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 The sun and the rainfall ft Dalia

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« Sin Moreno »


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MessageSujet: The sun and the rainfall ft Dalia   Dim 22 Mai - 19:01



La nuit dernière avait été longue, très longue et pas pour les bonnes raisons, du moins
pas celles qui arrivaient dans mon top ten des manières excitantes de passer une nuit blanche. Depuis la mort de Raf, toutes mes distractions d’antan avaient perdu leur saveur et ne trouvaient aucune grâce à mes yeux. Je tentai de m’en trouver de nouvelles, en décalage total avec la personne que j’avais pu être, pensant sans doute que cela me permettrait de me retrouver, de me frayer un chemin dans les ténèbres pour enfin avoir la chance d’entrapercevoir la lumière de nouveau. C’était une théorie ridicule et qui s’avéra bientôt catastrophique, ça se saurait si la drogue et le sexe à outrance aidait les gens à retrouver un minimum le sens des réalités. En tout cas, pour ma part, ça ne m’aidait en rien. Je m’enfonçais de jour en jour plus profondément dans ce marasme d’idées noires et d’envies de vengeance, ça m’empêchait de dormir, de manger correctement et même de retrouver un minimum de vie sociale, outre ces soirées auxquelles j’assistais pour faire plaisir à Gabriel et surtout m’épargner un sermon de plusieurs heures sur le fait d’aller de l’avant, qu’il m’avait prévenu et que j’aurais dû me préparer bien avant à l’éventualité selon laquelle Raf me quitterait bien avant que la mort ne pense à venir m’enlever. Il était vrai que Raf n’avait jamais fait partie des personnes mues par leur bon sens, il était aussi impulsif que moi bien qu’un brin plus réfléchi et mature mais ça n’y changeait rien, il pouvait parfois faire des choses complètement stupides pour des raisons obscures. Comme aller m’acheter – ou me voler, Dieu seul le sait – une bague hors de prix sertie d’un magnifique rubis et ce pour mon anniversaire. Je n’avais jamais été du genre matérialiste mais ce cadeau-là fut une véritable surprise et je ne manquai pas de la porter dès que je l’eus retiré de l’écrin. C’était la preuve de ce lien invisible qui nous unissait alors. Depuis sa mort, je la portais accrochée à une chaîne en argent autour de mon cou, incapable de supporter sa vue sur ma main alors qu’il n’était plus là pour lui donner un minimum de sens. Quoi que je fasse, tout me rapportait continuellement à lui, à nous et ça finissait par me rendre dingue, au point où je m’en serais tapée la tête contre les murs si je n’avais pas eu la cocaïne pour m’aider à supporter le fardeau qu’était ces sentiments. Quand j’étais trop mal, comme ce soir, je me faisais violence pour enfiler quelque chose de plus sexy et traîner dans les bars en vogue de la ville ,espérant me ramasser un type pas trop bavard et encore moins chiant histoire de m’enivrer de sexe et d’alcool. Ça avait au moins le don de me calmer pour quelques heures, jusqu’à ce que je redescende et que la réalité s’impose de nouveau à moi.

Installée à une table, le regard rivé sur mon verre vide, je me demandais s’il n’était pas plutôt raisonnable de rentrer chez moi et d’aller me coucher plutôt que de recommencer à agir d’une manière qui n’était pas moi et qui finissait par littéralement me dégoûter. Je me levai, enfilant ma veste et dégageant mes cheveux ébène qui étaient restés bloqués sous le tissu avant de me diriger vers la sortie, un petit sourire aux lèvres, exprimant la fierté que je ressentais d’être parvenue à suivre le chemin de la raison. Le pantalon que je portais devait sûrement être une invitation explicite puisqu’en longeant le bar, un crétin s’autorisa à poser sa paluche dégueulasse sur mon divin derrière. Je n’avais jamais été particulièrement agréable, j’étais même tout ce qu’il y avait de plus sauvage et ce genre de geste pouvait coûter la vie à un imprudent. Je me retournai, furibonde alors que le débile en question ricanait bêtement, jetant des regards à ses amis qui pouffaient en chœur. Je passai ma langue sur mes dents, signe de mon énervement alors qu’il se crut autorisé à m’adresser la parole.

« Alors poupée, un petit tour avec un vrai mec, ça te tente ? »

Une petite voix tenta de me ramener à la raison mais bien vite, elle finit par se taire pour de bon alors que mon front s’abattait sur le nez de ce fou et que je sentais un liquide brûlant sur ma peau. Ses amis tentèrent de m’arrêter de leur mieux mais je me débattais comme une furie, finissant par les envoyer au tapis avant que les videurs de l’endroit ne me fassent regretter mon emportement. Encore une nuit magique au pays de la médiocrité. Et ici, j’étais la reine !

***


Des lunettes de soleil sur le nez pour cacher les stigmates de la nuit dernière, bien que ma lèvre peinait à dissimuler quoi que ce soit, j’attendais patiemment devant la maison de Dalia. Aujourd’hui, j’étais de babysitting et je devais m’occuper de lui trouver une activité pour qu’elle ne s’ennuie pas et qu’éventuellement elle rencontre du monde. Ça aurait pu être une corvée si cette fille avait été des plus imbuvables mais c’était tout le contraire, non seulement elle respectait mon souhait de ne pas prononcer plus de quelques mots dans une journée mais surtout, elle comblait ces silences toute seule et sans monde aide et se montrait de bonne compagnie. Malheureusement, la journée risquait d’être bien moins palpitante que la dernière qu’on avait passée toutes les deux et durant laquelle je lui avais fait faire un tour presque complet de la ville, des bons coins à connaître et de ceux à éviter à tout prix. La voix de Dave Gahan m’empêchait de perdre patience alors que ça faisait déjà quelques minutes que je l’avais bipé pour qu’elle fasse surface et me rejoigne. La patience n’avait jamais été l’une de mes vertus mais je tentais de me soigner. Enfin, elle parut et nous pûmes foncer au supermarché pour faire les courses de la semaine et remplir le frigo qui semblait désespérément vide depuis quelques temps. Mes frères se donnaient à fond ces derniers temps et ne rentraient que pour manger et dormir un peu, je me fis donc un devoir de régler tous les soucis d’intendance pour leur retirer une épine du pied et ça faisait suffisamment de temps qu’ils prenaient soin de moi, il était temps de renvoyer la balle.

Des sacs pleins les mains, nous tentions de gravir les escaliers de mon immeuble lorsque Gabriel débarqua, lunettes sur le nez et cet air décontracté qui ne le quittait jamais.

« Tu fais quoi ? » me lança-t-il pour me faire ronchonner, pour lui, c’était le signe que je me remettais
« Un billard abruti ! Prends quelques sacs à Dalia, elle va finir par s’étaler dans les escaliers. »

Il s’arrêta net et fixa la petite brune avec un drôle d’air avant de baisser la tête et de lui prendre des sacs sans un mot, gravissant les escaliers un à un jusqu’à l’appartement qui se trouvait quatre étages plus haut. Je le connaissais par cœur et savais ce que cet air-là signifiait !

« Vous vous êtes déjà croisés ? » m’enquis-je avec un air faussement innocent mais d’une voix légèrement enrouée, c’était presque mes premiers mots de la journée


Dernière édition par Sin Moreno le Lun 23 Mai - 16:45, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Lun 23 Mai - 9:51

La socialisation était une part importante de l’infiltration. Avec ses vielles habitudes d’ermite paraplégique coincé dans sa maison en autarcie pendant plusieurs jours elle avait presque oublié cet aspect important des cercles sociaux. Bien sur ses collègues avaient plus réussit à se faire des liens et des connaissances depuis le temps où ils traînaient un peu partout en essayant de se rendre utile n’ayant pas eu un Hector dans le plumard pour avoir une petite promotion. Mais Dalia c’était un véritable problème presque insoluble, elle n’arrivait pas à aller toute seule d’elle-même vers les gens directement. En fin bref, on lui avait collé une nénette au fort caractère dans les pattes pour qu’elle visite le coin. Etant donné qu’elle n’était pas du coin, c’était assez utile. Depuis il y a quelques mois, quand elle était arrivée, elle avait visité pas mal de trucs et finalement elles avaient finit par briser la glace et réussir à papoter plus d’une fois. Une fois le pas passé, la jeune femme se sentait légèrement plus encline à parler et à se départir de son silence habituel.

De plus, Sin n’était pas une cruche comme pas mal de femmes dans le gang. Elle avait un rang assez particulier entant que porte flingue et elle n’avait pas un caractère insipide et prévisible ce qui intéressait pas mal Dalia. Et puis une connaissance dans le domaine des armes ne serait que plus bénéfique dans son enquête. Au moins ça rajoutait aux chefs d’inculpations déjà établies depuis quelques jours mais elle n’en avait pas assez, largement pas assez même. Et puis si elle devenait une alliée, si elle se mettait dans la merde (ce qui arrivait très souvent quand même) elle aurait peut être un refuge en cas de coups durs. Toutes les possibilités étaient à envisager dans un gang en fait. Elle n’était pas toute seule dans cette galère mais étant donné son nouveau boulot, ses collègues n’avaient plus les même horaires qu’elle et se croisaient très peu. Contrairement à Sin qu’elle voyait de plus en plus souvent pour diverses raisons.

Cette après-midi là Sin l’avait attendu juste devant la petite maison dans laquelle n’était que Dalia. Toni et Leticia étaient sortis avec d’autres pour des tâches simples et basiques et en auraient pour toute la soirée. Elle s’était parés de ses éternels habits simples et passe-partout. Ni trop garçon manqué ni trop osé. Une chemise à boutons dans les teintes brunes et un jean avec des talons pas trop haut. Elle avait préféré miser sur le sérieux surtout depuis qu’elle travaillait avec Hector. Si elle commençait à s’habiller comme une pute elle serait certainement relégué au rang auquel elle semblait appartenir mais très peu pour elle… Elle monta dans la voiture non sans noter les apparentes balafres que sa collègue avait voulu cacher sous de grosses lunettes de soleil. Dalia ne fit que la saluer par contre. Elle n’était pas du genre à forcer les gens à parler ou même à aborder un problème qui semblait épineux. Après tout, elle avait connu les galères et les lendemains difficiles et elle, par contre, elle avait eu la dose de questions gênantes en revenant en cours ou au boulot.

Elles allèrent à une petite superette du quartier pour renflouer le frigo et les placards de la jeune femme. Apparemment ses frères n’étaient pas très soucieux des tâches ménagères mais il fallait bien les faire. Alors comme d’habitude c’était les nanas qui s’y collaient. M’enfin c’était quand même mieux que de devoir faire le trottoir, après tout, tout le monde avait des courses à faire. Et Dalia appréciait particulièrement faire des courses tranquillement comme ça, sans avoir à se trimbaler sa mère maboule ou à l’enfermer dans une pièce fermée à clef et sans fenêtre pendant plusieurs heures pour éviter qu’elle ne se jette d’un pont. Elles arrivèrent devant l’immeuble de Sin qui était tout de même très haut. Maintenant cette impression de hauteur était certainement conditionnée par le fait qu’elle habitait au quatrième étage… Oui, quatrième avec des courses pour trois personnes dont deux hommes. Ca n’allait pas être de la tarte. Et comme aucune des deux jeunes femmes ne voulait grimper plusieurs fois toutes les marches elles prirent un maximum de sachets dans les bras pour minimiser les allers-retours.

Presque arrivées, dans les escaliers, une voix s’éleva que Dalia connaissait un petit peu pour déjà le connaître. Mais derrière ses sachets elle ne voyait rien, elle se concentrait uniquement sur les marches qu’elle gravissait doucement mais sûrement. Gabriel, le grand frère de Sin qui aimait bien un peu la provoquer de temps en temps pour qu’elle râle. Et le pire c’était qu’elle marchait dedans à tous les coups. Dalia n’entendit que ce que dit Sin vers la fin de sa phrase à savoir : Gabriel devait aider Dalia à prendre ses sachets pour ne pas qu’elle dévale les 4 étages d’une traite jusqu’en bas et ne se refasse le portrait. Gabriel s’approcha en lui accordant un regard étrange que la jeune femme préféra ne pas relever. En même temps elle n’aurait certainement pas dû se mettre dans la merde comme ça d’elle-même.

Sin ne manqua pas de repérer l’apparente électricité de la situation en leur demandant si ils s’étaient déjà croisés. Comme pour devancer le pauvre homme qui était actuellement exploité par les deux mexicains, Dalia répondit d’un ton neutre et impassible « Ouai une ou deux fois à un bar, je crois… » En réalité ce n’était pas du ‘je crois’ et encore moins du ‘une ou deux fois’ c’était du une fois et c’était sur car Dalia le digérait légèrement mal. Elle avait été se mettre un peu la tête en dedans au bar du quartier et avait croisé la route de Gabriel qui, loin d’être un total profiteur, avait légèrement sauté sur l’occasion et ça s’était terminé dans les draps avant que la jeune femme ne déguerpisse avant que son compagnon éphémère ne se réveille. Il ne devait pas l’avoir bien digéré mais Dalia espérait au moins qu’il savait tourner la page. Avec sa relation compliquée avec Vargas elle n’allait pas s’amuser à batifoler à droite et à gauche même si Gabriel avait des attraits certains il fallait bien l’avouer.

Mais elle chassa immédiatement ses idées de la tête. Il fallait évincer les possibilités que ça avait de recommencer avant qu’elle ne soit tentée. Il fallait aussi éviter l’alcool avec cet homme dans un rayon de quelques mètres voir kilomètres. Ils arrivèrent finalement à l’appartement que Sin ouvrit avec sa clé et pénétra à l’intérieur. Dalia y avait déjà été quelques fois et connaissait le chemin de la cuisine où elle déposa les sachets sur la table. Après elle ne connaissait pas les places stratégiques de chaque ingrédient. Elle ne savait même pas si ils souffraient d’une quelconque organisation. Dans tous les cas, elle tâcha du mieux possible d’éviter le regard de Gabriel ou même de l’avoir dans son champ de vision. Elle se contenta de retirer ses lunettes de soleil et de jeter un coup d’œil par la fenêtre « Ca va être calme aujourd’hui, il me semble qu’il n’y a rien de prévu… » la concernant, ça dépendrait de quand son téléphone sonnerait pour lui faire entendre la voix d’Hector lui indiquant où elle devait se rendre, mais il lui laissait généralement un ou deux jours de battement entre chaque appel donc ça voulait certainement dire qu’aujourd’hui elle serait libre de ses mouvements.

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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Lun 23 Mai - 18:58



Ce n’était pas que je me sentais vexée d’être débauchée pour ce genre de tâches mais presque. Mon rôle n’était pas de m’occuper des nouveaux arrivants et encore moins de tenter de m’en faire des amis, moi j’étais cantonnée aux exécutions et aux gros coups et certainement pas à toutes ces choses frivoles qui concernaient davantage les chulas que moi. Les chulas ou les femmes que je méprisais le plus parmi toutes celles qui peuplaient et gonflaient les rangs de la gente féminine. Au fond, on avait beaucoup de points communs, à ceci près que je ne faisais pas partie des caïds de bas étage qui passaient le plus clair de leur temps à se crêper le chignon pour des questions d’appartenance et de pseudo trahison. Si j’avais eu un peu plus de cœur, j’aurais pu avoir pitié d’elles parce qu’elles étaient celles qui mangeaient le plus dès que quelque chose tournait mal et qu’il fallait un coupable pour apaiser le gang tout entier mais le fait était qu’elles avaient plus ou moins choisi cette vie-là, personne ne les y avait forcé, pas plus qu’on leur avait conseillé de gâcher leur vie en choisissant la facilité. Etre considéré comme une femme fragile était quelque chose de dangereux chez les Los Ojos, pour diverses raisons mais celles qui arrivaient en tête était la propension de ces messieurs à penser que tout leur était permis. Avec moi, beaucoup tentèrent de jouer de la même manière jusqu’à ce que je casse quelques bras et nez et qu’on finisse par réaliser que quoi qu’ils puissent me proposer, je ne comptais pas marcher. Entre ma dignité et une partie de jambes en l’air, le choix était rapidement fait. Mais je ne crachais pas en l’air pour autant, je savais pertinemment que j’avais eu une chance de cocu, mes deux frères étaient déjà dans le gang avant même que je n’envisage d’y faire mes premiers pas, puis mon meilleur ami et autant dire que ça m’avait plus au moins facilité les choses. Certes, j’eus le droit à un traitement tout particulier et à une sorte de formation plus que difficile, moralement et physiquement mais j’avais déjà la confiance de trois hommes importants et des soutiens à l’intérieur comme à l’extérieur de cette bande que nous formions, sans eux, j’aurais peut-être fini par capituler, un moment ou à un autre et ce même si j’étais plutôt du genre coriace. Lorsque j’avais une idée en tête, c’était quasiment impossible de m’empêcher de faire ce que bon me semblait et il fallait que je m’aperçoive par moi-même que tout ça était ridicule ou inutile et généralement, il me fallait presque une éternité. Même lorsque j’avais tort, il fallait constamment que j’affirme que j’avais raison, question d’habitude et surtout manière comme une autre de s’imposer. Cela faisait seulement quelques semaines que j’avais compris que cela ne rimait à rien et qu’il n’y avait aucune honte à admettre que l’on s’était lourdement trompé, du moins en petit comité. Mieux valait ne pas trop m’en demander lorsque cela concernait les choses raisonnables.

Quoi qu’il en soit, je me retrouvais avec Dalia dont je devais « m’occuper » et une journée plutôt chargée à la maison, pourtant, lorsque l’on m’en donna l’ordre, je ne discutai pas, je ne tenais pas à être mise à l’épreuve, je savais d’ores et déjà que je marchais sur un terrain miné depuis la mort de Rafael et mieux valait faire profil bas jusqu’à ce que j’ai enfin trouvé un moyen de mener mon plan à bien. Et puis au fond, je pense que j’appréciais déjà la petite brunette, ses sourires, sa joie de vivre. Ca me changeait de la déprime qui me collait au train et dont je ne parvenais pas à me débarrasser, de la compassion des autres qui n’osaient plus me parler de peur que je leur mette mon poing dans la gueule parce qu’ils avaient eu le malheur de prononcer son prénom ou bien ceux qui essayaient de faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes, comme s’il n’avait jamais existé et n’avait joué aucun rôle dans cette machine bien huilée. Ca me rendait tellement folle que j’évitais les fêtes de la communauté comme la peste, notamment parce que j’avais entendu dire qu’Emilio les écumait toutes. Pourquoi ? Je n’en avais aucune idée, la dernière fois que je l’avais vu, c’était lors de l’enterrement et il se tenait là, droit comme un i dans son manteau hors de prix et ses chaussures italiennes de qualité. A son allure, j’en avais déduis qu’il bossait pour le gouvernement ou quelque chose de suffisamment lucratif pour qu’il ait envie et besoin de l’afficher sur lui, d’une manière ou d’une autre. On n’échangea que de brefs regards, le mien contenait de la colère, du mépris et surtout énormément d’amertume. Il avait mis tant de temps pour refaire surface, tellement d’années sans nouvelles, sans lettre ou coup de téléphone. Je lui en voulais encore d’avoir tiré un trait sur moi et surtout sur Rafael. Il avait beau éviter soigneusement le sujet quand je tentais de l’aborder, je savais que toute cette histoire lui avait fait du mal mais surtout qu’il ne pardonnait pas à Emilio de ne jamais nous avoir mêlé à sa nouvelle vie, d’une quelconque façon. Il nous avait laissé sur le rebord de la route. Ca faisait quelques années maintenant que sa famille avait déménagé pour un quartier beaucoup plus en vogue et moins mal famé mais pour ma part, je n’avais eu aucune nouvelle. Autrefois, c’était sa mère qui me tenait au courant lorsque je la croisais mais je finis par l’éviter, pour ne pas avoir à me prendre tout ce bonheur parfait en pleine gueule alors que ma vie me semblait être une succession d’échecs et un putain d’enfer par moment. Mais je ne me plaignais pas, j’avais choisi de mener ce genre d’existence, je connaissais parfaitement les risques et je me devais de composer avec.

Ce que j’appréciais moins dans le fait de faire partie d’un gang, c’était toutes ces femmes qui tournaient continuellement autour de mes frères, espérant sans doute décrocher le gros lot et être éternellement à l’abri du besoin, sans se soucier de ceux de Gabriel et de Cruz. Quelle que soit la fille qui se mettait avec l’un d’entre eux, elle se faisait toujours un plaisir de nous mettre sur un pied d’égalité avant de finalement lancer les hostilités et tenter de me sortir de leur vie pour de bon. Grossière erreur, s’il y avait bien une manière de conquérir mes frangins, c’était à travers moi, en s’arrangeant pour s’entendre parfaitement avec moi et mes sautes d’humeur. J’étais leur princesse et surtout leur conseillère particulière, c’était vers moi qu’ils se tournaient quand ils avaient une décision importante à prendre et qu’ils se sentaient perdus, j’essayais de leur montrer le positif et le négatif et les laissait faire leurs propres choix. On se réunissait souvent pour des moments en famille, discutant de tout et de rien ou bien s’étalant dans le canapé devant des films de guerre. On était une petite famille brisée mais une famille tout de même et personne ne pouvait nous séparer, tous ceux qui s’y étaient risqués se cassèrent les dents. Mais mieux valait ne même pas penser à m’utiliser pour atteindre l’un de mes frères, c’était la chose qui pouvait me faire entrer dans une colère noire et j’espérais sincèrement que ce n’était pas le jeu auquel s’amusait Dalia. Derrière ses airs de gros dur et surtout de mec indifférent à tout, Gabriel avait pas mal mangé niveau sentimental et il était hors de question que cela recommence, je l’avais assez ramassé à la petite cuillère comme ça. C’était un putain de cœur d’artichaut et si ça le rendait presque attendrissant, ça faisait surtout de lui un véritable boulet qu’il fallait constamment surveiller pour s’assurer que ça ne tournerait pas mal pour sa petite gueule. A 36 ans, il n’était toujours pas marié et n’avait pas d’enfant, son plus grand malheur. Je tentai bien de le secouer mais il ne faisait alors que me répéter qu’il attendait que Cruz et moi soyons heureux pour s’autoriser à l’être également. Dans ces moments-là, j’en voulais à nos parents d’avoir fait peser une telle charge sur ses épaules. Pour essayer de contrebalancer tout ça, je ne manquais jamais de lui faire de bons petits plats et de m’occuper de ses affaires pour lui rendre service. Mais les choses étaient claires, si elle jouait le rôle de la gentille petite fée du logis, c’était uniquement parce qu’il s’agissait de ses frères, autrement dit, la prunelle de ses yeux et cela devait rester entre nous. Je n’avais pas pour ambition de devenir bobonne !

« Te sens pas gênée, que vous ayez baisé ensemble ça me gêne pas! Le seul truc c’est que je ne veux pas que tu le mènes en bateau. » dis-je rapidement en passant devant elle avec mes courses pour atteindre notre appartement

Au moins, les choses étaient claires. Une fois que nous fûmes dans la cuisine, toutes les courses étalées sur la table de la cuisine, je me mis à tout ranger minutieusement, laissant les deux autres se démerder avec l’ambiance pesante qui régnait ici, tout ça n’était pas de mon ressort et je ne voulais pas être mêlé à quoi que ce soit avant que les problèmes n’aient pointé le bout de leur nez. Dalia finit par rompre le silence mais ne parvint à provoquer aucune réaction chez moi, mon frère lui, par contre, se redressa et tenta de lancer la conversation d’une manière ou d’une autre, il ouvrit la bouche à de nombreuses reprises avant de la refermer aussi vite. Le regard rivé sur lui, j’avais envie de lui balancer un paquet de pâtes en pleine face pour qu’il revienne à lui. Je finis par me racler la gorge pour attirer son attention avant de lui balancer texto :

« Je vais cuisiner, tu peux aller regarder la télé ou aller faire un tour. Ou alors enlève les draps des lits et mets les dans la machine à laver. »

Il hésita un long moment avant de se bouger et de fermer soigneusement la porte. Je détestais qu’on vienne me gonfler lorsque j’étais en pleine confection de petites choses délicieuses, ça avait le don de me faire tout rater et abandonner prématurément. Je rangeai le dernier paquet de riz avant de me tourner vers mon invitée imprévue.

« Si t’es pas intéressée, fais lui comprendre rapidement, il est du genre à s’emballer pour un rien, il n’a jamais pu résister à un joli minois et une belle paire de jambes. » lançai-je avec un sourire en coin, premier depuis une éternité

J’avais soigneusement disposé sur la table tous les ingrédients dont j’avais besoin puis après avoir retiré ma veste et lavé mes mains, je m’installai à la table et me mit à tout sortir des emballages pour me mettre à l’ouvrage et tenter de confectionner le repas du soir.

« J’espère que tu comptes rester pour manger, je vais encore en faire de trop et puis ça changera du mutisme et des bruits de couverts si on a une invitée ! »
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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Mar 24 Mai - 9:53

Il y avait une sacrée ambiance pesante depuis que Gabriel était arrivé. Dalia n’avait pas pour habitude de revoir ses conquêtes éphémères. Généralement elle essayait d’éviter soigneusement les lieux où elle les avait rencontré et ainsi, tout le monde s’en sortait merveilleusement. Mais là, elle ne savait pas bien quoi lui dire. Si elle aurait bien voulu sortir avec ? Eventuellement mais le choix ne se posait plus vraiment maintenant qu’elle traînait d’une manière durable avec Hector. Les deux hommes n’étaient pas du tout pareil. Gabriel semblait doux et calme dans le genre alors qu’Hector était une version plus brute et violente dans la catégorie mexicaine. Dire qu’elle était folle amoureuse de l’un ou l’autre était une grosse erreur d’interprétation mais elle ressentait bien une attirance. Ensuite il était un peu trop tôt pour prévoir quoi que ce soit. Mais de toute façon, elle ne voudrait pas faire ça à Gabriel. Elle n’était pas une femme extraordinairement facile à vivre et avec son nouveau boulot d’assistante d’Hector ce serait plus une torture à son égard qu’un réel intérêt.

Sin passa près d’elle, les bras chargés de courses et lui dit qu’elle savait qu’ils avaient passés une nuit ensemble mais qu’elle ne voulait qu’elle le fasse tourner en bourrique. Ca allait être rapide alors, elle n’aimait pas trop quand les mecs lui tournaient autour durablement même si le frère de Sin n’était du genre collant ou chiant. Et c’était bien étrange quelques fois quand on voyait les manières peu éduquées qu’avaient les Los Ojos de dire à une femme qu’ils la trouvaient attirantes, et qu’ensuite on voyait la manière relativement respectueuse qu’avait Gabriel face à la gente féminine. Le fait qu’il ai une sœur y était certainement pour quelque chose. En tout cas c’était un bon gars qui ne méritait certainement pas une nana remplie de problèmes comme elle et névrosée jusqu’au cou. Elle se contenta d’hocher la tête alors que Sin partait dans la cuisine.

Sa tentative de débloquer la situation ne fut pas totalement un échec car Sin envoya son frère ailleurs histoire que la pièce respire un peu de toute cette tension palpable. Elle lui suggéra de sortir, regarder la télé ou l’aider dans les tâches ménagères pour la laisser cuisiner. L’homme hésita un instant avant de se volatiliser. Dalia eu soudain l’impression qu’elle respirait un peu mieux. Ouai, il allait falloir qu’elle mette les choses au clair assez rapidement car elle n’allait pas supporter autant d’électricité dans l’air comme ça. Elle s’attacha les cheveux haut sur son crâne histoire que sa nuque se rafraîchisse un peu avec toute cette chaleur. Sin termina de ranger un paquet de riz dans un des placards et prit la parole. Elle lui demanda de faire vite savoir à Gabriel si elle n’était pas intéressée car il était du genre à vite s’emballer. C’était bien sa veine. Les gentils qui s’emballent vite étaient les pires à rembarrer car Dalia ne savait jamais très bien quoi leur dire, n’ayant rien fondamentalement à leur reprocher. Elle hocha une fois de plus la tête en souriant à ses dernières remarques. « Je vais essayer de lui en parler… Avec mon boulot c’est juste pas possible de toute façon. » Bon il n’y avait pas que le boulot soyons d’accord, il y avait aussi Vargas et ce n’était pas négligeable et encore, elle ne parlait pas de sa taille.

Sin avait un léger sourire en coin. Elle qui d’habitude était si neutre et renfermée ça faisait presque plaisir à voir et faisait limite oublier l’ambiance pensante qu’il y avait il y a quelques minutes. Elle commença à se laver les mains et étaler des ingrédients sur la table. L’autre jeune femme se rapprocha de l’espace de travail, se sentant légèrement inutile à ce moment et n’aimant pas bien cette sensation alors que d’habitude c’était un peu elle qui faisait tout. Sin l’invita en prétextant qu’il allait forcément en rester beaucoup plus que nécessaire une fois qu’elle aurait tout préparé. Elle lui fit aussi vite comprendre que les repas n’avaient pas l’air d’être incroyablement sympathiques et conviviaux ces derniers temps. Elle répondit avec un léger sourire « Une telle invitation ne se refuse pas je crois… En plus j’ai ma soirée de libre. » Elle avait entendu parler de décès du côté de Sin mais n’avait jamais creusé. En même temps, si elle avait envie d’en parler, elle le ferait, sinon, tant pis, Dalia n’était pas friande de ce genre de confessions même si elle savait les écouter silencieusement.

Elle fit un pas dans la cuisine en observant un peu ce que faisait Sin avant de lui demander avec énormément de bonne volonté : « Je peux t’aider à faire quelque chose ? Je suis bonne cuisinière. » Déjà, elle se sentait mal à l’aise à la voir tout faire, elle aimait bien s’occuper les mains d’une quelconque manière que c’était. Ensuite elle était assez bonne en cuisine depuis le temps qu’elle préparait tout et n’importe quoi pour tout le monde. Elle excellait particulièrement en patates écrasées. Généralement quand elle était trop crevée pour faire autre chose elle écrasée les pommes de terre en déversant toute sa frustration de sa journée et c’était plus facile à servir à sa mère qui oubliait parfois jusqu’à la manière d’utiliser un couteau. Le plat du bébé impotent par excellence. Et comme elle ne pouvait pas vivre qu’avec des patates elle lui rajoutait quelques légumes des fois dans la masse, ça passait ni vu ni connu. Au moins si elle avait le malheur d’avoir des marmots elle saurait les nourrir à défaut d’avoir envie d’en élever.

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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Mar 24 Mai - 19:19

Mes frères étaient ma seule et unique famille et ce depuis que j’avais huit ans, j’avais eu le temps d’apprendre à les connaitre réellement et de les voir autrement, sous un autre angle. Non plus comme des emmerdeurs mais comme des potentiels modèles, des confidents et surtout des personnes sur qui je pouvais m’appuyer à n’importe quel moment. Même si je n’osais jamais le faire, je savais au moins qu’ils étaient là et c’était ce qui comptait le plus à mes yeux. Bien plus que toutes les promesses en l’air que d’autres me firent, Raf en tête. Il m’avait juré qu’il serait toujours là et où était-il à présent ? Dans un cercueil, enterré à l’autre bout de la ville et bouffé par les vers. Il avait manqué à sa promesse et je ne me priverai pas de le lui faire remarquer lorsque je recroiserais sa route, il pouvait en être certain, où qu’il soit. Pour en revenir à mes frères, je les connaissais si bien qu’il me suffisait de les observer quelques secondes pour savoir ce qu’il se passait dans leur tête et le regard qu’avait lancé Gabriel à Dalia était plus que clair, il avait eu ce même genre d’attention pour Sofia des années plus tôt, cette même intensité et cette petite flamme qui semblait danser dans ses prunelles sombres. C’était la pire chose qui pouvait lui arriver, l’amour avait toujours détruit mon frère aîné et je persistais à croire qu’il ne s’était jamais réellement remis de sa rupture avec celle qu’il pensait être la femme de sa vie. Et s’engager avec Dalia n’était sûrement pas la meilleure manière d’arranger les choses et pour cause, elle était bien trop proche d’Hector pour que l’un des deux ne tombe pas sous le charme de l’autre. Vargas ne laissait aucune femme indifférente, il avait un charisme tel que même les plus réticentes finissaient par craquer et s’il avait bonté d’accepter leurs avances, c’était le jackpot. Il me semblait inévitable que Dalia finisse par faire les frais de ce magnétisme presque animal et je ne voulais pas que le dindon de la farce de cette histoire soit mon frère, pour rien au monde. L’idée de le voir errer comme une âme en peine dans tout l’appartement me rendait malade à l’avance. Mais que pouvait-on contre la prestance, le pouvoir et l’argent ? Il ne fallait pas être Freud pour savoir que ces trois choses pouvaient permettre à n’importe quel type un tant soit peu malin de foutre toutes les plus belles femmes dans son lit. Moi, pour ma part et malgré toute l’admiration que j’avais pour le fondateur des Los Ojos, je ne le voyais pas comme un potentiel amant mais seulement comme un père de substitution, quelqu’un qui m’avait offert une chance alors que tous les autres me claquaient la porte au nez et pour ça, je lui étais infiniment reconnaissante, de là à lui prouver en nature, il y avait une sacrée marge et je ne comptais pas changer d’avis un jour, je laissais ça aux autres femmes qui le faisaient bien mieux que je ne pourrais jamais le faire. De toute façon, je n’avais connu qu’un seul homme dans ma vie avant de me mettre à agir comme la reine des imbéciles et je ne comptais pas laisser une place pour qui que ce soit d’autre. La question qui me taraudait c’était de savoir à quoi rimerait ma vie une fois que je serais parvenue à appliquer ma justice.

« Je ne te demande pas d’explication, t’en fais pas, ça ne me regarde même pas. Mais c’est gentil de lui en parler. J’ai tendance à devenir un peu folle à lier quand ça concerne ma famille et ça m’aurait ennuyé qu’on ait un différend à ce sujet. »

Je présentai les choses avec politesse et presque gentillesse mais pour ceux qui me connaissaient un minimum, ça avait tout d’un avertissement en bonne et due forme. Je n’avais jamais fait dans la dentelle et femme ou pas, ça ne m’importait pas, à partir du moment où cela touchait l’un des miens et que je jugeais qu’il fallait réparation, je fonçais tête baissée et il fallait alors envisager les pires cas de figure. C’était mon plus gros souci, j’avais toujours recours à la violence, bien avant de réellement réfléchir à une autre façon de faire mais dans ce milieu, il n’y avait que comme ça qu’on se faisait un nom, que comme ça qu’on se faisait une place au soleil et de manière à peu près définitive. Et puis avec mes deux Dom Juan de frères, j’avais pas mal de boulot en plus, entre l’aîné qui tombait amoureux pour un oui ou pour un non et Cruz qui s’était fait un devoir de mettre toutes les filles du coin en cloque, autant dire que j’avais parfois l’air d’une véritable assistante sociale, avec un flingue, mais tout de même. Je n’avais rien contre Dalia en particulier et d’ailleurs, je lui fis rapidement comprendre en l’invitant à dîner avec nous, elle aurait le temps de mettre les choses à plat avec Gab et si elle ne trouvait pas la force de lancer le sujet, je mettrais les pieds dans le plat, comme j’avais toujours eu l’habitude de faire. Quand ça touchait d’un peu trop près son honneur, mon frère m’envoyait chier mais étant, depuis la mort de Raf, en odeur de sainteté, je pouvais lui dire tout et n’importe quoi, il n’élevait jamais le ton et m’écoutait même. Plus vite cette histoire serait réglée, plus vite je pourrais concentrer mon attention et mon énergie sur d’autres choses plus urgentes que les péripéties amoureuses au sein de Los Ojos.

« Parfait, tu vas avoir le plaisir de goûter à ma cuisine et de finir empoisonnée, c’est pas donné à tout le monde. » dis-je sur le ton de la plaisanterie en me défaisant enfin de mes lunettes de soleil, montrant mes yeux au beurre noir

Je dus me mettre très rapidement à la cuisine, soyons sincères, qui peut se nourrir toute sa vie de pizzas et de plats tout prêts? Quand l’un d’eux tentait de cuisiner, c’était souvent une catastrophe et il fallait que nous rachetions un élément d’électroménager qu’il avait détruit ou abîmé d’une manière ou d’une autre. Quand j’eus l’âge de me servir du feu et de couteaux pointus sans que mon frère Gab ne me retire ce que j’avais entre les mains pour me porter sur son épaule et me transporter dans ma chambre comme s’il venait de me sauver d’un terrible danger, je me mis à faire de petites choses, comme faire cuire des pâtes, du riz. Pour ce qui était cuisine traditionnelle, j’eus le droit à des cours intensifs par les mères de mes amis respectifs, en réalité, j’avais catégoriquement refusé de leur dire où j’allais plusieurs fois par semaine et surtout pour quoi. Eux s’étaient dit que je sortais avec un blanc-bec et que je voulais tout simplement le cacher par honte mais en réalité, je n’arrivais tout simplement pas à assumer cette part de féminité en moi et ne voulait pas y être associée d’une quelconque façon. A présent, j’étais un véritable cordon bleu et j’avais trouvé là-dedans, une manière de me détendre et de penser à autre chose le temps de quelques heures. Ce soir, j’avais prévu de faire uniquement de la cuisine mexicaine, j’en avais pour plusieurs heures vu les quantités astronomiques que les deux énergumènes Moreno pouvaient engloutir.

« C’est pas de refus, est-ce que tu pourrais me faire du guacamole, tu sais faire ça ? Je dois faire la pâte pour les tortillas. Si tu maîtrises la cuisine mexicaine, je te laisse faire les préparations avec la viande pendant que je me chargerais des quesadillas. Mais t’es pas obligée, t’es l’invitée. » crus-je bon de rappeler

Bien loin de rechigner à la tâche, elle mit la main à la pâte, plutôt heureuse de faire autre chose que de se tenir raide sur sa chaise à me regarder faire. J’épluchai les légumes, découpa pas mal de choses en morceaux, la viande en particulier tandis que la pâte reposait. Ca me faisait du bien d’avoir une autre femme chez moi. Gab et Cruz avaient beau faire de leur mieux pour tenter de m’aider et de me comprendre, on ne s’improvisait pas confidente et on ne pouvait pas s’acheter une sixième sens féminin à l’épicerie du coin, bien au contraire.

« Tu sais, j’avais pas cuisiné autant et surtout pas ce genre de choses depuis la mort de mon petit ami. C’est bizarre, j’ai presque l’impression qu’il va débarquer pour venir foutre ses doigts dans les casseroles. »

J’eus un petit pincement au cœur. J’aurais donné tellement cher pour qu’il soit là de nouveau, son sourire crétin aux lèvres et ses réflexions machistes qu’il sortait pour me mettre en colère et que je le vire de la cuisine plutôt prestement. Me rendre folle était son passe-temps favori mais j’étais la plus personne la plus importante de sa vie, pour moi, il avait été capable de conduire des heures entières pour que j’ai la chance d’assister au rare concert de Depeche Mode dans la région. Je l’avais gonflé durant des jours entiers et il s’était procuré des billets et m’y avait emmené. J’avais même eu le droit de faire un tour en coulisses et de rencontrer mon idole. Tout ça remontait à la surface sans que je ne puisse y faire quoi que ce soit, j’en avais la tête qui tournait, au point où je dus me tenir à l’établi de la cuisine, le souffle court, sentant ces putains de larmes qui menaçaient de couler de nouveau. Je les ravalai une à une avant de me redresser et de reprendre ce que je faisais. J’en avais assez d’être la fille déprimante de service, on ne me pardonnerait pas toujours tout à cause de la disparition de ma moitié, il était grand temps de tirer un trait sur tout ça, quitte à tout enfouir, comme j’avais pris la sale habitude de faire.

« Je suppose que tu as déjà entendu parler de ce qui s’est passé, ici rien ne reste jamais secret de toute façon. »
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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Mer 25 Mai - 10:31

Les discussions sur ses conquêtes ne l’avaient jamais très emballées surtout si le garçon était gentil. Ça devait fatalement arrivé que sur tous les gars qu’elle s’était tapé il fallait qu’elle tombe sur des gentils et c’était les pires car ils avaient la fâcheuse tendance à vous faire culpabiliser pendant très longtemps. On avait beau se trouver des excuses on arrivait mal à digérer le fait d’avoir utiliser un mec l’espace d’une nuit alors qu’il a tout pour plaire. On se demande forcément si ce ne serait pas le gars avec qui être, le gars qui arriverait à nous remettre dans le droit chemin tout ça. Gabriel aurait certainement pu être un garçon comme ça mais c’était juste Dalia qui n’était pas dans le coup. On avait beau palabrer pendant des heures et des heures sur l’être parfait, le prince charmant et l’âme sœur ça n’avait jamais cette tête là une fois devant le fait accomplit. Pour l’instant elle décidé de s’éloigner un peu de tentations masculines et de mettre tout ça de côté le temps qu’elle arrive à gagner la confiance d’Hector et se rapproche de plus en plus du trafique d’armes. Bon, après, si elle pouvait prendre un peu de bon temps en gagnant des points auprès du numéro deux c’était ça de gagner. Elle ne pensait pas une seule seconde pouvoir craquer ou quelque chose du genre pour lui. Son comportement d’adolescente en pleine idylle ne lui avait pas encore sauté aux yeux. Bon, l’idylle c’était peut être une image forte mais elle s’était bien sentit cette nuit chez Vargas. Et pourtant, les nuits chez elle ce n’était presque jamais vraiment source de repos.

Sin lui répondit qu’elle ne voulait pas d’explication mais que c’était gentil de lui en parler. Ensuite elle lui fit une sorte d’avertissement à peine voilé en faisant comprendre à quel point ça la rendait malade qu’on s’en prenne à ses proches. Dalia hocha la tête avec un faible sourire « Ne t’inquiètes pas, je suis pas le genre de femme fatale à faire miroiter 36 prétendants dans le vent. » pas du tout même. Dalia ne portait pas de robes moulantes rouge en allumant chaque garçon qu’elle croisait dans la rue. Elle n’avait pas de porte cigarette totalement inutile ni de rouge à lèvre sulfureux à se mettre. Elle avait tout d’une petite éclopée de la vie qui sautait sur les occasions de sauterie comme pour les occasions de beuveries. Elle pouvait imaginer la volonté de protection qui animait Sin à l’égard de ses frères. Mais elle ne pouvait pas franchement le comprendre. Elle avait toujours été enfant unique à devoir se protéger elle-même des choses extérieures et elle avait du s’occuper d’une personne impotente pendant trop longtemps pour dissocier le sentiment de protection et le sentiment d’énervement. Elle assimilée souvent cet élan protecteur à une sorte de corvée que les gens se sentaient obligés de faire alors qu’ils n’en avaient pas envie. Elle se rendait bien compte que ces pensées avaient été biaisées par son passé mais elle n’avait pas encore vraiment expérimenté ce besoin de protéger quelqu’un sans en être exaspéré à la fois.

Après avoir répondu positivement à son invitation, Sin paru satisfaite et lança une boutade quant à sa cuisine. Dalia eut un petit sourire satisfait « He bien, il faut bien mourir un jour, ce serait un honneur de mourir à ton repas, la tête dans l’assiette. » quelle image incroyablement sympathique qui lui rappelait un étrange roman de Stephen King. Mais Dalia avait l’estomac plutôt solide. Pour avoir grandit au Texas et avoir soupé de cuisines mexicaines pendant très longtemps, elle avait les tripes bien accrochées avec cette cuisine très relevée. Elle avait eu pas mal de copines mexicaines qui l’avaient déjà invitées à manger et elle avait largement mit la main à la pâte. Et puis, pour une prétendue native du Mexique, c’était quand même la base de savoir faire ça. Un pays aussi machiste ne pouvait pas laisser ses citoyennes sans savoir faire de bons petits plats à leurs maris quand même ! Dans son élan la jeune femme retira aussi ses lunettes de soleil laissant voir ce que Dalia avait soupçonné un peu plus tôt. Elle s’était certainement bagarrée comme elle en avait l’habitude et le tempérament. Si Dalia pouvait très bien aussi se mettre à tabasser les gens, elle préférait passer par des chemins détournés beaucoup plus calmes et moins douloureux.

Elle accepta son aide devant l’ampleur de la tache. Elle émit même l’hypothèse qu’elle savait maîtriser la cuisine mexicaine. La jeune femme accueillit cette remarque avec un petit rire. Bien sur qu’elle savait faire du guacamole, c’était d’ailleurs quelque chose de relativement simple dans tout ce qu’on pouvait préparer au pays. Dalia hocha la tête en commençant à se saisir des avocats des oignons et des piments dans un premier temps. Elle se trouva un bol où écraser tout ça et commença la préparation « no hay problema. Ça me fait plaisir de t’aider. » Elles se mirent ainsi tranquillement au travail comme de bons petits soldats entrain de préparer leur arsenal pour la soirée. Sin brisa une fois de plus le silence pour dire qu’elle n’avait pas autant cuisiné depuis la mort de son petit ami et qu’elle avait l’impression qu’il n’allait pas tarder à arriver pour la déranger. Dalia sourit à cette anecdote. Elle aussi avait eu un peu de mal à s’habituer à l’absence de sa mère. Elle tendait encore régulièrement l’oreille pour vérifier que tout allait et des fois, la nuit, quand elle se réveillait il lui venait l’envie d’aller voir dans la chambre d’à côté pour vérifier qu’elle était encore là. Elle sentit que sa compagne avait le souffle légèrement court et qu’elle devait se sentir mal à l’aise mais elle ne dit rien. Elle n’était pas le genre de femme à venir pleurer dans ses bras à la moindre occasion et elle doutait que le fait qu’elle aille vers elle lui fasse très plaisir.

Finalement elle réussit à chasser d’elle-même ses larmes et se reprit très vite avant de lui dire qu’elle était sûre que Dalia avait entendu ce qui s’était passé. Et comme elle venait de le dire, rien ne restait secret très longtemps dans le coin. Elle hocha la tête. « Oui j’en ai entendu parler… » Elle continua de préparer son plat tout en parlant. « Mais je connais pas le détail. Parait que tu y étais. Je peux pas imaginer ce que tu as pu ressentir. » Non elle n’avait jamais eu de petit ami et encore moins de petit ami mort dans ses bras. Mais dans ce gang les couples se brisaient souvent comme ça, comme les familles et les amitiés. Elle termina d’écraser ses avocats pour ensuite entamer les piments et les oignons. Elle ne savait pas trop si sa collègue voulait en parler sérieusement et ne le prendrait pas mal du tout si elle coupait court à la conversation. Après tout, c’était elle qui en souffrait et pas Dalia même si ça la désolait un peu de la voir dans cet état. Mais elle n’était pas du genre à se morfondre éternellement sur les choses ou à supporter que les gens le fassent sans cesse. Avec elle, elle ne trouverait pas des heures de plaintes inutiles mais plutôt un réconfort silencieux et une occasion de se changer les idées pour essayer d’enterrer son petit ami durablement. Elle continua de couper ses légumes en rajoutant d’une voix un peu plus basse « Si tu veux en parler, je suis là hein… Même si je ne l’ai pas vécu, je peux au moins t’écouter. » Car elle savait à quel point c’était chiant les gens qui disaient qu’ils comprenaient parfaitement alors qu’ils n’avaient jamais eu de situations similaires. Ce genre de personnes elle pouvait en compter de pleines brouettes.

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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Jeu 26 Mai - 9:10

Cela n’avait jamais été les femmes fatales qui attiraient mon frère et lui faisait tourner la tête, loin de là même. Il n’était pas comme Cruz, les femmes exubérantes et trop vulgaires, il les baisait mais n’allait jamais plus loin qu’une seule nuit. Depuis le temps, il savait parfaitement faire la différence entre celles qui se collaient à lui pour s’assurer un avenir au sein de Los Ojos et celles qui n’avaient pas besoin de lui pour faire leur petit bonhomme de chemin. Il avait toujours aimé les femmes indépendantes et sûres d’elles, les vraies femmes et non pas ces choses fagotées comme des tapineuses et qui juraient comme des charretiers. Il lui arrivait souvent de me dire que si j’avais été un peu moins garçon manqué et surtout plus communicative et douce, j’aurais pu avoir l’étoffe de la femme parfaite. Moi, je n’en avais pas grand-chose à cirer, j’étais faite comme ça et plus j’essayais de changer pour tenter de rentrer dans un quelconque moule et pire j’étais. Cependant je reconnaissais volontiers le fait qu’entre Dalia et moi, il y avait un réel fossé. Si j’avais souvent l’impression d’avoir le pas lourd et d’être aussi gracieuse qu’un éléphant en tutu, pour la brunette qui se trouvait actuellement dans notre cuisine, c’était parfaitement différent, il lui suffisait de passer une main dans ses cheveux pour que toute sa grâce vous frappe de plein fouet et autant dire que si elle parvenait à m’impressionner sans que je n’ai un excès d’ironie à son sujet, l’effet qu’elle produisait sur les hommes devait être incroyable et surtout au-delà de mon propre entendement. J’aurais aimé avoir ce don de séduire involontairement et j’aurais sûrement pu à l’aide de mes grands yeux bleus et de mon corps quasi parfait mais il y avait toujours un petit quelque chose qui m’empêchait de totalement m’épanouir en tant que femme et c’était la plus grosse différence qu’il y avait entre elle et moi. Si j’assumais quasiment toutes les parts de ma personnalité et surtout les plus sombres, il en allait autrement de mon genre et de tout ce qui pouvait s’y rattacher de près et de loin. C’était tellement mal vu d’être une femme dans la société d’aujourd’hui que je préférais que l’on me considère comme un garçon manqué sans grand intérêt plutôt que l’on m’envisage comme une potentielle mère porteuse pour une tripotée de gamins dont j’aurais la lourde tâche de m’occuper jusqu’à la fin de ma vie. Autrement dit un véritable cauchemar. Dans l’intimité, j’étais différente, chez moi en particulier, je m’acquittais des tâches les moins nobles naturellement réservées aux femmes mais avec l’aide de mes frères et ce sans craindre la moindre réflexion machiste, ici, on avait appris à se débrouiller comme on pouvait. A 26 ans, je me faisais l’effet d’en avoir encore 16 et d’être en pleine crise, il était grand temps que je mûrisse, pour le bien de tous mais surtout le mien. Je ne pouvais pas éternellement être une sorte de coquille vide, toujours prête à se fermer au moindre changement de courant. J’avais gagné le droit d’être heureuse et ce même si des petits malins passaient leur temps à mettre en péril tout ce que je m’étais évertuée à construire.

« Pourtant, depuis que t’es arrivée, je n’entends parler que de toi. » lui fis-je remarquer avec un petit sourire

C’était un avantage couplé avec un inconvénient, d’aimer la compagnie des hommes, on devait accepter de subir leurs remarques graveleuses qui nous touchaient directement. Dalia était au centre des conversations depuis son arrivée et elle n’était passée inaperçue auprès de personne. D’ailleurs, elle était devenue la cible à abattre pour les filles du gang, ce qui me faisait marrer plus que de raison. Venant de ce genre de personne, cela en devenait presque un foutu compliment. Le nombre de femmes avec un poste aussi important que le mien ou celui de Dalia était plus que réduit et forcément, cela suscitait la convoitise et la jalousie, alors tous les prétextes étaient bons pour descendre les gens et leur faire une sale réputation afin de les voir destitués. Mon avantage ? J’avais grandi ici et j’en avais déjà tabassé un bon nombre de ces filles, j’avais d’ailleurs eu des emmerdes au lycée et avec les flics à cause de ça mais au moins, elles ne s’en prenaient jamais à moi, de toute façon, il n’y avait aucune raison de le faire, je n’avais jamais été du genre à essayer de me taper un type haut placé et de leur voler toute leur pathétique notoriété. Mais Dalia semblait être une adversaire de taille et incroyablement dangereuse, si elle n’avait pas encore eu de réels problèmes, cela risquait de ne pas tarder. Je me fis la promesse de garder un œil sur elle, non par pitié ou par compassion mais par solidarité. Depuis que je l’avais sous ma responsabilité, elle ne m’avait jamais posé de questions indiscrètes, jamais elle ne s’était montré irrespectueuse envers moi ou ma famille ou bien même envers mon passé et j’appréciais assez cet état d’esprit. Rien que pour ça, je comptais faire en sorte que rien ne lui arrive. J’ignorais si elle savait se battre, pour l’utilisation des armes à feu, je n’avais pas grand doute mais pour le reste, ça demeurait relativement vague.

« C’est un coup à tirer une croix sur ton sex-appeal et de manière définitive de claquer comme ça. » répondis-je d’un ton léger

Côte à côte, nous nous mîmes à éplucher, découper et cuisiner tout ce qui se trouvait à notre portée, presque avec acharnement mais la quantité de nourriture était plus que conséquente et si on ne se débrouillait pas pour gagner un maximum de temps, on serait sûrement encore là au petit matin. Sans savoir réellement comment et surtout pourquoi, je fus envahie de vieux souvenirs que je pensais disparus pour toujours : grossière erreur. Ce fut si fort qu’il me fallut plusieurs minutes pour m’en remettre et surtout me calmer pour qu’aucune larme ne s’échappe de mes prunelles qui en avaient bien assez versé comme ça. Serrant les poings de toutes mes forces, je refis surface et me redressai en essayant d’oublier ce moment désagréable et surtout un brin honteux. Je ne voulais pas étaler tout mon chagrin, ça ne regardait personne hormis moi et peut-être mes frères et il était hors de question de jouer le couplet de la pauvre malheureuse qui avait vu mourir l’homme de sa vie. C’était d’un mélodramatique à me faire vomir. La tête haute, je repris la conversation comme si de rien était, préférant feindre l’indifférence plutôt que d’avoir à ouvrir mon cœur à quelqu’un qui m’était plus ou moins inconnu.

« Et je ne te souhaite pas de savoir ce que ça fait. C’était un type des Niners qui l’a plombé en pleine rue alors qu’on avait décidé de passer une journée sans se prendre la tête. Il lui a tiré dans le dos ce fils de pute. On ne fait pas plus lâche ! Mais quand je lui aurais mis la main dessus, je le regarderai dans les yeux quand je l’achèverai. »

La colère et ce sentiment d’injustice me faisaient tenir assez pour que je puisse mettre de côté tout ce qui me retournait littéralement, pour ne garder que cette rage brute qui me rendait capable de tout et surtout capable de n’importe quoi. Pour le moment, je n’avais encore rien trouvé sur l’homme en question hormis des détails plus qu’insignifiants mais ce n’était qu’une question de temps et surtout, je voulais attendre d’avoir totalement recouvré mes forces pour tenir plusieurs jours au même endroit et lui faire vivre un enfer aussi terrifiant que celui dans lequel j’évoluais depuis la mort de Raf. Il fallait être fort psychologiquement et physiquement et pour le moment, je n’avais ni l’un, ni l’autre. Je me baissai pour sortir plusieurs casseroles que je posai sur la gazinière avant de mettre tout dedans et de commencer les préparations, mélangeant des tonnes d’épices et balançant des bouts de piments pur que ça ait du goût. Autant dire que les non-initiés ne pouvaient pas bouffer ce genre de mets.

« Je sais Dalia et je t’en remercie. T’es sans doute la seule personne à qui j’ai parlé de ça aussi franchement depuis sa mort. C’est sûrement parce que tu es une des rares femmes avec qui je m’entends. Généralement, elles sont trop occupées à parler maquillage et fringues pour avoir un quelconque intérêt à mes yeux. Tu devrais d’ailleurs te méfier d’elles, j’ai entendu pas mal de choses sur ton compte découlant de leurs rumeurs de merde. Va falloir que tu règles ça avant qu’elles ne t’attirent des emmerdes ! »

Je me réinstallai à la table pour manipuler quelques tortillas que j’avais fait cuire afin d’en faire des quesadillas. Après en avoir fait pas moins de cinquante, j’en installai une partie sur une plaque et les enfournai avant de me remettre à faire cuire des tortillas tandis que Dalia s’occupait avec soin des préparations qui laissaient échapper un merveilleux fumet.

« Tu sais te battre ? »

Ca pouvait sembler fou mais il fallait que je sache, sans savoir pourquoi, ça me tenait à cœur de l’aider, certainement parce que pendant ce temps, j’oublierai mes propres problèmes.


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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Ven 27 Mai - 8:31

Paradoxalement, Dalia qui aimait traîner dans les endroits pleins de graisses de fusils et d’armes en tout genre, qui aimait tirer, la violence et l’action ; se sentait relativement bien dans cette cuisine à faire la popote en parlant avec une autre femme. Bon, fallait dire aussi que Sin n’était pas comme toutes les autres femmes qu’elle avait connues. Elle était forte mais connaissait sa place et était respectueuse. Y en avait pas mal qui, à force de vouloir être fortes, oubliaient quelques notions fondamentales assez importantes dans le gang, et comme c’était des femmes souvent prostituées elle finissaient par se faire tabasser. Dalia avec son silence et son calme serein essayait toujours d’agir avec discrétion en faisant le moins de bruits possible histoire qu’on ai le moins de choses à lui reprocher. Même si Sin pouvait sembler plus bruyante que la texane, Dalia n’en doutait pas moins de son professionnalisme à la tâche. Ses affaires ne la concernaient pas et aussi étrange que cela puisse paraître, elle ne faisait pas de jugements moraux à son égard.

Après tout, elle était flic, elle avait aussi tué sous couvert de la loi et pas toujours dans des conditions très réglementaires. Mais comme tout le monde, elle essaye d’agir pour sa poire et il lui ai déjà arrivé de corriger illégalement certaines choses dans sa brigade pour se couvrir ou couvrir quelqu’un d’autre. On arrive toujours à se trouver des excuses de toute façon. Et puis, peut être aussi qu’elle s’était habituée à cette ambiance criminelle et la violence lui était peut être passé au dessus. Elle ne se voyait pas abattre des gens de sang froid dès maintenant ou se mettre à torturer quelqu’un qu’elle ne connaissait pas car on le lui en avait donné l’ordre ; ou en tout cas, pas sans se faire un sacré cas de conscience ; mais la violence faisait partit d’elle-même qu’elle le veuille ou non et c’était peut être pour ça qu’elle était si douée dans ce job et qu’elle s’y plaisait autant.

Ca n’enlevait pour l’instant rien à son devoir fondamental : le trafique d’armes. Logiquement, plus d’armes, plus de grosses bastons et plus de balles perdues. Elle n’avait eu sous les yeux pour l’instant que quelques chiffres en vrac des inventaires qu’elle faisait. Mais elle, ce qu’elle cherchait c’était des noms, des adresses des quantités exactes et les textes de lois qui allaient avec pour tous les enfermer. Peut être pas tous, fallait voir… Dalia n’était pas le genre de flic entièrement intègre à ses idéaux et qui pourrait aisément se sacrifier pour les faire respecter. Et clairement, elle n’en connaissait pas des masses des flics qui préféreraient mourir plutôt que de bafouer leur très chère justice. Dalia ne les jugeaient pas, c’était leurs choix… Par contre à l’autre extrême il y avait ceux qui participaient activement à la débauche dans les rues et ça, c’était quelque chose qu’elle n’imaginait jamais faire. Pour l’instant elle cuisinait, et ça lui convenait parfaitement. Elle aimait le sérieux et le travail mais la détente était parfois bienvenue pour ne pas tomber dans l’excès et l’écoeurement. Sin lui confia que depuis son arrivée ça avait pas mal jasé sur elle. Elle releva un instant les yeux pour la considérer avant de se remettre au boulot et d’y penser un petit peu.

C’était vrai que c’était gênant ces nénettes jalouses de sa position, surtout les prostituées. Elle se souvenait encore du regard noir que lui avaient lancées les putes dans le salon d’Hector. Fallait faire attention à ses arrières et surtout ne pas laisser de signes de faiblesses filtrer à travers son masque de pierre sinon ce serait une invitation à se faire lyncher. Sin commenta son image de tête dans le bol de soupe avec ironie. En effet, pas très sexy comme mort ; à la limite, Dalia avait le rêve utopique de mourir en héro et pas de manière pathétique comme le ferait certainement sa mère. Égoïstement elle préférait ne lui ressemblait en rien et mourir avant de péter sa pile comme ça risquait fortement d’arriver. Pour l’instant c’était Sin qui était limite mais elle se reprit rapidement, certainement (et malheureusement) habituée à ce genre de « dérapages ». Elle lui répondit qu’elle ne lui souhaitait pas de connaître ce genre de chose et elle lui raconta succinctement ce qui s’était passé et ce que Dalia connaissait déjà un peu : un Niners qui a tué son petit ami en pleine rue, même pas pendant une fusillade. Puis elle promit de le faire souffrir quand elle l’attraperait. Dalia hocha la tête alors que sa collègue se baissait pour sortir des casseroles et les mettre sur le feu. « Je pense que tu arriveras à le retrouver… Même si ce genre de gars est lâche, je doute pas une seconde de tes capacités pour mettre la main dessus. J’espère que ça t’apaisera au moins. » Non Dalia n’allait pas lui sortir le couplet religieux du pardon et du fait que ça ne lui ramènerait pas Raf. Ca, elle le savait largement et elle était assez grande pour s’en rendre compte.

Dalia ne sortait des conseils avisés que lorsque les gens étaient perdus et ne savaient pas quoi faire. Sin, malgré son chagrin semblait avoir les pieds sur terre et la volonté de vengeance ne semblait pas illogique pour la texane. Elle aurait largement fait la même chose à sa place ou du moins, elle l’aurait espéré. Qu’est ce qu’elle pouvait dire ? Prison ? Représailles ? Sin était dans le gang depuis assez longtemps pour savoir déjà tout ça. Alors un petit message de soutient n’était pas de trop et pour le reste, elle pouvait le décider d’elle-même. Les aliments commencèrent à frire dans les casseroles et déjà des fumées aux odeurs piquantes et juteuses qui annonçaient un bon repas. A défaut d’avoir une possible folle ambiance, ils auraient le ventre tellement remplit que Dalia doutait pouvoir fermer le dernier bouton de son pantalon. Elle serait bonne pour digérer des heures voir des jours. Sin rajoutait les piments et les épices à la louche et à son instinct. Un instinct de Mexicaine bien évidemment et qui ne serait pas supporté par les boyaux de n’importe qui. Heureusement que Dalia avait été élevée à la nourriture relativement mauvaise et épicée du sud sinon elle aurait eu de sacrée coliques à son arrivée ici. Ce serait une chouette idée pour repérer les agents infiltrés dans les gangs ce truc…

Sin la remercia de son soutient sincère et lui confia qu’elle devait être la seule personne à qui elle avait parlé comme ça de la mort de son petit ami depuis son assassinat. Et elle lui confia également qu’elle était l’une des rares femmes avec qui elle s’entendait bien. Dalia hocha la tête en l’écoutant silencieusement. Elle non plus n’avait pas des masses d’amies avec un E. Elle était dans une branche du gang généralement occupée par des hommes et de toute façon contrôlées par des hommes alors des seins elle n’en croisait pas des masses. Elle continua sur sa lancée en décrivant assez rapidement la plus part des femmes qu’on pouvait croiser dans le gang comme les prostituée ou les filles maquées à des gars des los O. Généralement futiles et assez superficielles, elles avaient une conversation égale à celle d’un poireau. Elle conclue sa petite tirade par un conseil à son égard les concernant. Des rumeurs pas franchement flatteuses circulaient sur elle, certainement pour essayer d’endiguer sa progression dans le gang, pas étonnant en fin de compte. Elle lui dit ensuite d’essayer d’endiguer le phénomène avant qu’elles ne lui cherchent vraiment des noises. Mais bon, Dalia était seule et les rumeurs étaient véhiculées par presque toutes les prostituées du gang… Elle n’allait pas les prendre une par une entre quatre yeux pour les calmer… Elle hocha la tête « Ouai sûrement… » entrain de penser qu’elle allait peut être devoir prendre quelques précautions quand elle rentrerait chez elle ou carrément dans sa piaule.

Elle rajouta ses préparations aux fourneaux et commença à remuer quelques casseroles pour que le tout mijote bien et que la sauce infuse bien tous les aliments. Comparé à la cuisine européenne qu’elle n’avait jamais aimée, la cuisine du Sud avait ce goût piquant comme si on essayait de vous détruire les papilles pour moins ressentir la chaleur. Si votre intérieur bouillonne carrément, l’extérieur n’aura l’air que plus frais à côté. Sin reprit place à ses côtés pour continuer ses préparations. Un petit silence se posa un moment sur les deux femmes avant que Sin ne lui demande si elle savait se battre. La question, qui semblait sortie de nulle part fit stopper un instant Dalia dans ses préparations pour considérer sa voisine puis elle haussa les épaules « Je sais envoyer des coups de poings et de pieds et j’ai déjà pris part à pas mal de bagarres mais de là à dire que je sais très bien me battre je sais pas… Généralement j’ai mon flingue donc j’évite l’affrontement direct. Je sais pas si tu as remarqué mais je ne rayonne pas par ma musculature de battante. » Et elle ponctua la fin de sa phrase par un sourire. Elle se savait légèrement chétive mais elle compensait certainement en sachant manier un peu toutes les armes qui pouvaient lui tomber sous la main sauf les trucs vraiment spéciaux comme les fusils snipers qui demandaient des préparations et un entraînement titanesque ou les bazookas qui n’arrivaient pas à rester longtemps sur ses fines épaules (et qui ne manqueraient pas de la faire voler avec le recul).

Elle mit de côté le guacamole qui ne devait pas être cuit et retourna aux casseroles pour vérifier que tout allait bien. Les odeurs qui filtraient à travers son nez commençaient déjà à alimenter son ventre. Il fallait que dire que chez elle la cuisine n’était pas souvent squattée comme ça et que généralement ils remplissaient les placard et les frigidaires de plats pré préparés même si ça lui arrivait d’aller derrière les fourneaux avec Leticia et d’essayer de faire un truc pas trop dégueulasse pour eux trois. Elle revint à côté de Sin et se passa une main dans les cheveux avant de décider de les attacher pour ne pas en mettre dans les plats. Elle demanda l’air de rien « Pourquoi ? Tu t’inquiètes pour moi ? » Elle commenta tout de suite après « Te met pas dans des situations délicates pour moi… Généralement je sais improviser. Et puis tu es déjà assez servie avec tes obligations je pense non ? » Parce que bon, porte flingue pour un gang c’était déjà très dangereux et on n’avait pas que des amis dans le coin. On était redouté, bien sur, mais ensuite quant à savoir si la peur était suffisante pour dispenser les gens de vouloir vous éliminer, c’était moins sur. Et puis Dalia n’aimait pas l’idée que quelqu’un puisse prendre une balle à sa place.

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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Ven 27 Mai - 22:33





La vengeance était un remède qui avait un effet de bien courte durée, je le savais pour l’avoir expérimenté à de nombreuses reprises. J’étais la reine de la vengeance et des coups bas quand on avait eu la très mauvaise idée de s’en prendre à moi ou à quelqu’un que j’estimais d’une façon ou d’une autre. Après la satisfaction temporaire qui ne dépassait jamais les quelques jours, venaient les problèmes de conscience et autres questionnements existentiels qui m’amenaient à croire que j’avais peut-être eu tort d’agir de la sorte. C’était cette culpabilité qui m’animait parfois qui amenait le père Rivera à croire qu’il restait un minimum d’espoir pour la brebis égarée que j’étais. Il semblait clair dans son esprit que je n’avais pas totalement vendu mon âme au diable puisque j’étais encore en mesure de prendre du recul et d’avoir un raisonnement objectif et cohérent sur la manière dont je menais ma barque depuis mes seize ans. Même si je savais que ce que je pouvais décider n’était pas la meilleure des options ou bien que je m’engageais sur une pente savonneuse, ça ne m’empêchait pas de suivre mon cœur mais surtout mon instinct qui ne me trompait que très rarement. Je ne voulais pas faire partie des victimes, devoir aller au commissariat pour déposer une plainte qui n’aboutirait jamais. Parce qu’on savait parfaitement que la mort d’un hispanique n’intéressait personne, cela en faisait seulement un de moins à supporter et qui volerait le boulot d’un véritable américain. Aussi triste que cela soit, c’était bien le genre d’idées qui circulaient dans ce pays où j’étais née et que j’aimais mine de rien, celui-là même qui prônait libertés et différences et qui n’était qu’intolérance et injustices. Mais c’était également la nation des armes, où le droit d’en porter une était gravé dans la constitution, ce qui pour moi était une véritable incitation à se faire justice soi-même. Dans certains états, des milices se formaient pour tirer sur les émigrés mexicains qui franchissaient illégalement la frontière. Entre eux et nous, il n’y avait pas grande différence, on cherchait seulement à protéger notre territoire mais nous, nous étions considérés comme des hors-la-loi alors qu’eux étaient des sortes de héros rendant presque service à la nation. Si ça n’avait tenu qu’à moi, j’aurais créé un décret pour interdire ce genre de pratique. Mais malheureusement, même si je faisais partie des dominants, je ne possédais pas assez de pouvoir pour avoir un quelconque impact politique. Pourtant j’aurais pu en avoir la carrure, je pensais avoir les épaules assez larges pour représenter les latinos dans leur diversité et leur énorme majorité. Mais mes problèmes pour communiquer auraient été un véritable handicap, je préférais laisser ça à des personnes plus compétentes que je ne le serais jamais. Au lieu de ça, je traînais dans les rues de la ville à la recherche de ces personnes sur qui pesait un contrat quelconque et dont je devais obtenir de l’argent ou à qui je devais tout simplement prendre la vie. Et puis il y avait cet enfoiré qui m’avait enlevé mon petit ami, ce lâche que je m’étais fait une mission de retrouver et sur lequel je n’arrivais pas à mettre la main. Je n’étais pas idiote, je savais bien que le fait de lui coller un chargeur entier dans le caisson ne ferait pas revenir Rafael mais j’aurais au moins la satisfaction de savoir qu’il ne profiterait pas de la vie alors qu’il avait fauché quelqu’un en plein milieu de la sienne. Œil pour œil, dent pour dent. C’était ma devise, celle que j’avais fait tatouer sur l’un de mes bras parmi tant d’autres inscriptions qui signifiaient tant pour moi. A défaut de posséder un talent certain pour le dessin, j’avais décidé de faire de mon corps une œuvre d’art.

« Rien ne m’apaisera hormis le fait qu’il revienne d’entre les morts mais j’aurais au moins l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait. Ca nous a tellement pris par surprise que j’ai pas été foutu de noter le moindre détail le concernant et je m’en suis longtemps voulu, comme si j’avais pu le voir arriver. »

Je ne craignais pas les risques que je prenais en agissant de la sorte, la prison ne m’effrayait pas plus que ça, j’y avais fait de nombreux séjours plus ou moins longs et cela n’avait fait que m’endurcir davantage. De gentil petit chat d’appartement, j’étais passée à indomptable panthère qui pouvait fracasser le nez d’un type parce qu’il avait eu le malheur de me reluquer un peu trop longtemps. Dans l’absolu, la taule ne faisait de bien à personne et surtout pas aux plus fragiles mais on en sortait plus fort encore, préparé au pire et prêt à affronter la dure réalité du ghetto avec davantage de sérénité. Cependant, on ne se faisait pas à l’absence des siens, aux parloirs sans avoir le droit de se toucher, à l’abstinence et la misère sexuelle. Oui, le manque de sexe était sans doute la chose qui rongeait le plus pendant ces heures où l’on mourrait d’ennui à se languir de celui qu’on avait laissé à l’extérieur. Pour ma plus longue peine, on était parvenus à obtenir un parloir spécial après que mon petit ami soit parvenu à soudoyer l’un des matons et ait parlé à quelques gars qui s’occupaient de la sécurité. Hormis cette fois-ci, nous n’étions pas en droit de nous voir autrement qu’à travers une glace, parce que nous n’étions ni fiancés, ni mariés et que je n’avais pas eu la malchance de tomber en cloque. Ce fut la première fois qu’on se mit à parler mariage et consolidation de notre relation. Lui ne voyait aucun inconvénient à concrétiser des années d’une relation plutôt tranquille et même amusante, de mon côté, j’étais plus que réticente. Je ne voulais porter le nom de personne et encore moins appartenir à qui que ce soit. J’étais contre le mariage par principe et par amour pour mon indépendance mais également parce que je craignais que cela change tout entre lui et moi, parce que j’avais peu qu’il finisse par prendre ses aises et considère qu’il avait tous les droits sur ma personne. Non, malgré notre relation, je m’étais toujours arrangée pour rester libre comme l’air et je ne comptais pas brader tout ça pour quelques parloirs conjugaux et encore moins pour un diamant au doigt. Même avec le recul et sa disparition récente, je ne me voyais pas dans le rôle de la veuve éploré, cela ne m’allait pas le moins du monde.

« Je ne suis pas Rambo non plus et ça ne m’empêche pas d’éclater des types qui font trois fois mon poids et ont plusieurs têtes de plus que moi. Le plus important c’est la technique et l’envie de lui arracher les yeux. Quand tu as intégré ça, tu peux avoir le dessus sur qui tu veux ou presque. J’ai encore du mal avec deux adversaires de deux mètres chacun et bodybuildés en prime. » dis-je en faisant directement référence à mon état actuel avant d’ajouter « ton flingue ne fait que les dissuader mais ne les impressionne pas alors qu’il n’y a rien de plus efficace qu’une petite bagarre à mains nues. Ca calme généralement tout le monde. »


Je parlais en connaissance de cause, je ne comptais plus les fois où je m’étais retrouvée mêlée de près ou de loin à une incartade. Si battre des filles du gang n’était pas nécessairement difficile et n’était pas le genre de chose qui suscitait l’admiration des mâles de Los Ojos, il en allait autrement quand j’osais me mesurer à l’un d’entre eux. Tester mes limites fut pendant un long moment leur jeu favori, ils voulaient voir jusqu’où ils pouvaient me pousser avant que je n’explose et finisse par m’en prendre directement à eux et généralement, il ne me fallait pas grand-chose pour démarrer au quart de tour. Ma première victime fut un des dealeurs les plus réputés du coin, un dénommé Ruben. Ce connard était incroyablement bien foutu et avait également une bien trop grande gueule pour être supportable. Chaque fois que je me trouvais dans la même pièce que lui, il me regardait de haut et s’amusait à balancer des remarques sexistes, pensant probablement que sa médiocrité m’atteindrait mais il fallut qu’il balance un truc sur le sol et m’ordonne de le ramasser pour que je lui réponde de façon tout à fait appropriée. Résultat, il avait passé quelques jours à l’hôpital et ma réputation avait gagnée quelques points supplémentaires. J’étais une véritable tête brûlée et parmi toutes ces bagarres qui m’opposèrent à des membres du gang et qui restaient, quoi qu’on puisse en dire, bon enfant, je me pris un bon nombre de roustes, me retrouvant clouée au lit avec des côtes cassées, des dents en moins et le corps recouvert de bleus. Ca rendait toujours mes frères complètement fous de rage et Raf s’alliait souvent à eux pour me dire que cette course à la popularité et surtout pour obtenir davantage de respect était purement et simplement ridicule. Sans doute mais j’en avais besoin pour me sentir exister, pour me faire une place dans ce monde d’hommes, sans ça, je me ferais bouffer. J’avais souvent dû les empêcher de prendre ma défense, d’aller secouer untel ou untel qui m’avaient foutu dans un état lamentable, c’était ma crédibilité qui était en jeu et je préférais me démerder par moi-même. A leur place, je n’aurais sans doute pas pu m’empêcher de voler au secours de l’un d’entre eux et de m’en mêler mais il savait à quel point ma place était fragile.

« Je connais ces filles Dalia et tant que tu n’en as pas attrapé une ou deux dans un coin pour leur montrer qui est la patronne, elles ne fermeront pas leur gueule ! T’es une des rares femmes à occuper une position aussi importante que la mienne, c’est normal qu’on se serre les coudes, si on oublie le fait qu’on soit sœurs au sein de la grande famille des Los Ojos ! Mes obligations ne m’empêchent en rien de te filer un coup de main si tu en as besoin ! » lui dis-je avec un petit sourire

J’en profitai pour remuer le contenu de certaines casseroles et enfourner de nouvelles quesadillas avant de sortir assez d’assiettes et de couverts pour nous un peu plus tard. Mon frère semblait avoir disparu de la circulation, sans doute occupé avec la programmation de la machine à laver, ce qui avait tout du chinois à ses yeux. Je pouvais passer des heures à le regarder chercher le compartiment pour mettre la lessive et celui pour l’adoucissant, mais rien ne me faisait plus rire que de le voir mélanger le blanc et les couleurs. Surtout quand il s’agissait des fringues de Cruz et qu’il se retrouvait avec des chemise rose barbie. Qu’est-ce que j’avais pu me foutre de leurs gueules ! De nouveau installée à la table de la cuisine, je me rendis compte que j’avais complètement oublié de prévoir un dessert. Je farfouillai alors dans ma poche et composa le numéro de Cruz qui mit une éternité à répondre, un brin essoufflé. Inutile de se demander ce qu’il faisait. Bordel, un véritable lapin.

« Tu penseras à ramener un gâteau de chez Mauricio. » lui demandai-je en espagnol
« Ouais. » lâcha-t-il alors que j’entendais la voix d’une femme
« Je te rappelle qu’on bouffe à 20 heures et que ta pouffiasse du moment n’est pas la bienvenue ! »
« Je ne comptais ramener personne. »
« Parfait, bonne marrade ! » lançai-je avant de raccrocher, blasée par son attitude digne d’un gamin de quinze ans à peine

« On dirait qu’il passe sa vie à baiser celui-là, c’est à se demander comment il fait pour trouver un minimum de temps pour les affaires dont il est en charge. » fis-je remarquer avec mépris

Ma frustration n’avait strictement rien à voir là-dedans, j’en avais seulement assez de me retrouver à m’occuper des dommages collatéraux de son comportement irresponsable.

« Cruz ou le raté de la famille Moreno. » ajoutai-je avant de ricaner
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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Lun 30 Mai - 9:59

Elle ne pouvait s’empêcher de penser des fois qu’elle devait avoir loupé un train ou une marche dans sa vie qui l’avait mit dans une telle situation qu’elle commençait à trouver les gens qu’elle infiltrait, qu’elle devait détester, qu’elle devait mépriser, sympathiques. En même temps avant, elle ne faisait que vivre pour son travail et n’avait que ça à faire que dire « amen » à tout ce qu’on lui demandait de faire. Elle rentrait pour se saouler, sortir avec des amis ou ne rien faire. Son sérieux et son acharnement à la tâche avaient finalement payés et elle avait été projetée en agent sous couverture. Et alors qu’elle pensait se faire violence pour s’infiltrer, alors qu’elle pensait qu’elle allait passer des mois atroces à devoir sans cesse feindre son assurance et son affinité avec les armes, elle se retrouvait à bien se sentir et à même ressentir des choses qui ne lui avaient jamais chatouillés le bas-ventre avant. Fallait aussi dire que sa vie avait été vide jusqu’à maintenant et qu’à présent elle semblait prendre un semblant de sens.

Sin reprit la parole en disant que rien ne l’apaiserait hormis le retour de son petit ami. Dalia hocha la tête. Elle imaginait bien à quel point on avait envie de l’impossible. Quand elle était jeune elle avait espéré une possible rémission pour sa mère. Alors qu’elle était déjà très très loin dans d’autres univers encore inexplorés par la conscience humaine, Dalia avait cherché, à l’époque, à guérir sa mère. Elle avait fait des recherches en tout genre concernant tous els aspects de la maladie avant de finalement tomber sur cette terrible vérité : elle ne s’en remettrait pas et ça n’irait qu’en se dégradant. Et là, elle avait dû faire son deuil. Elle avait mit bien des années à faire le deuil d’une personne vivante et se mouvant sous ses yeux. Elle essayait de se convaincre que ce n’était qu’un fantôme un peu encombrant qu’il y avait juste devant elle et qu’elle devait faire abstraction. Aujourd’hui elle avait peut être finit de l’enterrer, peut être… Sin continua en disant qu’elle aurait au moins l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait. Elle lui expliqua que la surprise avait été telle qu’elle n’avait pas pu noter le moindre détail concernant le tueur. Dalia laissa un petit silence s’installer avant de commenter « Je pense que quand tu le reverras, tu sauras. Peut être que maintenant tu ne t’en souviens pas… Mais c’est peut être le choc qui a tout embrumé. » Elle en avait vu des victimes d’agressions qui ne savaient pas du tout décrire jusqu’à la couleur des cheveux de leur agresseur et que, dès qu’on leur présentait le bonhomme, savaient immédiatement que c’était lui.

Un peu comme si les gens avaient une sorte de sixième sens. Les plats mijotés et on avait l’impression que les deux femmes parlaient de sujets triviaux en préparant à manger pour les hommes. Pourtant, il en était tout autre quand on tendait l’oreille. Ce genre de sujets, la mort, la perte d’êtres chers, étaient particulièrement délicats mais essentiels. Dalia savait que c’était dans ce genre de circonstances qu’on reconnaissait vraiment les amis des simples connaissances. Généralement elle n’avait jamais fait partager ses moments de galères aux gens qui l‘entouraient et avaient ainsi beaucoup entretenues de relations simples et distantes. Avec Sin c’était déjà autre chose. Elle n’était au courant de rien des aspects proches ou lointains de sa vie inventée ou de sa vie réelle et d’un part, elle préférait que les rôles soient ainsi. Moins elle en savait sur elle, moins elle avait d’emprise. Et de toute façon sa vie n’était pas d’un intérêt transcendant dans un sens comme dans l’autre. Elle avait souvent était comme ça : transparente. Elle se contenait de suivre son chemin sans aucune surprises ou presque. Depuis qu’elle était rentrée chez les Los Ojos, son chemin n’avait prit que des tournants incongrus ou étranges. Et cette petite balade en terrain inconnu lui plaisait terriblement.

Sin reprit la parole alors que toutes deux gravitaient autour des casseroles et des espaces de travail. Elle lui expliqua qu’elle n’avait pas non plus une carrure incroyablement forte mais qu’elle arrivait assez facilement à mater des mecs plus grands qu’elle. Elle lui apprit que l’important était la technique et l’envie d’arracher les yeux des gens. Ce n’était pas très ragoûtant à première vue, surtout quand on était entrain de faire de la cuisine. Elle lui confia qu’elle avait encore du mal avec des types de deux mètres, expliquant ainsi l’état actuel de son visage. Elle avait du certainement tenter de remettre à leurs places quelques gaillards malpoli. Elle reprit la parole en disant que son flingue devait les dissuader mais n’allait pas les impressionner et qu’il n’y avait rien de mieux qu’une petite bagarre pour calmer tout le monde. Exploser le genoux d’un bonhomme à bout portant aussi ça calmait mais après on avait nettement moins de chance d’arriver à parlementer ou alors de rester sur un statut neutre. Elle lui expliqua que ce genre de filles continuera de l’embêter jusqu’à ce qu’elle en choppe une ou deux dans un coin. Et elle rajouta qu’elle était comme elle, à occuper des fonctions relativement élevées dans le gang, et donc qu’il fallait qu’elles se serrent les coudes au nom de la famille. Elle lui sourit et Dalia le lui rendit. « Merci… Je connais aussi ce genre de nénettes. Je préfère attendre le bon moment pour leur refaire le portrait. En plus je sais pas si elles iront si facilement contre Vargas comme ça. » parce que finalement, contester sa place en tant qu’assistante du numéro deux du gang, ce n’était pas si aisé que ça car ça venait à contester le choix d’el Jefe. Si elles se montraient trop pressantes et chiantes, c’était sur qu’elle leur casserait le nez ou quelques doigts au passage.

Sin renfourna quelques quesadillas. On avait vraiment l’impression de faire à manger pour un mariage. Et ce genre d’évènement au Mexique c’était pas peu dire. Dalia ne voyait même pas comment manger le quart de toutes ses casseroles à 4… L’autre mexicaine commença à sortir des couverts et des assiettes. Dalia s’approcha et commença à prendre quelques trucs pour les disposer autour de la table alors qu’elle entendait Sin avoir une conversation téléphonique avec ce qui devait être son frère. Elle lui demanda de ramener un gâteau et lui interdit de ramener une nana à la maison. Dalia eu un petit sourire alors que la femme au fort tempérament commentait que Cruz ne devait pas avoir beaucoup de temps pour bosser avec toutes les conquêtes qu’il avait. Dalia haussa les épaules en disposant les couteaux du côté des assiettes « Bha… Il profite de la vie. Il faut dans ce milieu je pense, sinon on passe à côté de beaucoup de choses tu crois pas ? » Parce que mine de rien, Sin devait recommencer à profiter de la vie, surtout avec son métier. Elle prenait beaucoup de risques habituellement et ce serait quand même bien qu’elle meurt en n’ayant aucun gros regret sur sa vie. Dalia alla jeter un coup d’œil aux casseroles. « Ça m’a l’air presque bon tu en penses quoi ? … L’impression qu’on a fait à manger pour tout le quartier dit donc ! » En même temps, vu la carrure de Dalia on pouvait aisément imaginer qu’elle ne mangeait pas autant que les doses normales. Elle avait toujours eu de très mauvais repas petit alors elle n’avait pas particulièrement envie de rester longtemps à table par réflexe. Elle croisa les bras et observa leur petit mijotage de plats et la table mise, elle eu un sourire « De vrai petites popotes au service de leur très cher mari tu trouves pas ? Manquerait plus qu’on soit bonnes à marier. » Tout mais pas ça, pitié… Si on la foutait durablement derrière une casserole, elle finirait par assassiner quelqu’un avec.

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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Mar 31 Mai - 14:22








Ce n’était que maintenant que je m’apercevais de mes erreurs et de tout ce que j’aurais dû faire autrement. J’avais tendance à me montrer un peu trop sûre de moi de manière générale, je ne doutais de rien et surtout pas de ce que j’entreprenais, imaginez un peu si je passais mon temps à douter et à m’emmerder avec ma conscience, je serais probablement déjà morte à l’heure qu’il est. Pourtant, six mois après la mort de Rafael, je regrettais de ne pas m’être impliquée davantage dans notre relation ou bien tout simplement de ne pas avoir eu le courage d’y mettre fin. Mes sentiments pour lui n’avaient rien à voir là-dedans, quoi que certainement un peu, oui, en prenant la peine de me poser la question et de réellement y réfléchir. Je l’aimais mais pas vraiment comme un aime un homme, bien que je ne savais pas s’il existait une manière d’aimer plus valable qu’une autre. Non, moi je l’aimais comme on aime un homme avec qui on a été trop longtemps amie, un homme dont on sait tout et qui ne parvient même plus à nous surprendre. Si j’avais choisi d’accepter ses avances, c’était tout simplement parce que ça me simplifiait les choses, je n’avais plus à me soucier de tous les autres qui me tournaient autour ou même de devoir mettre ma carrière entre parenthèses parce qu’il était le mieux placé pour me comprendre et savoir que mon boulot, c’était ma vie, j’y mettais tout ce que je possédais mais surtout mes tripes et mon âme. Ce ne fut jamais la passion qui nous anima lorsque nous étions ensemble, sans doute parce qu’il ne savait pas se montrer furieux avec moi bien que cette faculté fonctionnait plus que bien avec le reste du monde, il ne savait jamais comment s’y prendre avec moi, hésitant constamment à me brusquer, comme si j’étais faite de verre et qu’il pouvait me briser en y allant trop fort. Je savais bien pourquoi il agissait de la sorte, il craignait que je ne le plaque, parce que contrairement à moi, il avait décidé de passer le cap de l’amitié pour celle d’une relation de couple parce qu’il ressentait réellement quelque chose pour moi de suffisamment fort pour être encore jaloux, des années plus tard, de tout ce qui avait pu me lier à Emilio, de près ou de loin. Il savait pertinemment qu’il avait été un second choix, il lui suffisait d’ancrer son regard au mien chaque fois que je lui soutenais que c’était tout bonnement faux. Oui, j’aurais donné ma vie pour lui, parce que je l’aimais d’un amour inconditionnellement platonique. C’était bien le plus grand drame de notre relation qui avait été une sorte de lot de consolation pour moi et je m’en voulais, parce que Raf était un mec bien et qu’il méritait mieux que ce que j’avais pu lui offrir. C’était sans doute ce qui attisait mon désir de vengeance, je voulais au moins lui donner ça pour tout ce que je n’avais pas été foutu de lui accorder malgré ses efforts et sa présence. Aujourd’hui, je pleurais davantage l’ami que l’amant. J’avais besoin de me pardonner à moi-même de m’être montrée aussi égoïste et surtout insensible mais il semblait inévitable que le fantôme de cette histoire me hante jusqu’à ce que je ferme les yeux pour ne plus les rouvrir sur ce monde noir de tristesse et de médiocrité. Je n’étais qu’un être humain, l’un des plus faillibles de l’espèce et j’en avais parfaitement conscience et je ne prierais jamais assez pour qu’on me pardonne mes péchés.

« Oui, sûrement. Je verrais bien en temps voulu. » me contentai-je de répondre, mettant un terme à cette conversation qui me donnait envie de me taper la tête contre les murs

Jamais je n’avais eu le courage d’affronter cette vérité en face et maintenant que tout s’éclaircissait dans mon esprit, je le regrettais. J’aurais sans doute dû me forcer un peu plus, trouver du temps à lui accorder et être plus une femme qu’un bon copain mais il ne s’était jamais plains, pas plus qu’il n’avait émis le moindre commentaire concernant mes horaires impossibles et mon implication, parfois trop excessive, dans le gang. J’avais le sentiment d’être passée à côté de quelque chose de génial parce que j’étais restée focalisée sur le négatif. Je n’étais pas faite pour vivre avec les autres, du moins pas dans le but de procréer. Je n’avais rien de l’animal social que l’on décrivait souvent en psychologie, j’étais même tout le contraire, une âme solitaire qui se complaisait dans le silence car il me permettait de plonger dans mes pensées. Ce n’était pas par haine total de l’autre mais uniquement par peur, je ne voulais pas me faire percer à jour, je ne voulais être assimilée à personne et garder mon originalité, sans doute parce que je craignais que l’on me trouve d’un manque d’intérêt total. Voir les hommes comme des potes plutôt que comme des petits amis éventuels me facilita les choses, quoi qu’on en dise, je n’avais plus cette pression qu’ont les femmes sur leurs épaules, celles qui veulent être à la fois femme et mère, femme et petite amie, femme et libre. Moi je n’étais que liberté et impétuosité, ma féminité, je l’avais rangé au placard pour ne pas être encombré de ce que je jugeai longtemps comme inutile. Il était peut-être temps de changer mon fusil d’épaule, de me remettre sur pieds et de commencer une nouvelle vie. Je ne me leurrais pas, je ne pourrais effacer la personne que j’avais toujours été, je ne pourrais que m’améliorer et à ce niveau là, je ne manquais pas de boulot.

« T’as pas idée de quoi elles peuvent être capables. Mais c’est toi qui vois. »

Les sous-estimer était presque aussi dangereux que leur donner trop d’importance. Néanmoins, je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter pour elle, il m’avait suffi d’un regard pour m’apercevoir qu’on avait certaines petites choses en commun, je n’aurais probablement pas accepté si facilement de la traîner avec moi dans LA si cela n’avait pas été le cas. Je n’aurais pas supporté de jouer la baby sitter pour un moulin à parole curieux et insupportable. Même si notre relation demeurait superficielle, je l’appréciais pour ne pas avoir envie qu’il lui arrive quoi que ce soit et même si je devais me mouiller pour ça, ce ne serait pas la première fois et j’étais certaine que ça ne gênerait personne. Qui avait quelque chose à branler des tapineuses et des autres poufs du gang ? Et surtout, je savais qu’Hector m’en serais probablement reconnaissant, il n’aimait pas spécialement avoir à se mêler à ce genre de bagarre de basse cours et je le comprenais mieux que personne. C’était un problème d’ordre secondaire qui ne pouvait être réglé que par la gente féminine mais surtout, il en allait de la future place de Dalia au sein du gang. Elle devait rapidement s’imposer, montrer qu’elle était là et que sa promotion n’avait rien à voir avec son joli petit cul. Il n’y avait personne que l’on respectait moins que ces femmes qui accédaient à des postes de pouvoir grâce à leurs prouesses dans un lit, contre un mur ou même sur un bureau. Dans un monde d’hommes, il fallait savoir user de ruse pour rester en place et ce sans avoir le malheur de s’imaginer éternel et surtout intouchable, personne ne l’était et surtout pas chez les Los Ojos.

« Profiter de la vie, d’accord mais repeupler le quartier, je vois pas spécialement l’intérêt. Enfin il fait ce qu’il veut, j’ai pas le temps de m’occuper de ça, entre le boulot et les tâches ménagères, j’ai d’autres priorités. »

Je sortais, bien sûr, sans doute trop comparativement au drame que j’avais vécu mais ce n’était pas par plaisir mais plus par nécessité, j’avais besoin de couper court avec la réalité le temps d’une nuit, de me sentir belle même si ça ne durait pas bien longtemps et surtout ,je voulais oublier comme je pouvais. Je n’y prenais qu’un plaisir temporaire, peut-être parce que ça ne me ressemblait pas d’agir comme une de ces filles que je passais mon temps à rabaisser. C’était encore un coup de ma féminité refoulée qui me faisait payer mes écarts. Ou un autre signe supposé me faire comprendre qu’il me fallait assumer toutes les facettes de ma personnalité, même celles avec lesquelles j’avais un mal fou. Et puis il était sans doute temps que je trouve une utilité à ces robes qui peuplaient mon armoire et à cette tonne de maquillage que je possédais. Je me contentais souvent d’un peu de mascara et de rouge à lèvres mais peut-être devais-je faire un peu plus d’effort.

« Ca te dirait qu’on aille se boire un verre cette semaine ? » laissai-je échapper malgré moi

Heureusement, elle enchaîna sur le contenu des casseroles, ce qui me permit de respirer un peu et de me sentir un peu moins débile. J’en étais donc rendue à inviter à sortir une fille que je connaissais à peine tellement mon carnet d’adresse était vide, niveau pathétique, on battait des records.

« Ouais, on va pouvoir commencer à faire les tacos et les enchiladas. Faudra les repasser au four. » répondis-je en éteignant le feu sous les casseroles « Mes frères sont de vrais voraces, crois-moi, il ne va pas rester grand-chose. » ajoutai-je avec un petit sourire

Une fois de plus, je m’installai à la table pour tout dresser dans d’immenses plats tandis que Dalia mettait du gruyère et de la sauce sur ceux qui retournaient au four. J’étais déjà épuisée, je me demandais ce que cela aurait donné si j’avais été une mère de famille. J’aurais probablement été dépassée par les événements.

« Y a pas de danger, le mariage c’est pas fait pour moi et encore moins le fait de servir un mec. Si j’en trouve un qui est prêt à s’occuper de tout ça, là, je pourrais éventuellement revoir mon jugement mais chez les mexicain, ça court pas les rues. »
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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Mer 1 Juin - 15:17

Il y avait pas mal de personnes en ce bas monde qui finissait toujours par s’arrêter sur un de ses malheurs pour passer son temps à pleurer et à piailler dessus. Ils finissaient généralement par emmerder leur entourage avec et à ne pas arrêter de recasser encore et encore. Il y avait plusieurs genre, d’abord les célibataires qui se désespéraient de ne pas avoir de copains. Ils passaient leurs temps à geindre et à faire fuir les potentielles filles avec leurs airs de désespérés. Ensuite il y avait les frustrés qui voulaient toujours et encore plus et toujours plus et qui faisaient la gueule car ils n’y arriveraient. Ils n’ont de cesse de se grandir avec leurs petits attributs et ça en devient ridicule. Leurs grands airs ne bluffent personne et on a vite envie de les remettre à leurs places. Et enfin les dépressifs qui ne se remettent pas d’un décès. Ceux là étaient les pires et les moins blâmés car on ose jamais leur dire que maintenant c’est terminé et qu’il faudrait passer à autre chose. Au final ce sont ceux qui restent le plus possible sur leur problème. Mais on ne peut pas les en blâmer trop durement car un décès est forcément une chose violente. Mais ce n’était pas une raison pour s’enfermer dans un caisson de plomb et d’accuser toute la planète des maux qui s’abattent sur eux. Et finalement, c’était ça qu’elle aimait bien chez Sin, elle essayait de s’en sortir. Ce n’était pas tant le fait de réussir à immerger qui était bien mais le fait d’essayer car finalement, les 3 quarts des gens ne se donnent même pas la peine d’essayer avant de baisser les bras. On tente un petit coup et quand on se rend compte que c’est dur, on dit « ha non tant pis » et on s’en va en se plaignant. Aberrant et totalement révoltant. Ce genre de personnes, Dalia voudrait bien les achever au fusil à pompe si elle le pouvait. Mais Sin essayait tout de même, sortait, voyait du monde et ne restait pas éternellement emmitouflée dans sa couette à jeter des chaussures sur quiconque voudrait rentrer dans sa chambre pour tenter de l’en extirper.

Finalement, c’était presque les gens qui se faisaient le moins aider qui donnaient le plus envie aux autres de leur faciliter la vie. Et clairement, Dalia n’était pas de celles qui harcèle sans cesse les gens et qui était partisane des dialogues dits constructifs. Elle pensait que chacun avait sa manière de procéder et que tout le monde n’avait pas forcément envie de polémiquer des heures et des heures dessus en en tartinant toujours plus dans le pathos. Elle n’avait jamais vraiment parlé de sa mère à quiconque et ça lui convenait relativement bien comme ça. Dire qu’elle s’en sortait sans dommages serait mentir mais au moins elle les minimiser ce qui était quand même quelque chose d’appréciable. Sin irait forcément en allant mieux avec son état d’esprit. Et c’était ce genre de force intérieur qui rendait cette conversation délicate relativement « facile ». Pas d’effusions de sentiments à tout va et pas de pathétisme exposé sur la place publique, elle avait un sang-froid appréciable. Nul doute que si un jour Dalia avait envie de se vider la tête d’un trop plein de soucis elle se tournerait vers elle pour s’inspirer de sa force. Elle répondit simplement qu’elle verrait bien en temps voulu, en parlant du type qui avait buté son petit ami. La jeune flic hocha la tête. Le ton que la femme avait utilisé semblait mette fin à cette conversation et Dalia respectait totalement ça. Creuser trop longtemps n’apportait pas toujours de bonnes trouvailles. Et puis elles préparaient un dîner qui était censé être festif. Parler d’autre chose était quand même préférable pour le reste de la soirée.

Elle finit par lui dire qu’elle ne semblait pas avoir idée de quoi elles sont capables mais que c’était comme elle voyait. Elle hocha encore une fois la tête. Oui elle savait que ce genre de nénettes pouvait massacrer un peu n’importe qui pour peu qu’elles se mettaient bien toutes d’accord et que leur haine était aussi grande que leur place au sein du gang était petite. Mais voilà, Dalia n’avait pas envie d’attaquer avant même que les premiers crocs aient été clairement montrés à son égard. Elle n’avait récolté pour l’instant que quelques regards de travers et c’était tout. Elle n’allait pas se mettre à tirer dans la tête de toutes les personnes qui la regardaient mal sinon elle aurait bien décimé la moitié du gang. De plus ça ne faisait que quelques jours qu’elle bossait avec Vargas et donc qu’elle avait grimpé en grade, au dessus des putes. Si à la limite ça faisait bien une semaine voir un mois que ça durait, elle comprenait largement et pensait agir d’ailleurs. Il avait fallut attendre une journée que les prostituées qu’elle avait vu chez Hector fassent passer le message par conséquent ça ne faisait que 3 jours que ça parlait sur son dos…

Ensuite elle commenta que profiter de la vie c’était ok mais que repeupler le quartier n’était pas génial. En effet, plein de petits Moreno partout dans Hillcrest ce serait un sacré bordel à voir le tempérament de Sin. Ce serait une véritable armée de berserck prêts à arracher la tête de n’importe qui d’un seul regard. Elle finit par objecter qu’elle avait de toute façon autre chose à faire que faire gaffe dans quel lit son frère allait se vautrer. En même temps il était majeur et vacciné et ne souffrait que d’une libido très active. A partir de là il n’y avait pas à avoir peur de grand-chose à part quelques marmots à droite et à gauche au pire. C’était quelque chose d’assez courant dans le milieu. Finalement Sin brisa le silence qui s’était instauré un petit peu entre elles pour lui demander si ça lui dirait d’aller boire un verre avec elle cette semaine. Dalia releva le nez de ce qu’elle était entrain de faire et lui sourit doucement « Avec plaisir. C’est quand tu veux. » Elle n’avait pas de rendez-vous avec Hector pour aucun boulot encore et au pire, elle le lui ferait savoir. De plus elle aussi pouvait être appelée à n’importe quel moment pour faire un boulot. Mais ça, toutes les deux le savaient et elles n’allaient pas en tenir rigueur à l’une comme à l’autre. Après avoir considéré tout ce qu’il y avait à manger d’un regard, elle jaugea qu’ils allaient pouvoir commencer les tacos et les enchiladas qu’il fallait repasser au four. Dalia opina du chef comme à son habitude. Elle alla couper le feu sous les casseroles et lui dit que ses frères étaient de vrais voraces et qu’il n’en resterait plus grand-chose. He ben, elle ne savait pas que les Moreno arrivaient autant à éliminer que ça. A voir ce qu’il y avait sur les tables et dans les casseroles, on aurait cru nourrir une armée. « Ils ont intérêt à éliminer tout ça si ils ne veulent pas s’empâter alors. » Mais elle ne doutait pas qu’ils devaient certainement bosser toute la journée et qu’à la fin, ils avaient plus brûlé que gagné.

La jeune femme se dirigea ensuite vers le four pour rajouter quelques ingrédients à la louche alors que la voix de Sin s’éleva encore une fois. Elle expliqua que la concernant il n’y avait pas de danger car le mariage n’était pas pour elle et qu’elle n’était pas non plus faite pour servir un gars. Elle dit ensuite que si elle trouvait un mec qui était prêt à s’occuper de tout ça elle corrigerait son jugement sur les mexicains. Dalia sourit en se relevant. « Je crois que les seules connaissances théoriques qu’ils ont concernant la bouffe c’est de mettre un plat dans un four à micro-onde… On n’est pas sorties de l’auberge malheureusement. Sinon, c'est pareil pour moi... Le mariage c'est la mort professionnelle assurée. » Parce que bon quand on a eu une mère derrière ses fesses pendant très longtemps et qu’après on se trouve une petite femme pour la remplacer, on finit par ne plus savoir comment laver une assiette. Elle se nettoya un peu les mains après avoir mi ses paluches un peu partout. « On va commencer les tacos alors ? » Elle se mit sur l’espace de travail en attendant que Sin vienne l’aider « Et tu voudras aller boire un verre au bar du coin ? Ou tu veux qu’on aille faire autre chose ? Tu m’as montré pas mal de coin… On peut se balader aussi. » se balader à Hillcrest n’était pas aussi absurde qu’on pouvait le penser étant donné que le gang envoyait souvent les recrues nettoyer les rues et balayer les trottoirs, un soin particulier était apporté aux habitants mine de rien.

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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Ven 3 Juin - 19:47







On dit souvent que la vie est un parcours du combattant et qu’on passe son temps à sauter des obstacles, à tomber dans la boue pour mieux se relever, quand on en trouve la force. Je n’étais pas d’accord avec cette vision des choses, la vie n’était pas qu’une succession de difficultés qui vous jetaient plus bas que terre, au contraire, les obstacles étaient une manière d’apprendre, de s’endurcir et de se relever plus fort que jamais. J’ignorais totalement comment j’aurais tourné si mes parents n’avaient pas péri dans cet accident de voiture et si je n’avais pas été élevée par mes deux frères aînés mais pour le peu de souvenirs que j’en avais, il était clair qu’ils ne m’auraient jamais permis de rentrer dans le gang et auraient mis un point d’honneur à ce que je me défonce pour être la meilleure à l’école. Mon impétuosité et mon insolence insupportables auraient très vite été réprimées par des punitions et des savons qui auraient duré des heures. J’aurais eu de véritables repères, deux parents présents et une autre vision du couple que celle que mes frères m’imposèrent et qui se limitait à baiser sans lendemain. Je ne jetais pas la pierre à Gab et Cruz, ils avaient fait de leur mieux pour qu’on s’en sorte et ce en choisissant la voie qui était la plus simple à emprunter, néanmoins, si je n’avais pas vu à quel point la vie pouvait être facile lorsque l’on trempait dans des trafics pas très nets, j’aurais sans doute tenté de tout donner pour réellement devenir quelqu’un et non pas un numéro dans un dossier gardé précieusement par les flics, au cas où j’aurais le malheur de déraper une fois de plus, une fois encore. Mais la vie était ainsi faite, ce n’était pas une succession d’obstacles et de merdes mais bel et bien une jolie enfilade de choix. A chaque moment charnière de son existence, on se retrouvait devant un dilemme et il fallait prendre une décision qui, on le savait, changerait irrémédiablement le cours de notre vie. J’avais choisi le gang plutôt que l’école, j’avais choisi la rue plutôt que le confort de ma chambre d’adolescente, j’avais choisi le côté des gangsters et des criminels plutôt que celui des flics et des avocats. C’était le choix d’une adolescente bercée d’illusions et de rêves que je n’étais plus à présent et pourtant, cette décision ne me pesait absolument pas, elle restait en accord avec la personne que j’avais toujours été et celle que je voulais rester. Chez les Los Ojos, j’avais trouvé une autre famille, des tas de frères et de sœurs et c’était inespéré pour une orpheline comme moi ? Où aurais-je pu trouver une pareille solidarité ? A l’université ? Dans le monde impitoyable du travail ? J’en doutais fortement. Comme dans toutes les familles, il y avait des moments difficiles, des chamailleries, des bagarres et des oppositions farouches mais ça restait un environnement dans lequel je me sentais complètement à mon aise, il m’était complètement familier et me rassurait. Paradoxal quand on savait qu’il réunissait un nombre incalculable de dealeurs, de tueurs et autres trafiquants en tout genre. A m’entendre, on dirait presque que je dépeins le monde des bisounours et pourtant, il n’y avait rien de moins vrai. Je connaissais également les limites de la tolérance de cette grande famille, il suffisait souvent d’y mêler un blanc pour que ça devienne un carnage, la trahison ne suscitait aucune pitié chez eux, bien au contraire et mieux valait avoir une sacrée paire … d’ovaires quand on était une femme et qu’on voulait à tout prix compter et de la meilleure des façons qui soit. On frôlait parfois le sectarisme, n’aimant pas particulièrement les mélanges et principalement quand il s’agissait de couples improbables. Les blancs n’étaient pas spécialement bien vus mais c’était pire encore pour les Afro Américain. A la limite, une mexicaine avec un cubain, un porto ricain ou un salvadorien, ça pouvait passer mais pour le reste, il valait mieux quitter le ghetto et vivre son amour mixte loin d’ici. N’étant pas moi-même une grande fan des Niners, j’avais tendance à mépriser la communauté des Afro Américains toute entière, sans réelle raison au final mais la tolérance ne m’avait jamais étouffé. Tout était tout blanc ou tout noir, le compromis je détestais ça. Ainsi, je me serais très mal vue avec quelqu’un qui ne faisait pas partie de ma communauté et pour des raisons évidentes, comment aurait-il pu nous comprendre s’il n’avait pas grandi bercé par les mêmes valeurs que moi ? Certes, j’en avais très peu mais ce n’était pas une raison pour marcher dessus. De plus, j’étais catholique et l’idée de me foutre avec un athée ou un protestant n’était même pas envisageable. Les traditions avaient beaucoup d’importance à mes yeux et il était hors de question de ne pas en tenir compte, amour ou non. Oui, j’avais déjà passé une nuit avec des blancs mais cela n’avait été que l’histoire d’une nuit et avec de l’alcool dans le sang, je ne raisonnais plus du tout selon les mêmes critères.

« T’en fais pas pour eux, ils passent leur temps à courir, à baiser ou bien à faire du sport. Eliminer, ils ne font que ça. Et puis ce sont des hommes, je suppose que leur système est différent du nôtre pour qu’ils puissent manger autant sans prendre la moindre once de graisse. »

Depuis le temps que je m’occupais d’eux, j’avais remarqué qu’ils avaient plus tendance à maigrir qu’à grossir à cause des bons petits plats que je m’évertuais à leur préparer dès que j’avais un peu de temps. Mais pour leur défense, il était plutôt rare qu’on fasse de gros repas comme ce soir, je n’avais plus beaucoup de temps à leur accorder et la plupart du temps, ils devaient sauter des repas pour vaquer à leurs occupations, remettant à plus tard le fait de s’alimenter. Si je n’avais que ça à m’occuper, je les aurais sans doute fliqué pour m’assurer qu’ils partent avec un petit quelque chose dans le ventre mais malheureusement, je manquais terriblement de temps mais je ne perdais pas espoir qu’ils se trouvent des femmes compréhensives et surtout incroyablement dévouées pour s’occuper d’eux correctement et surtout bien mieux que je ne le ferais jamais. J’avais souvent l’impression d’être une entrave à leur potentielle vie de famille, parce que je restais la petite sœur à protéger et qu’ils ne pouvaient se résoudre à m’abandonner dans cet immense appartement, livrée à moi-même. Gabriel m’en avait parlé à de nombreuses reprises, de comment cela serait s’il se mariait un jour et chaque fois, je faisais partie du décor, il ne comptait pas quitter l’appartement et encore moins me laisser sur le bas-côté. J’étais sa petite mission personnelle, j’ignorais ce qui le liait à mes parents et quelle promesse il avait bien pu leur faire à leur mort mais il refusait catégoriquement qu’on soit séparés si je ne l’avais pas personnellement décidé pour une raison valable. Et il jugeait que le fait qu’ils me fassent tous les deux royalement chier par moment n’était pas une raison suffisamment valable pour qu’ils dégagent et me fichent la paix. C’était pour ça que je les aimais autant, parce qu’ils étaient prêts à tout pour moi et même à gâcher leur propre vie, ce qui me rendait littéralement malade. Voilà pourquoi je tentais de les gâter et qu’en secret, j’essayais de faire revenir Sofia auprès de Gab. Personne n’avait le droit d’être seul et de mourir avec de pareils regrets.

« Quand ils savent se servir du micro-onde ! » dis-je avec désespoir avant de reprendre « C’est aussi mourir socialement, on devient la femme de et moi, cette idée m’insupporte. »

Dire que Raf avait tout prévu pour qu’on se marie, persuadé que j’accepterais et qu’il m’aurait à l’usure. C’était d’un ridicule, on avait eu cette conversation ou plutôt dispute, des milliers de fois et ma réponse restait inchangée, je ne voulais rien de sérieux et encore moins construire comme ça. Ma vie était trop instable et tenait à si peu que cela revenait à signer un contrat pour promettre que j’allais bel et bien lui faire du mal. Mais surtout, je ne voulais pas lui appartenir, porter son nom et ne plus pouvoir me soustraire à l’obligation de lui pondre des marmots. Je n’étais pas faite pour être mère, je n’avais pas la fibre maternelle et encore moins celle de la femme modèle, tout ce à quoi j’aspirais c’était la liberté et l’amusement le plus complet, rien à voir avec ces obligations qu’il avait voulu m’attribuer malgré moi. Ma vie de célibataire me convenait totalement et je pensais même rester sur cette voie-ci jusqu’à ce que la mort vienne me faucher. Etre une régulière demandait bien trop de travail et je ne voulais plus avoir à surveiller les moindres faits et gestes d’un petit ami à cause de ma jalousie maladive. Je me connaissais assez pour savoir que j’étais une véritable plaie et que chez nous, les femmes avec trop de caractère étaient bien vite rabrouées. Ça ne m’intéressait pas vraiment comme perspective d’avenir.

« On les mettra de côté le temps que les enchiladas chauffent au four. » dis-je tandis que je l’aidais à garnir les galettes de blé de choses en tout genre
« A vrai dire, j’aimerais bien qu’on aille danser. Ça fait une éternité que j’ai pas mis les pieds dans une boîte. Disons que quand t’es en couple avec un jaloux, ça pose souvent quelques problèmes. »

Notre dernière sortie dans ce genre d’endroit avait très mal finie et pour une fois, je n’avais pas balancé le premier coup de poing, bien que je sois la seule et unique responsable de l’état de ce pauvre type qui avait eu le droit de se faire quasi massacrer. On s’était engueulés pour une connerie, sans doute le fait qu’il avait ramené ses potes alors qu’on était supposés être uniquement tous les deux. Ça m’avait alors rendue dingue, j’avais décidé de m’amuser de mon côté, j’avais bu, probablement trop puisque je m’étais retrouvée sur la piste, collée à un type dont j’avais oublié le prénom et le visage mais qui dansait comme un Dieu. J’avais surestimé la tolérance de Rafael pour ces choses-là, lui qui semblaient perpétuellement s’en battre les couilles de tout, il apprécia moyennement le fait que cet inconnu pose ses mains sur mes hanches et encore moins quand il descendit davantage alors que je me déhanchais de manière plus que suggestive. Je fus dehors avant même d’avoir eu le temps de percuter ce qui venait de se produire et le fait que j’avais affreusement mal au bras parce qu’il me l’avait pressé avec force pour m’attirer à l’extérieur et m’aboyer dessus. Ce fut l’une des rares fois où il se montra un tant soit peu passionné. Notre meilleure fois, incontestablement.

« Y a une boîte latino à l’autre bout de la ville et j’ai entendu dire qu’elle était super sympa, je pense qu’on pourrait essayer. »

Je savais m’amuser quand on m’en donnait l’occasion et qu’on me laissait assez de liberté pour que je trouve toute seule mes limites. En réalité, je n’en avais pas des masses mais je savais que dans une boîte pleine de latinos, je me tiendrais à carreau pour que ma réputation n’en pâtisse pas. Nous eûmes fini nos préparations plus vite que prévu si bien que nous arrangeâmes la table avant que j’appelle mon frère pour qu’il nous rejoigne. Immédiatement, je me renfermai dans ma petite bulle impénétrable tandis qu’il fixait Dalia et que Cruz ouvrait la porte d’entrée, sa pouf sur les talons. Je leur jetai un regard noir avant de me lever de ma chaise, bouillonnant de rage. Gabriel m’agrippa le poignet, m’invitant au calme tandis qu’il jetait un regard interrogatif à son cadet.

« Elle était toute seule ce soir. »

Il aurait pu m’insulter, ça n’aurait pas été pire. Les règles étaient simples, personne chez nous sauf cas exceptionnels et pourtant, il en profitait toujours pour les enfreindre, comme la fois où je les avais retrouvé dans mon lit, lui et la petite Rosa, fille avec qui j’avais grandi et qui était mariée. En réalité, j’aurais pu passer l’éponge s’il n’avait pas fait ça plusieurs fois, par provocation et surtout pour me manquer de respect. J’ignorais ce que j’avais bien pu lui faire pour qu’il agisse ainsi.

« Toute façon on est tous chez nous à ce que je sache, c’est pas elle qui fait la loi. » reprit-il en me désignant du bout du menton

Je me détachai de la prise de Gabriel et fonçai, sautant le canapé pour attraper la malheureuse que j’avais déjà prévenu à de nombreuses reprises et qui m’offensait ouvertement sans s’en soucier, je lui apprendrais les bonnes manières. Une fois près d’elle, j’agrippai sa longue tignasse et la mis immédiatement au sol avant de la traîner jusqu’à la porte d’entrée alors qu’elle me hurlait de la lâcher puis je la balançai sur le palier avant de claquer la porte en la poussant avec mon pied. Je n’eus pas le temps de faire deux pas que mon frère s’en prit physiquement à moi, m’accolant contre le mur pour me coller une gifle monumentale qui me sonna plusieurs secondes, assez pour que Gab ait eu le temps de nous rejoindre et lui rende la gifle qu’il venait de me mettre mais vu la taille de sa paume, Cruz avait dû la sentir passer. C’était toujours comme ça que ça se passait, Gab prenait constamment ma défense, il ne supportait pas qu’on lève la main sur moi et surtout pas quand c’était Cruz qui le faisait, sans la moindre raison. J’en aurais ri si je n’étais pas vexée comme un pou, jamais il ne m’avait frappé sous le coup de la colère et encore moins pour une pute de passage, ça, il me le paierait, il pouvait en être sûr. Pour le moment, j’avais trop les boules pour répondre et je préférai enfiler ma veste. Je repassai par le salon/ salle à manger puis me rendit à la cuisine pour récupérer quelques trucs à bouffer dans un panier et invitai la pauvre Dalia à me suivre. Elle ne se fit pas prier et je la comprenais aisément, elle était tombée chez les fous. Je sentis le regard de Gab sur moi, il savait que quand j’étais dans cet état là, je faisais pas mal de conneries et surtout, que je découchais pendant des jours mais je ne pris pas la peine de lui offrir la moindre explication, j’étais trop en colère pour ça et je savais qu’il m’appellerait un peu plus tard, quand j’aurais enfin trouvé le moyen de m’apaiser pour de bon. Quelle soirée de merde, tout avait basculé en un quart de seconde et ça me rendait malade, ce n’était pas comme ça que j’avais prévu de la passer. Une fois dans la voiture et éloignée de mon immeuble, je respirais plus aisément et finis par ouvrir la bouche :

« Désolée pour ça, Cruz et moi avons le même caractère et disons qu’en ce moment, ça dérape plus qu’avant. Quoi qu’il en soit, je connais un endroit où on pourra manger tranquillement, à moins que tu en aies eu assez pour ce soir et que tu veuilles rentrer. Je comprendrais, les dîners spectacles ça plait pas à tout le monde. »

Je préférais en rire, sinon, j’en aurais probablement pleuré.
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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Dim 5 Juin - 12:11

Sin la rassura sur la constitution de ses frères. En effet, en tant qu’hommes il se dépensaient assez souvent et ils n’avaient pas besoin de stocker de graisses comme l’imposer le corps de la femme à cause des règles et des possibles bébés qu’elles pouvaient porter et qui demandait normalement un certain amas de réserves pour le bon fonctionnement de tout ce beau monde. Ceci expliquait notamment le fait que des nanas trop maigres perdent leurs règles car le corps préférait toujours la survie de la personne plutôt que du fœtus dans le ventre. Normal en même temps et c’était quand même préférable. Dalia n’avait jamais vraiment eu de problèmes de poids, brûlant généralement pas mal de calories à cause de ses angoisses. Elle arrivait à polémiquer de manière stressante sur tout et résultat : son bide et ses muscles se dépensaient à force de se retourner et de se contracter sans cesse. Elle n’était jamais vraiment tranquille sauf quand elle était saoul et droguée mais comme elle n’était pas comme ça constamment, elle accumulait tout comme une boule de nerf et se chopait des migraines, des maux de ventres et des sales maladies qui venaient aussi vite qu’elles repartaient. Heureusement d’ailleurs car sinon elle passerait son temps à être malade et ça, elle ne se le permettait pas.

Son corps avait vite comprit qu’il ne faisait pas bon d’être en mauvaise santé avec une mère dingue juste à côté prête à faire n’importe quelle connerie impardonnable. Alors non, pas le temps d’aller chez les médecin pour soir ou de se reposer : Dalia avait forgé sa santé sur le tare en s’immunisant par la force désespérée de ses anticorps seuls face à la menace. C’était risqué mais par chance elle n’attrapait pas tout ce qui passait dans le coin et avait donc une constitution relativement forte. Elle n’avait pas eu de rhumes ou de trucs chiants comme ça et c’était quand même tant mieux d’une part. Pourtant, étrangement, elle aurait bien souhaitée être malade étant petite histoire de souffler et d’avoir une occasion de se reposer, un truc assez gros pour être à l’hôpital et ne pas avoir à courir après sa maternelle. Sin s’exclama devant son affirmation sur les micro-ondes et lui avoua que le mariage c’était carrément mourir socialement et on avait plus de nom à soi, mais seulement quelqu’un qui accompagnait l’identité de son mari. Dalia hocha la tête « je comprend parfaitement… Je ne supporterais pas non plus. » et puis, dans une société Mexicaine l’idée de garder son nom de jeune fille était littéralement impensable alors mieux valait ne jamais trouver de bonhomme qui veut absolument épouser tout ce qui bouge sinon on était mal barré définitivement. Mais Dalia n’était pas une femme facile et elle comptait sur ses traits particuliers pour ne pas attirer n’importe qui. Elle était loin d’être le genre de nana qu’on repère directement dans un groupe de nanas entrain de rigoler. Elle était plutôt la copine de la jolie du groupe qui était aussi la plus extravertie. Elle restait dans l’ombre et se contentait d’observer de loin. Les hommes aimaient bien les femmes très vives d’esprit ce que Dalia n’était qu’avec les gens qu’elle connaissait bien, dans l’intimité généralement.

Sin l’aida ensuite à garnir les galettes de blés et en même temps elle lui confia qu’elle aimerait bien aller danser car ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas mit les pieds dans une boîte. En couple c’était toujours plus compliqué d’y aller. Dalia hocha la tête et directement dans son esprit le nom d’Hector apparut. Il faudrait qu’elle se tienne très bien à carreaux et qu’elle ne s’approche pas d’un type à moins d’1 voir de 2 mètres sinon pas mal de gens auraient vite fait de le rapporter à el Jefe et quelque chose lui disait qu’il le prendrait potentiellement très mal. Sin lui dit qu’une boîte latino était à l’autre bout de la ville et qu’elle avait l’air sympa. Dalia hocha la tête « hum, pourquoi pas oui… Je t’avoue que je ne pense pas trop flamber mais une petite danse et une sortie loin des sentiers habituels ne nous ferait pas de mal je pense. » Elle voyait mal Sin essayait de draguer un quelconque garçon mais les danses latines n’étaient pas réputées pour être des danses particulièrement chastes. Elles insinuaient généralement un rapprochement du corps significatifs et elle l’avait bien expérimenté avec Hector. Ainsi elle se sentirait légèrement coupable si elle venait à faire ce genre de chose avec un autre homme, aussi mignon soit-il. Dalia arrivait assez à passer sur la beauté d’un homme si lorsqu’il ouvrait la bouche il ne faisait que débiter des conneries. Certaines voyaient là un coup facile à se faire pour s’amuser une seule nuit, mais elle, n’arrivait simplement pas coucher avec des mecs cons. C’était un peu prétentieux de vouloir à tout prix avoir le beurre et l’argent du beurre mais elle avait un blocage si le type se mettait à dire n’importe quoi, son tue l’amour pas excellence.

Finalement le repas fut prêt plus vite que Dalia ne l’aurait imaginé et elles commencèrent à arranger la table alors que Sin appelait son frère. Celui-ci débarqua avec ses yeux qui cherchaient toujours ceux de Dalia qui finissait toujours par se dévier comme intéressée par autre chose comme… Le plafond… La table… Les assiettes. Et puis, presque en même temps, la porte de l’entrée s’ouvrit découvrant le frère de Sin accompagné d’une fille dont l’accoutrement ne laissait aucun mystère sur sa volonté de plaire aux hommes. Les yeux de la jeune femme dérivèrent vers son amie Sin qui elle, envoya un regard noir à son frère. Alors qu’elle se levait, Gabriel lui agrippa le poignet pour essayer de la calmer et d’interroger Cruz du regard. Il expliqua qu’elle était toute seule le soir, ce qui n’aurait pas été très grave si il n’avait pas lancé une phrase légèrement provocatrice à l’égard de sa sœur. Celle-ci ne se fit pas prier et sauta sur l’intruse pour la mettre dehors par le chignon. Dalia ne bougea pas. Après tout ce n’était pas ses affaires, elle était invitée et c’était à l’hôte de s’occuper de ça. En plus se mettre entre un chat et sa proie c’était devenir sa prochaine cible, alors restons calme… Mais aussitôt la porte fermée, Cruz envoya une gifle à Sin ce qui fit sourciller Dalia. La troisième guerre mondiale allait arriver c’était sur. Gabriel se leva pour continuer la chaîne des baffes sur Cruz. A ce moment là, Dalia ne bougeait plus, préférant se faire oublier momentanément histoire de ne pas devenir une cible potentielle. Sin prit son manteau en main, prit un panier, enfourna à l’intérieur quelques aliments et invita Dalia à la suivre. La jeune femme se leva, suivit son amie en prenant elle aussi son manteau et en faisant un signe de tête polie aux deux hommes histoire de dire au revoir.

Une fois dans la voiture, suffisamment éloigné du building, Sin reprit la parole, brisant le temps assez long de silence qui s’était instauré. La flic n’aimait pas trop forcer les gens à parler ou essayer de résoudre quelque chose qui ne la concernait pas. Si Sin voulait des conseils, elle les demanderait et c’était tout. Elle n’aimait pas courir après les gens et préferait les laisser venir. Elle s’excusa pour la scène d’un peu plus tôt et lui expliqua qu’elle avait le même caractère que Cruz et qu’en ce moment ça dérapait assez souvent. Elle finit par l’inviter dans un endroit où elles pourraient manger tranquillement à moins que Dalia ai eu assez d’évènements pour le soir. Elle lui sourit « Nan ça va t’inquiètes pas… Je crois que j’ai vu pire. Et puis faut bien que je m’habitue avec des tempéraments aussi explosifs que les votre. Y a toujours des bons et des mauvais côtés. Faut prendre tout le pack si on veut pleinement apprécier. » Oui il y avait toujours des bons et mauvais côtés chaque personne et essayer de tout relativiser était la meilleure chose à faire. Sin était impulsive mais au moins elle était entière et elle n’était pas hypocrite. Dalia hocha la tête. « Y a pas de soucis, je vais pas te laisser toute seule manger ton petit pique-nique, en plus préparer tout ça m’a fait saliver faut que je mange très vite sinon je tombe dans les pommes… Vamos ! » elle fit un geste de la main pour inviter Sin à la conduire dans l’endroit calme dont elle parlait. Elle commenta ensuite « Et puis vos soirées sont plus animées que les miennes, ça me change un peu, c’est bien… J’espère que vous allez pas être en froid très longtemps, ça arrive plus souvent en ce moment ? » des petites questions que Sin pouvait largement évincer si elle le voulait. C’était juste qu’après de tels évènements, difficile de penser totalement à autre chose. Et comme Sin avait commencé à en parler ça ne devait pas être un dossier classé secret défense.

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MessageSujet: Re: The sun and the rainfall ft Dalia   Jeu 9 Juin - 21:11




Danser avait toujours été quelque chose dont je m’étais plus ou moins privée et ce même si j’adorais ça et que je me débrouillais pas trop mal. La raison ? Le caractère sexuel de ce genre de corps à corps et les idées reçues que cela faisait naître chez ceux qui vous observaient et s’imaginaient tout savoir de vous après que vous ayez eu la mauvaise idée de leur faire une petite démonstration. Je ne me rendais jamais en boîte de nuit quand je n’étais pas en pleine possession de mes moyens depuis cette fameuse fois où ça avait mal tourné. L’alcool et la drogue lèvent un peu trop d’inhibitions et principalement toutes les miennes. Je n’avais souvent aucune limite, je me contentais de me servir quand je voulais quelque chose et c’était souvent dans ces moments-là que j’arrivais à considérer les hommes autrement que comme des bites sur pattes ou bien des crétins incurables. Mon déhanché en avait attiré plus d’un et c’était d’ailleurs la seule technique de drague dont je me souvenais, les autres, je les improvisais avec plusieurs verres dans le nez et une bonne dose de cocaïne en prime et je ne parvenais jamais à m’en remémorer les détails le lendemain. Pourtant, si j’avais proposé cette petite sortie dépaysante à Dalia, ce n’était pas dans l’optique de remplir mon lit, une fois de plus, avec un pauvre type trouvé là et qui n’avait rien de mieux à faire que de s’occuper de mon cas pendant une nuit entière, quand ils y parvenaient. Non, je voulais sortir et m’amuser sans artifice, sans complément et surtout sans entrave, ça faisait trop longtemps que je me mettais des barrières et que je refusais l’évidence : j’étais une femme comme les autres et tant que je ne l’accepterais pas, je ne pourrais pas être en accord avec moi-même. Ma phase adolescence avait assez duré et il était grand temps que je m’affranchisse de tous ces codes dans lesquels je rentrai malgré moi et qui, aujourd’hui, me pourrissaient la vie. Je n’aspirais pas à devenir la reine des pouffiasses, seulement à m’assumer davantage et à ne plus avoir peur de jouer la carte de la séduction pour obtenir ce que je désirais et ce même pour le boulot. Je devais faire de ça un atout et non un fardeau. Dire qu’il avait fallu la mort d’un être cher pour que j’ouvre les yeux. Mais fréquenter Dalia m’aidait sûrement énormément, plus que je me le figurais. Elle était, sur beaucoup de points, mon contraire, ce qui ne l’avait aucunement empêché de s’imposer chez les Ojos et d’être parvenue à acquérir un statut de choix pour une femme dans un gang. Elle jouait la carte de la femme fatale qui s’ignore et il n’y avait rien de plus efficace, du moins à mes yeux. Rester proche d’elle ne pouvait que me faire du bien et m’aider à aller de l’avant, néanmoins, je ne rêvais, je savais pertinemment que je ne pourrais me défaire totalement de mon côté garçon manqué, je voulais seulement le rendre moins omniprésent, non pas pour me retrouver quelqu’un, me caser et avoir des gosses mais juste pour me sentir mieux, en accord avec moi-même et surtout autre chose que quelqu’un d’insipide. Si ma beauté sauvage et indomptée faisait son petit effet, dès qu’une greluche maquillée comme une voiture volée et les seins à l’air faisait son apparition, je perdais tout intérêt, me transformant de nouveau en un pote parmi les autres et non plus comme une femme, une vraie. C’était ce doute que je tenais à dissiper. Le chemin risquait d’être long mais j’avais besoin d’un changement drastique et profond et si cela devait être celui-ci, il en serait donc ainsi.

« T’en fais pas, je veillerai à ce qu’on ne t’emmerde pas et puis rien nous oblige à danser avec qui que ce soit, je veux juste passer un moment agréable et loin de toutes nos préoccupations. » lui dis-je avec un sourire qui se voulait rassurant

Non, ça, il y avait peu de chance pour qu’on me voie l’arrière train collé au bas ventre d’un blaireau venu chercher un peu d’exotisme. Cette boîte je la connaissais parce que les gars en parlaient en permanence et en bien, du moins quand ils évitaient de ponctuer leurs récits de leurs frasques les plus dégradantes pour toute femme qui se respecte un tant soit peu. Je voulais donc voir de mes propres yeux à quoi ça pouvait bien ressembler et puis pourquoi pas m’amuser au passage. Ce fut dans cette même ambiance de légèreté et de bonne humeur que nous terminâmes le repas et que nous nous installâmes à table, très vite rejointes par mon frère qui semblait aussi intéressé par Dalia qu’un peu plus tôt, pour ne pas dire plus. Pendant ce moment dans la salle de bain, avec la machine à laver, il avait sûrement dû cogiter à n’en plus pouvoir et ces regards appuyés en étaient la conséquence directe. Si mois j’étais une caractérielle impulsive, lui était un cœur d’artichaut sans rémission possible et ça me désespérait de le voir constamment s’éprendre des mauvaises personnes. Il était clair que la brunette n’était pas intéressée et pourtant, il s’entêtait, comme si sa vie en dépendait, comme si le fait de la gonfler autant changerait quoi que ce soit à cet état de fait. D’un côté, je pouvais le comprendre, il n’y avait aucun autre moyen d’avoir les femmes qu’à l’usure, surtout quand elles étaient du genre acharnées comme moi. Il avait fallu un bout de temps à Rafael pour s’attirer mes faveurs et Gab s’imaginait sûrement que ça fonctionnerait de la même façon avec notre invitée. Devais-je lui balancer un verre d’eau en plein visage pour calmer ses ardeurs ? Je n’eus pas le temps de me préoccuper davantage de ses sentiments et de tout ce que ça éveillait chez lui car mon autre frère avait décidé de foutre sa merde, comme à son habitude, débarquant avec une fille que je méprisais, chez nous, dans notre cocon pour nous l’imposer. Ca se finit mal, quand souvent quand je m’opposais à ses décisions, ses choix ou même ses idées. Il avait constamment besoin qu’on lui donne raison, comme moi, mais je n’étais pas du genre à baisser les armes ou bien à acquiescer sagement et quand je n’étais pas d’accord, je ne pouvais m’empêcher de le hurler plutôt que de le dire gentiment, comme là. J’aurais pu trouver une autre façon de sortir cette fille mais ça avait été plus fort que moins, au fond j’avais cherché la gifle mais je ne m’étais pas imaginé qu’il oserait. Le reste s’enchaîna sans que j’en prenne réellement conscience, ce fut machinalement que j’enfilai ma veste et fis des provisions avant de mettre les voiles, comme quand j’étais submergée par une colère noire et que je perdais toute notion, que ce soit de temps ou bien même de réalité. Je fulminais littéralement.

Mais une fois dans la voiture, ce fut une toute autre histoire, je me sentais seulement trahie, vulnérable et incroyablement vide maintenant que le reste s’était dissipé. Mon propre frère avait osé lever la main sur moi alors qu’il était mon aîné et dans l’absolu, supposé me protéger, au lieu de ça, il venait de faire éclater la bulle de sécurité qu’ils avaient construit autour de moi et ça, je ne lui pardonnerai jamais ! Si le fait de me prendre une raclée par un inconnu ne me posait aucun problème, c’était totalement différent quand il s’agissait de Cruz, pour des tas de raisons et notamment la confiance. Cette fois, il n’y aurait pas de seconde chance, je ne pardonnais que très difficilement et dans des cas bien particuliers et il ne bénéficierait certainement pas de ma trop rare clémence. S’il n’y avait pas eu Gabriel, j’aurais probablement mis les voiles, me prenant un appartement, essayant de me réapproprier un endroit loin de sa sale gueule d’abruti. Il était facile de frapper une femme mais il n’y avait rien de glorieux là-dedans, bien au contraire. Je n’osais pas imaginer ce qui allait se passer entre mes deux frères mais Cruz
risquait de passer un sale quart d’heure

« Généralement, les gens préfèrent ne rien prendre du tout. »

Faire de l’humour me permettait de penser à autre chose et surtout de ne pas me mettre à faire quelque chose de stupide, ce à quoi j’étais abonné depuis un sacré paquet d’années. Il fallait que je réfléchisse plus avant d’agir. Quelque part, je remerciais le ciel d’avoir fait que Dalia soit là, si elle n’avait pas été chez nous ce soir, j’aurais sûrement déconné pour me détester un peu plus demain.

« J’apprécie, vraiment. » ajoutai-je avec un petit sourire tandis que je prenais la route de la plage, là où j’allais de plus en plus souvent pour me vider l’esprit et tenter de faire le point, bercée par le bruit des vagues

Comme animation, j’aurais préféré un clown ou un bon DJ plutôt que ce genre de spectacle navrant mais chez les Moreno, il fallait s’attendre à tout mais principalement au pire. J’étais déterminée à snober mon frère de manière définitive et à le sortir de ma vie plus ou moins définitivement. Si lui était d’une nature peu rancunière, ce n’était pas mon cas, comme tête de con, on faisait difficilement pire et il allait en faire les frais. Ses excuses, il pourrait se les coller profond, ça n’effacerait pas ce qu’il avait osé me faire et contre ça, aucun mot ne pouvait quoi que ce soit.

« Ouais. » fut la seule chose que j’acceptai d’articuler

Je ne souhaitais pas étaler nos problèmes familiaux sur la table pour que tout le monde puisse y aller de son petit commentaire, je règlerai ça toute seule, comme ne grande et il n’y aurait aucune fuite. Je savais bien ce qui chiffonnait Cruz, c’était la place que j’avais fini par prendre chez nous, j’étais devenue le centre de préoccupation de tout le monde et ce malgré moi, on craignait sans cesse que je dérape pour un oui ou pour un non et dans tout ça, il peinait à trouver de nouveau sa propre place, alors comme un gamin, il faisait la moindre connerie pour qu’on le remarque et qu’on lui porte enfin de l’attention. Sauf que ce grand con savait parfaitement que ma porte, avant ce soir ,était toujours ouverte pour lui et ses états d’âme, au lieu de ça, il préférait me tenir pour responsable de tous les maux de sa vie, soit, il n’avait qu’à crever la gueule ouverte. Nous arrivâmes bientôt au bord de l’océan, le vent soufflait mais la température restait chaude. Je sortis de la voiture, attrapai le panier et m’installai sur le capot de ma caisse, invitant Dalia à en faire de même.

« Je ne me souviens pas t’avoir déjà emmené ici. »

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