintenant, ma peau contre la sienne, l’entendant soupirer et expirer son souffle chaud sur ma peau sur laquelle il déposait quelques baisers de temps à autre. La chaleur devenait étouffante et plus je me sentais en proie avec le plaisir et l’extase, plus je me tenais à lui avec force jusqu’à ce que mes mains finissent par s’égarer dans ses cheveux que ses immenses paumes serrent mes cuisses plus fort encore, imprimant leur marque sur ma peau. Puis ce je fus submergée par l’extase, en oubliant de respirer alors que mon rythme cardiaque était plus élevé que jamais et que je sentais mes forces me quitter. Deux secondes plus tard, cette sensation avait déjà disparue et je me retrouvais toujours contre lui, ne faisant qu’un alors qu’il me fixait d’une drôle de façon. Ma seule réponse fut un baiser sur son front avant que je ne me défasse de sa prise et que je m’allonge, essayant de recouvrer mes esprits. Malgré moi, mes pensées revenaient toutes vers ce qu’on venait de faire et le fait que c’était une trahison envers tout ce que j’avais pu être pour Rafael et ce même si je me sentais bien, à ma place pour la première fois de ma vie. Je n’avais pas le droit à ça après avoir perdu Raf, c’était injuste pour lui autant que ça l’était pour moi. Devoir me tenir loin du seul homme que j’eus jamais aimé, n’avoir le droit qu’à une nuit de répit pour me souvenir de ce que j’avais perdu. J’aurais pu en vouloir à Dieu mais la seule fautive là-dedans, c’était moi. Je n’eus pas la possibilité d’approfondir puisqu’il s’allongea près de moi et l’attira à lui, sans doute avait-il envie de parler, ce qui ne m’enchantait pas des masses, j’étais plus douée pour les disputes et le sexe que pour les conversations d’adultes entre personnes civilisées.
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You must be kidding me ft Emilio

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